Juste avant l’Occupation américaine de 1915, sur le site actuel de l’HUEH, cohabitaient l’hôpital militaire, l’Ecole nationale de médecine et de pharmacie et l’Hospice St-Vincent de Paul; cette dernière étant séparée des deux autres par un mur. Cependant, certains médecins haïtiens, lors de leur congrès de juillet 1912, proposaient déjà à cette époque la transformation de l’hôpital militaire en un hôpital civil. Ils souhaitaient que l’hôpital soit administré par des civils et soit accessible à toute la population de Port-au-Prince. (Ary Bordes p62-66, chap 3: les services médicaux de la première brigade). Cette recommandation va trouver un écho favorable sous l’occupation américaine et les Drs May et Garrison vont proposer le transfert de l’hôpital militaire du département de la Guerre à celui de l’Intérieur en vue de son utilisation comme hôpital civil. C’est ainsi qu’en 1916, l’hôpital militaire va se fusionner avec l’Hospice St-Vincent de Paul pour constituer l’Hôpital général tout en restant sous la juridiction militaire. Ce n’est que le 1e décembre 1917 que l’Hôpital général devient
sous la tutelle du Service d’hygiène (ancienne appellation du MSPP). Durant toute cette période, l’école de médecine fonctionnait sur le site, mais elle était sous la tutelle du département de l’Instruction publique et les étudiants faisaient leur stage à l’Hospice St-François de Sales. Mais nos occupants de l’époque ne digéraient pas cette tutelle et souhaitaient avoir le contrôle de l’école de médecine, ce qui va générer beaucoup de conflits et le fonctionnement de l’école paierait les frais. Il est rapporté que le niveau de la formation médicale de cette époque était piètre. Ainsi, le 3 juillet 1922, un accord fut-il trouvé entre le directeur de l’école de médecine d’alors et les départements de l’Instruction publique et de l’Intérieur permettant la reprise des cours cliniques à l’Hôpital général. Plus tard, la loi du 16 juillet 1926 va entériner cet accord et consacrer le transfert de l’école de médecine du département de l’Instruction publique à celui de l’intérieur, section du Service National d’hygiène. Notons que ce Service national d’hygiène, devenu plus tard département de la Santé publique puis ministère de la Santé publique, était à l’époque un service du département de l’Intérieur.
Ce transfert de tutelle de l’école de médecine va y demeurer jusqu’en 1995.
Parallèlement, le Jury médical central (faisant fonction de police médicale ou d’ordre médical) qui a pris naissance dans la loi de 1847 n’a jamais pu fonctionner. Des conflits de pouvoir l’opposaient tantôt au Service d’hygiène d’avant l’Occupation américaine ensuite avec les occupants qui ignoraient son existence.
Dans une tentative de satisfaire la résistance de l’époque, le président Dartiguenave a pris une loi, en 1919, qui remobilisa le Jury médical central. Cette loi maintient l’obligation imposée aux médecins et aux diplômés à l’étranger d’obtenir l’équivalence de la secrétairerie d’Etat de l’Instruction publique sur avis favorable de l’école de médecine et de pharmacie, de faire enregistrer leur nouveau diplôme au siège du Jury médical central et d’obtenir leur licence de pratiquer de la secrétairerie d'État de l’Intérieur, sur avis conforme du Jury médical central. Mais le Jury médical va disparaître en 1923 après une divergence avec le Service d’hygiène. Dans la loi du 11 janvier 1936, son article 12 stipule: « la loi du 17 juin 1847 sur le Jury médical est et demeure abrogée. Les attributions du Jury médical compétent sont désormais au Service national d’hygiène et d’Assistance publique ».
