L'autre Maryse Narcisse

PUBLIÉ 2015-09-15
Femme, médecin, mère de famille et bien plus encore… Maryse Narcisse est loin de n’être qu’une simple militante politique. La coordonnatrice nationale du comité exécutif de Fanmi Lavalas, bien que toujours sur ses gardes, ne parle pas que politique. Pour les besoins de l’interview, elle parle de la médecine, son autre amour, revient sur son enfance et fait bien d’autres confidences. Dr Narcisse raffole de pain-patate et est la marraine d’une équipe de football ; l’auriez-vous seulement cru ? Ticket vous présente une autre facette de cette femme, candidate à la présidence sous la bannière du parti Fanmi Lavalas.


Sourire pincé, l’air affable, Maryse Narcisse reçoit Ticket dans le bureau de Fanmi Lavalas. Le temps de cette interview, elle cesse d’être uniquement la sympathisante de toujours du parti politique. Aujourd’hui, on parle d’elle, de sa vie, de ses amours… Réticente au premier coup, la dame se laisse peu à peu prendre au jeu. La quinquagénaire raconte, partage et revit des grands moments de sa vie. Néanmoins, quand la politicienne et la diplomate en elle prennent le dessus, elle tente de contourner certaines questions… Maryse Narcisse est née en Haïti. Sa mère, Denise Péan Narcisse, originaire de Plaisance, est institutrice. Marc Narcisse, son père, est un juge saint-marcois spécialisé dans la délinquance juvénile. La jeune Maryse grandit à Pétion-Ville avec ses quatre frères et sœurs. De sa famille, elle garde surtout le souvenir d’une ambiance saine, simple et marquée par le respect des autres. Les anecdotes sur cette période ô combien importante de sa vie pleuvent. Elle parle et en reparle, se remémorant les parties de jeu avec ses jeunes voisins, les sucreries de sa mère, la poule qu’ils avaient domestiquée, l’abonnement qui les ramenait de l’école, les enterrements d’animaux et autres souvenirs d’enfance… Pas de doute, la jeune Maryse était insouciante, aimée, mais par-dessus tout, heureuse ! Cadette de la famille, la maladie de sa mère qui dure une année entière la propulse un peu trop tôt dans la réalité de la vie. « J’ai dû prendre soin de mes jeunes frères et sœurs. Cela m’a aidée à mûrir et a aiguisé mon sens de responsabilité », confie la militante. « Mes parents étaient fermes mais toujours présents pour leur progéniture. On avait une véritable vie familiale, caractérisée par une très bonne entente et beaucoup de bonheur. Nous sommes d’ailleurs restés très proches en grandissant, même quand chacun a dû embrasser sa propre vie », ajoute-t-elle, nostalgique. Maryse vient d’une lignée de professionnels du droit, mais c’est la médecine qui l’attire. Dès son plus jeune âge, elle ne jure que par les sciences de la santé. Déjà, au secondaire, elle accompagnait les sœurs de Saint-Joseph de Cluny au dispensaire de Furcy ou à Saint-Antoine pour prendre part à des œuvres sanitaires. Son intérêt pour le métier n’a fait que grandir au fil des années. Du haut de ses 56 ans, Dr Narcisse, qui a complété ses études classiques dans des institutions congréganistes (Sœur Étienne pour le primaire et l’Institution Sainte-Rose de Lima pour le secondaire) est allée de formation en formation à sa sortie de la faculté de médecine de l’Université d’État d’Haïti. Toutefois, grande amatrice des romans policiers, c’est la médecine légale qui l’intéressait initialement. Elle avait d’ailleurs entamé des études en droit que les exigences de la médecine l’ont contrainte d'abandonner. Plusieurs années après ce choix sur lequel elle n’est jamais revenue, Maryse Narcisse est maintenant détentrice d’une maîtrise en Santé publique obtenue de Tulane University à New Orleans, aux États-Unis. Elle a, entre autres, exercé comme médecin de terrain. « J’ai travaillé dans plusieurs contrées reculées du pays comme Goyavier, La Chapelle et Desarmes où l’accès aux soins de santé est un véritable luxe. Je me suis assurée de collaborer avec les médecins de ces zones. À La Chapelle, par exemple, j’ai reçu les médecins traditionnels de la zone quand ils étaient malades sans tenter d’empiéter sur leur territoire », raconte-t-elle. Se décrivant comme une femme indépendante d’esprit avec de la suite dans les idées, cette adhérente depuis une vingtaine d’années au parti Fanmi Lavalas s’est totalement vouée à ses deux passions : la politique et la médecine. Elle a épousé sa cause, au détriment de ses deux ex-époux. « Mes parents ne m’avaient pas préparée à la réalité du mariage et de la vie en couple », dit-elle simplement pour expliquer ses deux divorces. Mariée dès l’âge de 23 ans, sa première union de laquelle est d’ailleurs issue son unique enfant dure douze ans. Elle contracte un second mariage qui lui aussi se solde par un échec. « Je suis loin d’être une femme soumise. Je suis plutôt très indépendante de caractère, ce qui n’est pas forcément ce qu’un homme recherche chez sa compagne », admet celle que plus d’un qualifie de "Lavalas jouk nan zo". En effet, très engagée politiquement depuis à l’université, Maryse Narcisse est restée fidèle au parti de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide envers et contre tous. « On doit croire dans ce que l’on fait et ce, même dans les situations les plus difficiles. Je ne regrette pas