Fokal/22 juin/musiques du monde/ 1re édition

Quand le Trio Ivoire et Follow Jah font la différence

Publié le 2015-06-25 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard C’est une heureuse maldonne. Trompés de jour et de programme, nous voulions assister aux performances du groupe haïtiano-cubain de musique traditionnelle « Desandann » ; nous sommes tombés sur une merveille de musique métisse, dans le cadre de ces rencontres sonores des traditions européennes, africaines et caribéennes. Le Trio Ivoire compte seize années d’existence. Il synthétise la musique savante européenne, la splendeur des improvisations créatrices du jazz, le charme hypnotique et la puissance rythmique de la musique native africaine. Ce groupe est constitué de deux Allemands et d’un Malien. Soit Hans Ludemann (pianos classique et électrique ; synthé) ; Christan Thomé (batterie et percussions) ; Ali Keita (balafon, sorte de vibraphone à lamelles de bois). Il y avait donc du jazz : nous étions aux anges et dans notre élément. Nous pouvions chanter comme Michel Legrand : «Quand ça balance/ On est deux le jazz et moi/Je crois même qu’on est trois». Nous étions en fait plus d’une centaine de spectateurs éblouis par la musique improvisée combinée à la virtuosité primitive et au recueillement savant méditatif. Les harmonies nous ont envoûtés. Après la présentation et l’introduction de la charmante M.C. -à la voix délicieuse et au français fluide et chantant, accordés à son agréable physique, - le concert devait commencer, sans annonce du titre, avec un premier morceau introduit par une espèce d’arpège insistant et très rythmé, un dessin obstiné au balafon. Le piano l’imite et attaque un solo ‘’bluesy’’. Le batteur joue sur les caisses et les ‘’toms’’ à mains nues ou avec des balais. Chorus aérien du balafon ; usage de riffs ‘’bluesy’’ comme au piano. Ostinatos des deux instruments ; cadence libre finale de l’Africain. Sans pause, un deuxième thème à mesure en 6/8 est enchaîné. Il ressemble d’assez près à notre yanvalou’’ ou notre ‘’mayi’’. C’est l’opportunité pour le batteur de s’exprimer dans un bon solo. Et enfin, après cette seconde composition, le leader-pianiste s’adresse au public, de son mieux, en français. Il présente son trio, nous renseigne sur sa fondation, son âge et son parcours. Ses concepts. C’est ainsi qu’on apprend que le groupe est à son quatrième disque, et que le programme joué est extrait du dernier. Il se présente ainsi 1) Tombouctou 2) Maloya 3) Le destin 4) Cram en 9/8. Pour le troisième morceau, «Le destin», le pianiste fouille dans les entrailles du piano à queue ouvert et joue sur les cordes graves pour obtenir des effets de cloche. Il utilise le ‘’synthé’’ également. Il est imité par le balafoniste. Un rythme lent, méditatif et un peu latin est introduit. Il y a le trémolo du balafon avec les mailloches sur des notes différentes, suivi d’un bon chorus. Le pianiste le suit et l’approuve dans son improvisation ; il va du grave sombre au suraigu. Trilles et trémolos. Quelle maîtrise ! Quelle synchronisation et quelle indépendance des deux mains ! Il use de phrases altérées et parallèles sur motifs, mélangeant consonances et dissonances. Pianiste et balafoniste s’expriment, par moments, sans accompagnement ; ‘’a capella’’ comme on dit. Harmonies de quartes et de quintes. Il y a un morceau américain de rythme : ‘’Love confession’’. On en arrive bientôt à la fin. Les trois musiciens s’alignent au devant de la scène et font la révérence, la courbette à l’assistance, enthousiaste, qui les acclame frénétiquement. Ils reviennent après leur départ, pour les rappels et deux boni « run», une sorte de course, de «chase» échevelée, hallucinante, où la virtuosité est mise au service de l’inventivité. Ça ferait une bonne illustration de film policier. Il y a ensuite le titre traduit en français, disant tout. «Quand tu prends le long chemin». Le pianiste use des motifs d’une pièce classique et le balafoniste joue en imitation du claviériste. Pour nous résumer, c’était une prestation festive où énergie, vitesse, nervosité et calme méditatif étaient convoqués. Tempos rapides. Virtuosité rythmique. Figures variées. Ostinatos et leitmotive. Swing ! Le public n’a pas caché son contentement. La seconde partie de cette soirée a été assumée par la bande à pied «Follow Jah» de Berthé, à Pétion-Ville, célèbre pour le jeu mélodique complet de ses ‘’cornets’’ –parfois embouché en double ou triple par le même musicien. Maillots orange et jeans bleus. Un tambour à corde et une caisse claire de batterie en bandoulière à l’épaule. Ils ont endiablé l’assistance. Il est quelquefois bon de se tromper.

Roland Léonard Auteur

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