A partir du transfert de l’école de médecine sous la responsabilité du Service National d’hygiène, la nécessité de la construction d’un nouveau bâtiment pour la formation médicale, l’augmentation de son budget de fonctionnement ainsi que le renforcement de son corps professoral ont été favorisés. Des bourses ont été accordées grâce au support de la fondation Rockefeller et du gouvernement haïtien. Le curriculum de l’enseignement a été aussi modifié. La loi de 1938 va changer l’appellation de l’Ecole de médecine en Faculté de médecine et de pharmacie (FMP).
Devant le besoin de disposer de médecins spécialistes, la loi du 14 août 1951 puis celle du 13 octobre 1952 instituent au profit des jeunes médecins, le système de la résidence hospitalière. Pour consolider la tutelle et renforcer le fonctionnement de la Faculté de médecine et de pharmacie, la loi du jeudi 22 novembre 1956, stipule dans son article 87: « l’enseignement médical et paramédical est placé sous le contrôle de la direction générale de la Santé publique. Le président de la République choisit les doyens des facultés de médecine et d’Art dentaire sur deux listes présentées l’une par le département de la Santé publique, l’autre par le conseil des professeurs (conseil des chefs de département). La Faculté de médecine et de pharmacie délivre les diplômes de docteur en médecine, de pharmacien. Par suite de l’organisation de la résidence hospitalière, cette faculté a aussi le contrôle de la préparation des spécialités et délivre, conjointement avec le directeur de l’hôpital et le chef de service, un diplôme de spécialiste aux résidents après le cycle d’études exigées par la loi ». L’article 89 de cette même loi stipule: « une section de recherches est annexée à la faculté de médecine ».
Poursuivant les réformes, la loi du lundi 12 septembre 1960 en son art 5 stipule: les applications pour les postes disponibles de résidence hospitalière seront adressées du 15 au 31 mai de chaque année au décanat de la FMP qui prendra les dispositions nécessaires en accord avec la direction générale en vue du recrutement des résidents hospitaliers par voie de concours. Quelques années plus tard, dans le moniteur #80, jeudi 26 septembre 1968, art 1: « L’hôpital du district sanitaire de Port-au-Prince ou hôpital général change de nom et est nouvellement appelé Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH). Cet hôpital est la propriété de l’État haïtien et est supervisé par la direction générale de la Santé publique. L’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti est une institution de soins, d’éducation et de recherches. Cet hôpital est un centre universitaire. »
Plus tard, il sera envisagé une résidence hospitalière en traumatologie et orthopédie à l’OFATMA. Celle-ci sera régie par les règlements de la résidence hospitalière de l’HUEH (art 32, moniteur #87, lundi 1er novembre 1971).
En mai 1981, le gouvernement va prendre une loi visant à astreindre tous les nouveaux médecins à un service social comme compensation de la gratuité de l’enseignement médical haïtien. Le médecin qui aura complété son service social a droit à la licence qui l’habilitera à exercer la Médecine sur toute l’étendue du territoire de la République. Dans cette même loi, son article 11 traite de la résidence hospitalière. Il s’agit d’un stage facultatif ouvert aux médecins licenciés qui auraient, par lettre adressée au directeur général de la Santé publique, exprimé leur intention de se spécialiser dans une branche déterminée de la médecine. Néanmoins, l’admission à ce stage est subordonnée à un concours. Le texte poursui, dans son article 12, il disait que « chaque année, la direction générale de la Santé publique, en accord avec le décanat de la Faculté de médecine et de pharmacie et l’Association médicale haïtienne publiera la liste des divers services du pays aptes à recevoir les médecins licenciés en vue de la résidence prévue ».
Pendant toutes ces périodes, il n’existait sur le territoire national qu’une seule Faculté de médecine (FMP) qui fonctionnait sous la tutelle du secrétariat d’Etat de la Santé publique et de la Population, au même titre que l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti, ces lois étaient cohérentes et ne généraient pas de conflits.
Naissance des conflits, les occasions ratées, les décisions politiciennes.
