Carnet à gogo

Publié le 2015-05-15 | Le Nouvelliste

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a mis fin vendredi au suspense. Il a aussi mis fin, à tort ou à raison, au rêve de centaines de citoyens de servir leur pays ou de se donner un bon emploi à partir d’un poste de parlementaire. Plus de 500 candidats écartés sur 2039. Le CEP avait de quoi prendre du temps pour publier la liste définitive des candidats agréés. Il fallait du temps pour trouver le détail qui allait discréditer les 446 candidats à la députation et 76 au Sénat. Ce qui fait la singularité de cette liste, c’est peut-être sa longueur, mais surtout les « potanta », les proches et les détenteurs du pouvoir ainsi que les anciens parlementaires qui s’y trouvent. Le CEP, qu’on croyait attaché à la table du pouvoir, a frappé fort en écartant la première dame Sophia Martelly de la course électorale. Le CEP a aussi faussé le calcul de beaucoup d’anciens parlementaires qui avaient prêté la bannière PHTK pour s’assurer de leur réélection. Un coup fatal pour la plupart de ceux qui font le serment d’être toujours candidats sous la bannière du parti ou de la plateforme au pouvoir. 2015 n’est pas 2010 messieurs et dames. Le CEP a aussi mis fin brutalement au rêve de certains jeunes qui, après avoir goûté ou côtoyé le pouvoir Tèt Kale, voulaient devenir parlementaires. C’était trop beau pour être vrai, leur dit le CEP. Ou du moins l’institution électorale les invite à donner du temps au temps. Sur la liste des candidats non agréés, figurent des politiciens qui cherchent à se refaire une santé après leur descente aux enfers en 2004. Le CEP n’a pas choisi de leur faciliter la tâche. Du moins pas pour ces élections. Le CEP ne s’est pas non plus laissé induire en erreur par ces anciens parlementaires qui ont été contraints d’abandonner leur poste pour cause de double nationalité et qui tentent de retourner au Parlement. Tous les candidats écartés par le CEP ne peuvent pas être mis dans le même panier. Oui, la liste des candidats rejetés comprend des citoyens - autrement dit qui jouissent de bonne réputation dans leur communauté. Ceux qui appartiennent à cette catégorie et qui ont été écartés pour un document contenant une erreur ont, d’après les déclarations d'un membre du CEP sur une station de radio, encore une chance. Il peut y avoir des erreurs dans le jugement du CEP. Mais personne ne peut nier que les membres de l'institution ont pris leur courage à deux mains. Ceux qui se plaignaient de la lune de miel entre l’institution électorale et le pouvoir commencent sans doute à changer d’avis. Ceux qui estimaient qu’il y avait trop de candidats dans les législatives peuvent féliciter le CEP qui a trouvé la bonne formule pour réduire la liste après l'échec des démarches de la Primature pour porter les partis politiques à se regrouper en plateforme. La publication de la liste (définitive) des candidats aux législatives est un nouveau pas vers la tenue des élections. Est-ce suffisant pour rassurer ceux qui croient qu’il n’y aura pas d’élections au cours de cette année ? La police pourra-t-elle empêcher les candidats écartés qui promettent de boycotter le scrutin de passer à l'action?
Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com Auteur

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