Poésie/Bataille de Vertières

« L’épopée des Aïeux » d’Oswald Durand

Charles Alexis Oswald Durand figure parmi cette génération d’écrivains qui, au cours de la période comprise entre 1870 et 1895, se sont appliqués à exalter pieusement la patrie haïtienne. Cette exaltation s’est traduite par la proclamation de la gloire et des exploits de nos ancêtres et la mise en lumière des motifs d’encouragement ou des sujets de fierté que comportent ces exploits. C’est cette période de l’histoire de la littérature haïtienne qu’on connaît sous le nom de Mouvement patriotique.

Publié le 2014-11-17 | Le Nouvelliste

Culture -

Soucieux de prendre sa revanche contre l’opinion publique et la subversion, Soulouque se laissa aller à des extravagances et à des actes de cruauté. Ces circonstances, jointes à la dureté et aux bouleversements des régimes suivants, provoquèrent contre nous à l’étranger une campagne de dénigrement aggravée par de fréquentes entreprises d’humiliation, souligne l’écrivain Neptune Daniel dans son ouvrage « Dissertations de Littérature Haïtienne ». Il présente donc le mouvement patriotique comme la protestation constructive d’une génération justement indignée. Cette indignation va pousser les écrivains d’alors, notamment les poètes, à exalter l’œuvre des ancêtres, comme Durand le fait dans «L’épopée des Aïeux». Dès le début du poème, Durand fait référence au texte fondateur de la civilisation occidentale : «L’Iliade» ou «La Guerre de Troie» du divin Homère : « Écoutez ! Écoutez ! C’est une autre Iliade. Elle eut son noir Achille et son Agamemnon… » C’est la portée universelle qu’il donne non seulement à son œuvre, mais aussi aux prouesses accomplies par les héros de l’indépendance, « des morts vivants ». C’est-à-dire même disparus, ils continuent à influencer la vie nationale, à servir de source d’inspiration dans les moments difficiles. Ils sont nombreux. « Toute une pléiade ! » Des noms qui resteront gravés dans la mémoire des Haïtiens, des noms qu’ils porteront dans leur cœur jusqu’au tombeau. « Dans notre cœur, le fer burina chaque nom. » Durand remonte à la source Oswald Durand se souvient de la traite, avec le hideux négrier achetant les enfants des côtes de l’Afrique pour les vendre aux colons. Il se souvient du fouet, de la trique, mais surtout du courage extraordinaire de « l’esclave qui travailla, courbé, las, sans crier ». La délivrance soudaine « Dessalines, d’un bond, est dans l’Ouest. Ses talons puissants n’épargnent rien. Plus de Blancs, de colons ! Les esclaves d’hier, les Africains damnés, étaient maîtres dès lors de Quisqueya la belle. » Ici, Dessalines est clairement identifié pour ses exploits accomplis dans l’Ouest. Ces exploits, complétés par ceux des autres frères d’armes, ont certainement contribué à changer le statut des esclaves dont le front portait une tache originelle : « Les fronts où l’on voyait la tache originelle remplaçaient fiers et forts les colons détrônés. » La plus merveilleuse histoire Fièrement, Oswald Durand présente l’histoire d’Haïti comme étant la plus merveilleuse des histoires antiques avec des faits si glorieux. En effet, cela paraît toujours étonnant pour des démunis de briser leurs fers, en vainquant des troupes comme celles de Napoléon, connues pour ce qu’elles étaient à l’époque. « Le paria d’hier, soudain victorieux/Brisant ses fers d’où sort comme un rayon de gloire… » Même la Grèce et la Pologne n’ont réussi une telle entreprise. « La Grèce, la Pologne et leurs héros vaincus/ Tentaient de conquérir la liberté bannie/De leur terre, ils luttaient contre la tyrannie/ Avant eux succombait le brave Spartacus ! » Une épopée sanglante La sanglante épopée des Aïeux se résume, sous la plume d’Oswald Durand, dans le fait que «… Traîné sur le sol comme bête de somme, subissant l’odieux préjugé du monde, n’étant aidé ni protégé d’aucune nation, détesté comme esprit et renié comme homme, on arrive à forger tout à coup une arme avec ses fers ! On arrive à déchirer le rouge « laticlave » du colon, à montrer un nouveau maître où se courbait l’esclave, à se faire un piédestal des maux qu’on a soufferts ! L’auteur ne se sent pas assez fort pour chanter cette épopée. Il lui faudrait l’un de ces deux instruments : le luth d’Homère, l’aveugle divin, ou la plume de Dante, trempée dans du pur sang.

Lucmane Vieux lucmanov@yahoo.fr Auteur

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