Après la chute de la dictature qui avait la mainmise sur l’université, les différents mouvements d’étudiants visaient, en dépit des dérives, à permettre à celle-ci d’obtenir une autonomie effective. S’il est vrai que la Constitution de 1987 consacre l’indépendance de l’Université d’État d’Haiti (UEH), dans la réalité, la loi régularisant son mode de fonctionnement tarde encore à être clairement définie. Dans la même mouvance, la Faculté de médecine et de pharmacie a élu son premier décanat en 1991 et elle a réussi à se libérer de la tutelle administrative du MSPP pour entrer sous celle du rectorat en 1995.
Déjà en 1996, le MSPP avait décidé de centraliser le concours d’entrée en résidence hospitalière en nommant un responsable de la résidence hospitalière siégeant à l'HUEH. Avant cette période, le recrutement se faisait directement à l’intérieur des services concernés. Les chefs de service étaient, pour la plupart, des chefs de département de la FMP. Le refus de recruter une postulante, épouse d’un des acteurs puissants de cette période a motivé ce changement de méthode. Pourtant, il était prévu déjà dans les nouveaux règlements de la résidence hospitalière, revisités en 1989, une structure de gestion qui serait la Commission nationale de la résidence hospitalière « CNRH".
Moins de deux ans plus tard, un conflit d’autorité et de vision, avec envergure politique, opposa cette responsable académique en charge de la conduite des recrutements et les autorités tant du MSPP que de la direction de l’HUEH et aboutit au déplacement de cette direction de 3e cycle de l’HUEH à la FMP et à la démission en bloc des hautes autorités du MSPP. Un deuxième conflit va engendrer, en 2003, la révocation de ce cadre du MSPP affecté à la FMP pour la gestion de la résidence hospitalière et le retour de cette direction sous la tutelle directe de la direction exécutive de l’HUEH. Pourquoi ces conflits?
Sorti de la tutelle du MSPP, grâce à l’autonomie et l’indépendance de l’université consacrée par la constitution, le décanat de la FMP a une vision tout à fait différente de celle des autorités du MSPP de la gestion de la résidence hospitalière concevant par son autonomie avoir les pleins pouvoirs sur la gestion du troisième cycle. Selon les textes de loi, la résidence hospitalière est gérée par la direction générale du MSPP via ses deux entités: l’HUEH et la FMP. Quand ces deux entités avaient la même tutelle, il n'existait aucun conflit. Avec la sortie de la FMP de la tutelle du MSPP, il aurait fallu définir une passerelle qui relierait les deux institutions à travers une convention qui définirait le rôle et les responsabilités de chacune d’entre elles. Ceci n’étant pas établi, d’un côté, la FMP revendique la possession de l’HUEH se basant sur le texte de loi de 1968. Or il y est dit que l’Hôpital general « HUEH" est la propriété de l’Etat haïtien supervisé par le département de la Santé publique. Au même titre que l’UEH ou la FMP, les autres institutions sanitaires publiques appartiennent également à l’État haïtien. C’est donc l’État haïtien qui gère l’HUEH et également toutes les institutions publiques de santé du pays. En appelant l’hôpital général « Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti ou HUEH, le législateur prévoyait une cohabitation voire une cogérance. De l’autre côté, le MSPP revendique la paternité du 3e tcycle en se référant au texte de loi de 1981. Mais dans tout ça, qui est responsable de délivrer les titres universitaires? Partout dans le monde, ce sont les universités. Pour le cas d’Haïti, nous y reviendrons plus loin. En 1998, le MSPP va trouver un accord avec l’UEH/FMP pour mettre sur pied la CNRH comprenant les représentants des institutions sanitaires de formation, le doyen de la FMP, trois autres représentants désignés par le MSPP (des formateurs) et le responsable de la résidence hospitalière (coordonnateur). Cette commission va survivre pendant un temps et disparaîtra plus tard. Cette structure aurait à son actif l’organisation des concours.
