Quand la Croix-Rouge américaine noie le poisson

La Croix-Rouge américaine a répondu, à sa manière, aux allégations de ProPublica et de NPR en étalant devant la presse, le mercredi 10 juin 2015, lors d’un point de presse à l’hôtel Le Plaza, un bilan de ses activités post-séisme long comme le bras assorti de chiffres et de montants qu’elle seule est en mesure de vérifier.

Publié le 2015-06-10 | Le Nouvelliste

Après les révélations fracassantes de l’investigation des deux journalistes américains, la Croix-Rouge américaine était attendue au tournant. Elle se devait de répliquer. Sous l’impulsion de la Croix-Rouge haïtienne, la délégation de la Croix-Rouge américaine en Haïti a convoqué la presse ce mercredi pour, d’après ses dires, faire la lumière, dissiper les mythes et « présenter les faits quant aux interventions de la Croix-Rouge américaine en Haïti. » « La Croix-Rouge américaine souhaite exercer son droit de réponse à la suite des allégations fallacieuses récemment publiées et relayées dans la presse nationale et internationale depuis le 3 juin 2015 », a déclaré Walker Dauphin, coordonnateur des programmes à la Croix-Rouge américaine, en réponse à l’article de ProPublica/NPR. Selon ce dernier, le peuple haïtien, à qui sont dédiés les fonds collectés par la Croix-Rouge américaine au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, a le droit de savoir et de comprendre comment l’argent des généreux donateurs américains a été utilisé. Egalement sur le panel, le Dr Guiteau Jean-Pierre, président de la Croix-Rouge haïtienne, et Ines Brill, chef de la délégation de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), dans leurs prises de parole respectives, ont tous deux clamé leur fierté et ont applaudi des deux mains le bon travail réalisé par les volontaires et les employés de l’agence humanitaire. A les entendre, il ne manquait que le champagne et le seau à glace pour célébrer ce satisfecit qu’ils s’attribuent. « Cinq ans après le cataclysme, plus de 85 % de ressources collectées ont été investies dans des opérations de secours et de récupération en Haïti », a fait savoir Ines Brill avant d’ajouter que les programmes et interventions de la Croix-Rouge américaine ont été élaborés avec les leaders de la communauté en partenariat avec les autorités locales. « Au total, plus d’une centaine de projets ont été mis en œuvre, soit directement par la Croix-Rouge américaine, soit à travers ses 47 partenaires de mise en œuvre », a précisé à son tour Walker Dauphin se contentant de retracer les grandes lignes des interventions et des dépenses de la branche américaine de l’agence humanitaire tout en se gardant d'entrer dans les détails. Le Dr Guiteau Jean Pierre, pour sa part, pointe du doigt la rapidité avec laquelle cette rencontre avec la presse a été annoncée. Outre l’impasse faite sur la présentation d’un budget ventilé, la tentative de réponse de la Croix-Rouge américaine a été truffée de contradictions, prenant à contre-pied des personnalités telles que Jean-Max Bellerive, ex-Premier ministre, et le Dr Michaëlle Amédée Gédéon, ex-présidente de la Croix-Rouge haïtienne. Ainsi, elle rapporte que les premières interventions ont été réalisées en étroite collaboration avec la Croix-Rouge haïtienne alors que lundi dernier la présidente d’alors a fait savoir au journal que la branche haïtienne n’était pas aussi impliquée comme la Croix-Rouge américaine veut bien le faire croire. Là où Jean-Max Bellerive parle de rétention d’informations et refus délibéré de présenter des rapports sur leur gestion, Walker Dauphin brandit une correspondance, datée du 3 septembre 2010, de Gail McGovern, présidente et directrice exécutive générale de la Croix-Rouge américaine au Premier ministre Jean-Max Bellerive, l’informant que les opérations des six premiers mois, à elles seules, ont coûté 148 500 000 $ US. « Ce document sera mis à la disposition des journalistes », a promis l’agence humanitaire. « Nous mettons les pendules à l’heure en fournissant aux professionnels des médias haïtiens l’opportunité de faire leur propre analyse sur la base d’informations factuelles que nous mettons à leur disposition », a lancé Walker Dauphin d’un ton résolu à l’attention du parterre de journalistes présents à ce point de presse qui s’est vite mué en conférence de presse à la suite de la décision des responsables de revecoir des questions provenant des confrères journalistes. Mal leur en prit car ces derniers ont surtout appuyé sur les détails, des détails qui, selon eux, font toute la différence. Sans pouvoir répondre à la question d’un journaliste sur le nombre de maisons réhabilitées dans le cadre du projet LAMIKA ni sur l’enveloppe allouée à ce projet, Walker Dauphin a préféré insister sur les vertus de ce projet qui « vise à renforcer la résilience des communautés et des ménages, en créant des conditions économiques et sociales favorables au développement durable […] en investissant dans des projets de création d’emplois, de formation professionnelle et de subventions aux petits entrepreneurs. » En guise de bilan, la Croix-Rouge américaine se targue d’avoir, dans les jours et mois qui ont suivi le tremblement de terre, investi les dons reçus du public américain (environ un demi-milliard de dollars américains), entre autres, dans des abris d’urgence, la livraison de 5300 pochettes de sang, l’eau et l’assainissement, la distribution de millions de repas préemballés, l’enlèvement de débris, le nettoyage des canaux de drainage, les soins de premiers secours et les campagnes de vaccination. « Nous avons investi 173 millions de dollars pour aider les victimes du séisme à obtenir un logement plus sûr et amélioré grâce à des activités comme la réparation de maisons existantes, les subventions de réinstallation pour les personnes qui désiraient se déplacer en province, les subventions de loyers, l’élargissement sécuritaire des résidences familiales dont les propriétaires acceptaient d’accueillir, pour une période donnée, des personnes déplacées », a fait savoir Walker Dauphin qui, une fois de plus, a été dans l’impossibilité de préciser où exactement ces projets de logement ont été implémentés. En désespoir de cause, et surtout pour se tirer d’affaire, les responsables de la Croix-Rouge américaine ont promis aux journalistes, tenaces et implacables, d’organiser à leur intention une visite guidée afin de leur permettre de voir les différentes réalisations de la Croix-Rouge et d’interviewer les bénéficiaires.
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