I.F.H/ Stanley Péan / Conférence

« Le jazz et Haïti » vus par Stanley Péan

Publié le 2014-11-26 | Le Nouvelliste

Roland Léonard Le mercredi 19 septembre à l’Institut français en Haïti devant un public peu nombreux mais intéressé – et intéressant – l’écrivain haïtiano-canadien Stanley Péan a donné une causerie brève mais enrichissante sur le thème « Le jazz et Haïti», sujet sur lequel on aurait pu disserter pendant longtemps. Le musicien Claude Carré a servi de modérateur à la conférence. Stanley Péan, né à Port-au-Prince le 31 mars 1966, a émigré très jeune au Canada, où il a grandi avec sa famille au Québec. Il s’est essayé au théâtre et aux variétés, à l’humour. Après des études en littérature à l’université Laval, il a mené une brillante carrière d’écrivain, excellant d’abord dans la poésie, puis la nouvelle, le roman et l’essai. Ses œuvres ont été couronnées par de prestigieux prix littéraires canadiens, particulièrement le roman « Zombi blues » et l’essai «Toute la ville en jazz». Stanley Péan est donc écrivain, romancier, nouvelliste, parolier, critique littéraire, commentateur et critique de jazz. Une personnalité avec d’étonnantes facettes, aux multiples talents. Son passage et son séjour en Haïti sont dus à l’intérêt au concours et à la collaboration de : La fondation Culture et Création associée à « Clowns sans frontières»; Haïti jazz et d’autres sponsors généreux. On s’est senti honoré de la présence de cette brillante intelligence. Ses propos étaient suivis de brèves mais édifiantes illustrations sonores. Questionnant la participation haïtienne, sa contribution à la naissance ou fondation du jazz, les propos du conférencier ont convergé avec ceux de Claude Carré, affirmant l’existence de musiciens d’origine Saint-Dominguoise ou Quisqueyenne a la Nouvelle-Orléans, dont le fameux pianiste et pionnier Ferdinand Joseph Lamothe – ou Lamenthe- dit Jerry Roll Morton, ayant anglicisé par nécessité son patronyme français comme beaucoup de ses confrères : ( le territoire devenant américain ; Mouton devient Morton) Jerry Roll Morton, paranoïaque et mythomane (inventeur du jazz autoproclamé), a toujours nié fortement ses ascendances dominguoises ou haïtiennes. Stanley Péan devait ensuite changer d’époque pour tomber au beau milieu des années 40 du XXe siècle, et rencontrer le grand « crooner»- basse et baryton de charme - Billy Eckstine dans la chanson « I left my hat in Haiti». Soit, le même thème de « Panamam tonbe » dans les paroles. Progressant à travers les décennies, Stanley Péan s’arrête au géant de la contrebasse Charlie Mingus et sa composition : « haitian fight song». Le cas du pianiste Andrew Hill, né à Chicago de parents haïtiens, n’est pas moins symptomatique : déni des origines haïtiennes d’une part et présence de nos éléments ou motifs dans sa musique. En 1969, dans son disque « Bitches Brew», acte de naissance officiel du jazz-rock - et du jazz-fusion, Miles Davis intitule un morceau « Miles runs the voodoo down». Plus récemment, le guitariste français Marc Ribot a rendu hommage à Frantz Casséus, son premier professeur, hébergé par ses parents aux Etats-Unis. L’initiation de musiciens étrangers à nos rythmes par leurs pairs haïtiens a été mentionnée plus largement, comme pour le contrebassiste, arrangeur et percussionniste Ewald Manigat, natif de Saint-Marcel, ayant familiarisé des musiciens canadiens à notre folklore ou au konpa. Les musiciens haïtiens donnant des versions rythmiques et locales des standards étrangers sont connus du conférencier et de l’assistance : Eddy Brisseaux, par exemple. D’autres, comme Beethova Obas, sont très influencés par cette forme édulcorée du jazz qu’est la bossa-nova. Stanley Péan a fait allusion à Zèklè au Caribbean Sextet. On a parlé du concept Kréyol-jazz. Le conférencier est finalement parvenu au terme de sa causerie. Et la place était faite aux questions, les unes plus pertinentes que les autres auxquelles le conférencier, le modérateur et un à deux membres du public ont répondu. Nous devions retrouver Stanley Péan, Joël Widmaiër, Milena Sanders et quelques inconditionnels du jazz comme Doudou Lafond, Fritz « Phito» et son amie, Pierre Boncy et moi-même, dinant à la rue Darguin à Pétion-Ville, à l’Irish Village» au son du John Bern Trio, jouant là-bas tous les mercredis. Une belle ambiance, un très beau cadre.
Roland Léonard Auteur

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