mes choix. Quand on défend une cause aussi noble, il n’est pas question de s’arrêter en route. Il faut y aller à fond », martèle la femme politique. Membre du comité d'étudiants de la faculté de médecine, elle participe comme bien d’autres aux messes à l’église St-Jean Bosco. Elle rencontre l’ancien président Jean-Bertrand Aristide vers 1980, une rencontre qui va changer sa vie. À la création de l’organisation en 1996, la jeune femme rejoint Fanmi Lavalas et depuis, elle y est restée fidèle. Choisie par le parti, jouissant de la bénédiction du leader de l'organisation, Maryse Narcisse est la candidate à la présidence de Fanmi Lavalas pour 2015. Un nouveau pas, une nouvelle bataille, de nouvelles perspectives pour cette militante que rien ne semble pouvoir décourager. Les premières fois de Maryse Narcisse Première fessée Il n’y avait pas beaucoup de fessées chez nous. Je ne peux pas me rappeler d’une fessée qui m’aurait traumatisée. Il y avait beaucoup de dialogue dans la famille. J’avais par ailleurs un caractère assez fort que mes parents ont pourtant accepté. Première bagarre Bien sûr, entre frères et sœurs, on se chamaillait tout le temps, mais il n’y avait pas vraiment de bagarres chez nous. Premier amour Ce n’était pas comme ces amours que l’on voit aujourd’hui ! Je devais avoir 13-14 ans et on ne se voyait pas vraiment ; fort souvent, on se saluait simplement de loin. C’était une véritable amourette. Il a laissé le pays et voilà c’était fini ! Il y avait beaucoup d’immigration à cette période. Ah, je me rappelle de cette fois où il y avait une fête chez mon premier copain et que je ne pouvais pas y aller. Mon père m’avait tout simplement fait comprendre que je ne pouvais pas m’y rendre, sans me donner aucune raison. Je m’y suis rendue quand même, sans le lui dire. Quand il m’a posé des questions à mon retour, je lui ai simplement rétorqué qu’il ne m’avait pas donné de raisons et que par conséquent, l’interdiction ne tenait pas. Je vous dis que j’ai un caractère fort ! Première voiture Ma première voiture était une Renault. Je me rappelle encore de mes premières fois au volant. J’ai appris à conduire sur le quartier et ma seule expertise était la marche-arrière. Premier travail J’ai commencé à travailler dès que je suis entrée en médecine. Je donnais des leçons après mes cours à des élèves du primaire. Premier mariage Je me suis mariée très tôt. Je n’avais que 23 ans quand j’ai épousé mon premier mari. Je travaillais beaucoup en province à l’époque et la relation n’y a pas survécu. Notre union a quand même duré douze ans. Premier livre publié J’ai rédigé et publié de nombreux articles dans des journaux médicaux. J’ai aussi travaillé sur différents projets. Mais je n’ai pas encore publié de livre. Premier voyage J’étais encore très jeune quand j’ai voyagé pour la première fois. Je me suis rendue à New York avec ma famille pour rendre visite à une tante. Kisa Maryse renmen ? Votre couleur préférée ? Ma couleur préférée est le bleu. Votre lieu de vacances préféré ? J’aime faire du tourisme local. Pour mes vacances, j’ai toujours pris plaisir à visiter le pays et ce, même quand il n’y avait pas encore de bonnes routes conduisant vers les provinces. Votre plat préféré ? Je ne pense pas avoir un plat préféré. J’ai toujours tendance à grossir. Par conséquent, j’essaie de manger le plus sainement possible. Mais il m’est si difficile de résister au poulet pays ! Votre dessert préféré ? J’aime les desserts avec les prunes. Mais mon véritable péché mignon est le pain-patate. Votre sport préféré ? La marche ! C’est le sport que je fais le plus souvent d’ailleurs. Votre boisson préférée ? Je bois beaucoup de jus. Je ne suis pas trop branchée alcool, mais j’aime bien socialiser autour d’un verre de vin. Votre musique préférée ? Je suis une grande consommatrice de troubadour. J’aime aussi la musique racine, comme celle que fait Boukman Eksperyans, Ram et Koudjay. Je prends aussi plaisir à revivre les chansonnettes françaises. Et là, je plains franchement mon entourage, car je chante faux, mais je chante quand même ! Votre livre préféré ? J’ai tellement lu qu’il m’est difficile de désigner un ouvrage comme mon préféré. Mais s’il faut citer un livre que j’ai pris grand plaisir à lire, je retiens « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon. Votre film préféré ? Je suis une véritable cinéphile. Je regarde un peu de tout, du film d’action au film romantique, surtout quand je suis fatiguée. Je rentre carrément dans les films d’action, indiquant aux protagonistes ce qu’ils doivent faire, et je pleure dans les histoires trop sucrées. Votre acteur préféré ? J’adore Denzel Washington ! Votre pays étranger préféré ? Je suis très ouverte aux expériences. J’ai d’ailleurs beaucoup voyagé. Je n’ai pas de pays que j’ai aimé en particulier, mais plutôt des voyages qui m’ont marquée, comme ma visite au Cuba. Thé ou café ? J’aime le café, un peu trop même... Rhum ou whisky ? Ni l’un, ni l’autre. Je suis plutôt vin ou cocktail. Ios ou Android ? Je ne jure que par les produits Apple. Plume ou ordinateur ? L’ordinateur. Brésil ou Argentine ? Aucune préférence. Je dirais simplement que j’aime regarder un bon match.



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