Depuis 1990, nous assistons à l’émergence d’universités privées en Haïti. Selon la loi de 1989, le ministère de l’Education nationale est chargé de leur délivrer les autorisations de fonctionnement. Cependant, pour exercer la profession médicale, d’après les lois existantes (décret loi du 9 juillet 1940), le MSPP joue un rôle primordial. C’est ainsi qu’une forte pression va être exercée sur ce ministère au cours des années 1999-2002 pour la reconnaissance des diplômes des facultés de médecine privées autorisées à fonctionner. Les premières discussions vont se tenir autour de la nécessité de réaliser un examen d’Etat en fin de cursus pour tous les médecins formés en Haïti, y compris ceux provenant de la FMP. Une autre exigence sera celle que ces étudiants issus du privé accèdent à l’HUEH pour des stages pratiques (internat). La résistance du décanat et la mobilisation des étudiants de la FMP face a une telle entreprise ont amené les autorités du MSPP à céder sous la pression. Finalement le MSPP définira ses propres critères et obligera deux des facultés de médecine privées à envoyer leurs étudiants au Cap Haïtien faire leur internat à l’Hôpital Justinien. Ces derniers seront ensuite tenus de donner une année de service social à l’ État haïtien alors que selon le texte de loi traitant du service social, ceci est requis en compensation des années d’ études médicales fournies gratuitement par l’ Etat haïtien. Il est évident que les étudiants des facultés privées ont payé de leur poche leurs études. Il s’agit là donc d’une décision purement politique. Mais comme ce compromis arrange tout le monde, sauf la société, bien sûr, on se tait et on avance! N’empêche qu’il s’agit d’une occasion ratée de mettre les balises pour la standardisation de l’exercice de la profession médicale en Haïti. Tandis qu’il y a plusieurs centres de formation produisant des médecins, exiger à TOUS les étudiants en fin de formation de passer un EXAMEN D’ETAT aurait été la meilleure solution de crédibiliser encore plus la formation médicale comme cela est pratiqué dans beaucoup de pays sérieux. Le débat aurait dû se faire sur la crédibilité des évaluateurs, sur la validité et l’objectivité de l’évaluation.
Ces médecins ayant satisfait aux exigences du MSPP deviennent automatiquement des professionnels de la médecine à part entière au même titre que ceux diplômés de la FMP. Nous voici en 2004. Surgira alors le problème de l’accès à la spécialité. Pour éviter de s’exposer à la colère des étudiants de la FMP et devant l’opposition farouche du décanat de la FMP supporté logiquement par le rectorat de l'UEH, le MSPP cédant une fois de plus, refusera aux étudiants des facultés de médecine privée le droit de participer au concours d’entrée à la résidence à l’HUEH. Ils pourront s’entraîner dans d’autres institutions publiques de santé (Maternité Isaïe Jeanty, Hôpital Justinien, Hôpital Universitaire La Paix); mais pas à l’HUEH (soit-disant chasse gardée de la FMP). Une ultime tentative se soldera dans la violence en 2004-2005 sous le gouvernement provisoire. Il s’agissait encore d’une décision politicienne bénéficiant de toute évidence du support du président de la République d’alors.
La réaction du rectorat de l’UNIQ s’en suivra. En dépit de nos réserves sur certaines approches de leur analyse, il faut reconnaître la justesse de la mise au point et la pertinence de cet appel à la raison lancé par les signataires. Il faut dire aussi que la position du rectorat de l’UEH exprimée dans une note publique était très habile et avait laissé la possibilité d’envisager une solution crédible si tous les acteurs étaient de bonne foi. Dans toutes ces tentatives irrégulières de contourner les nouvelles réalités de la résidence hospitalière, il faut se demander: si les résidents de l’HUEH peuvent obtenir leur diplôme de la FMP, les résidents qui sont distribués dans les autres hôpitaux dits universitaires, de quelle université recevront -ils leur diplôme? Nous voudrions que tous les concernés réfléchissent sur la portée de leurs décisions et des responsabilités y afférentes ...
