Gardy Girault, as du Tekno lakay

PUBLIÉ 2015-01-06
Grandes affiches, fashions show, fêtes de salon... Gardy Girault est depuis un certain temps déjà un inconditionnel des rendez-vous huppés de la capitale. Même quand on ne le voit pas derrière la console, ses différents remix sortent des haut-parleurs et marquent sa présence. Mélange de musique électronique et de musique traditionnelle haïtienne (le rara et le konpa), le son de Gardy se distingue de celui de ses pairs. Retrouvailles avec ce dj instigateur du Raratech et du Konpatech.


« Tu me fais voir le texte avant la publication, n'est-ce pas ? » Le ton est badin, mais un soupçon d'inquiétude perce dans la voix de l'homme. On le comprend quand on repense au titre passe-partout dont avait hérité le dernier article paru à son sujet dans les colonnes du journal. Simple, ouvert et cool, Gardy, à première vue, a le physique imposant. La grande taille et cette barbe… Qui font d’ailleurs un peu contraste avec ce brin de folie qu’il laisse paraître au fil de l’entrevue. « J’ai toujours aimé la musique électronique et l’euphorie que provoque cette musique dans les clubs en Haïti lors de mes prestations ou celles des autres dj. Pourtant quelque chose me dérangeait, et dans ma tête toujours cette question qui revenait : pourquoi ne pouvons nous pas nous éclater dans nos boîtes de nuit au son d’une musique qui nous ressemble, qui rappelle notre culture en tant que pays caribéen ayant sa propre identité et si riche au niveau musical ? Il m’est donc venu à l’idée de fusionner le rara et le konpa à la musique électronique », confie le producteur pour expliquer le choix de ce style de musique qui ne cesse de gagner en popularité. Bien sûr, Gardy Girault n'a pas toujours été producteur. En 2007, il fait ses débuts en tant que dj. Comme bien d'autres avant lui, il commence par animer la fête d'anniversaire d'un ami, puis enchaîne avec les fêtes privées avant de partir à la conquête du grand public. Pour ce qui est de la production, l’homme s'y est lancé il y cinq ans. « Le malheureux tremblement de terre de janvier 2010 a été l’événement qui m’a poussé vers la production musicale. Contraint de rester chez moi, je me suis mis à produire pour faire passer le temps et c'est ainsi qu'a pris naissance cette musique que l'on peut désormais identifier à une musique électronique haïtienne », raconte l'artiste. 39 ans, père de famille, homme d'affaires, producteur et aussi dj, Gardy Girault met à profit son grand amour de la musique et les leçons de solfège et de violon qu'il avait suivies dans sa jeunesse. Il joue aujourd'hui un peu de percussions, mais dans son travail, il se fait fort souvent aider de son ami Youri Vixamar. Sa première production, « Reminiscence », avec la participation de Malou Beauvoir (la voix de Voodoo Bounce), sort en 2010 sur iTunes, Beatport et d'autres plateformes de vente de musique en ligne. D'autres, majoritairement des remix afro de morceaux connus, suivront. Deux ans après la première interview qu'il avait accordée à Ticket, Gardy Girault a présenté « Sounds in my head / Son andedan tèt mwen », son premier mixtape. Ce n'est pas encore l'album promis, mais on prendra bien le temps d'apprécier cette production.    Le mixtape comporte quatorze morceaux de 4 à 7 minutes chacun. Outre les remix de « All of you », « Wake me up » et « Kita Nago » déjà disponibles pour écoute sur le compte SoundCloud de l'artiste, on retrouve de nouveaux morceaux comme des remix de Ti Bway de Skandal et de « Banzawa », une chanson de Jacob Desvarieux. De quoi animer les rencontres entre amis ! « Sounds in my head / Son andedan tèt mwen » est actuellement disponible à Radio One (entrée de Péguy-Ville) et à Yuka Restaurant (Bois-Verna) et sert de prélude à l'album sur lequel le dj travaille depuis un certain temps déjà. « L'album devrait contenir douze morceaux inédits avec les voix d'artistes comme Mika et Pascal Maxi. J'essaie aussi de travailler avec un artiste surprise qui va faire sensation », promet Gardy. Au fil des années, le disc-jockey gagne en maturité et en popularité. Ses soirées « No Passport » ont du succès et réunissent de plus en plus de personnes. « C'est un événement où il n'y a pas de frontières, pas de préjugés », explique-t-il. « Les morceaux que je passe contiennent ou sont surtout remixés avec des percussions, beaucoup de tambour, d'autres rythmes proches de nos sons traditionnels. Je suis généralement accompagné d'un dj invité venu d'Afrique, d'Europe ou encore des États-Unis, un groupe comme RAM ou Boukman, et aussi de tambourineurs, de musiciens ou danseurs capables d'ajouter une touche d'exotisme à l'ambiance. Quand tu viens dans un No Passport, tu danses sans constipation ! », conclut-il dans un sourire. À l'instar du reggaeton ou du rabòday à une certaine époque, le Raratech ou Konpatech, mélange de rara ou de konpa et de techno, connaît une grande expansion. De plus en plus de dj vulgarisent le style de Gardy Girault. Ce dernier s'en dit satisfait et nullement inquiété. « Cela se transforme peu à peu en un véritable mouvement et cela me fait plaisir. Je remercie tous les dj qui jouent ma musique, et je prends plaisir aussi à jouer les œuvres de mes confrères dès que celles-ci sont de bonne qualité. Je suis très heureux de voir que de plus en plus de dj adoptent cette tendance et intègrent le mouvement. » Amoureux des rythmes traditionnels, Gardy Girault offre un savant mélange de compas, de rara, de folklore et de racine, imprégné de tambour et saupoudré de musique électronique qui transporte et fait vibrer les pistes de danse. Alors, avez-vous déjà dansé du Gardy Girault ? Eh ben sa n ap tann ? Surveillez sa prochaine affiche, ou mieux encore, connectez-vous sur le Soundcloud de cet innovateur dans la musique, soundcloud.com/gardygirault !



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