L’afflux des ONG dans le pays embauchant beaucoup de jeunes médecins et l’émigration accélérée de plusieurs d’entre eux dans un contexte socio-politique alarmant dans la période de transition inversera la demande de postes de résidence à l'HUEH au détriment de l’offre. Certains services seront dégarnis. Des spécialités n’existant qu’à l’HUEH seraient menacées de déficit de relève. Ceci va sensibiliser les responsables de l’HUEH sur la problématique de cette restriction. Certains responsables de service à l'HUEH vont jusqu’à accepter de prendre des résidents en spécialité au mépris des normes (cette décision n’était pas toujours motivée par le souci pour certains responsables de combler le déficit). Nous avions suggéré à l’époque aux acteurs de l’HUEH d’établir un système de quota.
Le problème du besoin de spécialistes s’accroit, le nombre de jeunes diplômés du privé également. Les autres centres ne disposent pas toujours de toutes les spécialités. Nous sommes après le séisme de 2010, le problème de l’accès à la résidence à l’HUEH se pose à nouveau. Quelques jeunes vont braver la violence et parviendront à intégrer quelques services à l’HUEH. Finalement, en 2012, ils ont pu accéder à la suite d'une épreuve de force à l’HUEH. On constatera un surpeuplement des services en résidents. Deux grandes conséquences de cette décision: le niveau de la formation déjà balbutiant va encore diminuer; et comme pour les autres centres, à la fin du cursus, quelle université va normalement leur délivrer le diplôme? Certes, nous sommes en Haïti, tout est possible. Mais nous voulons parler des normes! Et la société dans tout cela. A quoi est-elle exposée!
En février 2013, sous le leadership du MSPP, une initiative louable a été prise en vue de régulariser la formation médicale et résoudre une fois pour toutes la problématique de la résidence hospitalière. Du moins, c’est ce que nous avions compris! Tous les acteurs du système ont été invités à y participer. Tous les grands problèmes étaient au menu des discussions; celui de la disponibilité voire de l’harmonisation des curricula; celui de l’accès, du recrutement et de la sélection; celui de la certification et de la gouvernance. Si pour les autres points, il semblait que tout le monde était en accord, les discussions butaient sur les modalités de sélection, et la gérance de la résidence hospitalière. Tout au long des débats, on a remarqué que les responsables des universités tant du privé que de l’Etat ne s’impliquaient pas. On dirait qu’ils ne se sentaient pas concernés par ces problématiques. Peut-être, qu’ils jouaient une autre carte ou qu’ils n’accorderaient aucune importance à ce qui sortirait de ces discussions. Encore une occasion ratée! Evidemment, alors que le comité finalisait son rapport de synthèse, on apprit que la haute direction du MSPP confia à la FMP la charge à l’oral, d’organiser la sélection des postulants pour l’année académique 2013-2014 et la « gérance » de la résidence hospitalière. Coup de théâtre, la mission du comité prit fin! Décision politicienne ou résolution du problème? En prenant cette décision peut-être que le MSPP voulait satisfaire aux revendications des autorités de la FMP et éviter ainsi une mobilisation des étudiants de l’UEH.
Hélas, on voit que le problème surgit à nouveau en 2014. Les vieux démons ont refait surface et les acteurs se sont encore retrouvés dans un face-à-face qui a duré 3 mois. Les récentes décisions du MSPP d’établir un quota et de permettre que les jeunes médecins issus de la FMP choisissent les postes en premier permirent d’arrêter les manifestations et l’entrée en résidence s’est faite en toute quiétude à l'orée de 2015. Mais ce communiqué du MSPP daté du 30 décembre 2014 aura-t-il pour effet de résoudre la crise? Cette fois-ci, nous ne parlerons pas d’occasion ratée, puisque le MSPP s’était mis dans une mauvaise position en s’immisçant tardivement et maladroitement dans la sélection des postulants, précipitant ainsi la crise. Il était nécessaire de trouver un dénouement favorable. Donc le dernier communiqué a résolu le côté politique (politicien) de la question.
Le MSPP a reculé une fois de plus devant les exigences du groupe de pression. Comme depuis des années voire deux décennies, nous sommes toujours en crise. Encore les jeunes issus des universités privées sont frustrés, obligés de subir une injustice.
Le MSPP a accepté d’accorder la reconnaissance aux facultés de médecine des universités privées (nous sommes toutefois en désaccord avec la procédure utilisée.) Il est indéniable que leur diplôme soit validé. Ces médecins ayant été soumis aux mêmes exigences pour l’obtention de leur licence, devraient aussi accéder aux mêmes privilèges que ceux issus de la FMP. Néanmoins, l’accession à un programme de 3e cycle géré par une université quelconque pourra faire l’objet de certains critères inhérents à l’institution concernée.
De la manière dont la répartition a été effectuée cette année encore, le message envoyé par le MSPP pourrait être ainsi traduit : "si vous n’avez pas fait vos études à la FMP, vous n’êtes pas vraiment qualifié. Vous ne serez pas habilité à choisir en premier, vous vous contenterez des postes qui restent. Nous sommes le MSPP et nous seuls disposons des institutions de formation.
Quel message envoyé à ces jeunes dont les parents ont investi leur argent pour qu’ils deviennent médecins! Serait-il mieux qu’ils continuent d’exporter les devises en les faisant étudier en République dominicaine? Ces derniers après l’obtention de leur licence participent au concours et entrent à l’HUEH sans tracas! Peut-être me diriez-vous que ce sont les jeunes médecins de la FMP qui refusent l’accès à la résidence hospitalière à l’HUEH aux médecins diplômés des facultés de médecine privées. Ils défendent leurs droits. Un droit légitime. Maladroitement ou manipulés quelque peu par des secteurs intéressés. Ils ont effectivement leur part de responsabilité dans ce spectacle. Mais à notre connaissance ces jeunes médecins ou étudiants ne sont pas les responsables de l’Etat chargés de permettre à la population d’accéder à des professionnels qualifiés ni de garantir les droits de tous les citoyens du pays! Au fait, ce qui mobilise en général les étudiants de la FMP et suscite leur grande colère, c’est leur méfiance vis-à-vis des dirigeants et la crainte de la perte des privilèges déjà acquis. D’un autre côté, vous pourriez répéter le discours à la mode à savoir: les facultés de médecine privées ne disposent pas d’hôpitaux pour leur entraînement. Vous avez sans doute raison. Il aurait été plus responsable de la part des dirigeants de ces universités privées de prévoir, dans le cadre de la planification du projet d’avoir des facultés de médecine, ou de construire des hôpitaux en même temps, ou de signer des conventions avec des structures hospitalières existantes.
Considérations spéciales et propositions pour y remédier
1. Normalement, l’un des premiers critères pour qualifier une institution sanitaire d’universitaire est qu’il soit établi une convention entre celle-ci et une université. Présentement, les seuls centres d’entraînement ayant une convention connue avec l’université sont ceux de Zanmi Lasante avec la FMP. La relation entre l’hôpital général et la FMP est une cohabitation de fait même quand la loi de 1968 stipule que l’hôpital général est désormais Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti.
2. Il est partout reconnu que la délivrance de diplômes ou de titres dans les domaines qui sont en discussion relève de la compétence des universités.
3. Il est incohérent voire aberrant qu'un même hôpital soit conventionné à plusieurs facultés de médecine pour son programme de formation
4. Il est urgent que la formation médicale soit standardisée en Haïti
5. Il est évident que les acteurs sont incapables d'aborder de manière responsable et équitable la problématique de la formation initiale et de la résidence Hospitalière en particulier. Le MSPP en tant que représentant de l’Etat fléchit trop souvent sous la pression des groupes d’intérêt et prend des décisions politiciennes qui ne cadrent pas avec les normes universelles.
6. Il est essentiel que l’Etat soit doté d'un cadre légal, cohérent, et adapté régissant ces matières; et il devient de plus en plus impératif qu’une institution indépendante telle que l’ordre médical soit créé.
En attendant que le point 6 des considérations se soit matérialisé, nous proposons ce qui suit: (cette proposition n’est pas nouvelle. Elle a été déjà faite à l’ensemble des acteurs dans un mail le 6 juin 2013. Nous publions in texto les étapes de la démarche telle qu’elle avait été suggérée)
« Proposition d’étapes à suivre vers une solution de la problématique de la RH
La DG du MSPP invite les responsables des facultés de médecine et les directeurs d’hôpitaux à une réunion autour de la problématique de la formation médicale.
De la réunion:
1. Reprise de l'inventaire des problèmes. Ils sont connus (voir enquête et les travaux en atelier)
2. Les deux parties trouvent une entente sur la nécessité de travailler ensemble à la résolution du problème.
3. Le MSPP s’engage à travers sa direction des hôpitaux à contribuer à l’amélioration des soins
4. Les facultés s’engagent à accompagner les centres de formation en leur fournissant la logistique de la formation
5. Nécessité d’avoir une convention hospitalo-universitaire entre chaque centre de formation et une faculté de médecine. Il ne faut pas oublier qu’un centre de formation ne peut être affilié qu’à une seule université.
6. Le MSPP s’engage à ne pas donner de nouvelles autorisations pour l’ouverture de centres de formation en attendant que les critères d’accréditation soient définis
7. Mise en place de la CNRH / arrêté présidentiel en conseil des ministres
8. La CNRH doit être autonome.
MANDAT de la CNRH
• Définir les critères d’accréditation des hôpitaux à vocation académique
• Définir les critères de certification
• Définir les critères d’admissibilité à la résidence
• Organiser le concours pour le recrutement
• Travailler de concert avec les sociétés spécialisées à la définition du profil des programmes de spécialités
COMPOSITION
• 1 représentant du MSPP
• 1 représentant de chaque université /rectorat (1 / université).
• 1 représentant de chacune des 4 sociétés spécialisées de base
• Il est possible d’adjoindre deux autres représentants complémentaires (1 de l’AMH ou AMHE ; 1 du MENFP)
Conditions générales
• En dehors des centres de formation déjà reconnus, aucune nouvelle autorisation ne sera accordée en attendant que les critères ne soient définis
• Chaque centre de formation devra avoir une affiliation à une université reconnue. En se rappelant qu'un centre de formation ne peut être coiffé que par une seule université mais que celle-ci peut coiffer plusieurs centres.
• Compte tenu des conditions actuelles, chaque service définit le nombre de résidents qu'il peut recevoir.
• D’ici septembre 2013 tous les centres doivent disposer de programmes de résidence. Toutefois, ces différents programmes devront faire l'objet d'une révision de manière à les adapter au profil de la spécialité.
• L’entrée en résidence doit se faire d’ici le premier octobre
• Chaque université aura droit à un quota de 60% dans le centre auquel elle est affiliée
• Les facultés de médecine doivent supporter les centres de formation en y apportant la logistique pour l’encadrement »
Maintenant que le calme est revenu, nous espérons que les émotions s’endormiront pour laisser place à la raison et au sens des responsabilités. La démarche sous-entendue par cette mise au point publique est de sensibiliser tous les concernés sur la crise, car nous sommes toujours en crise, afin d’emprunter la voie qui nous évitera de devoir revivre le spectacle des manifestations d’étudiants qui empoisonnent la vie de la société et hypothèquent la crédibilité de la profession médicale de tous ceux qui ont étudié en Haïti. Le débat reste ouvert. Meilleure année 2015 à tous!
Vladimir Larsen, MD,
Enseignant à l’UEH