Aristide et Fanmi Lavalas, vingt-trois ans après

Que l’armée d’Haïti a, dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 septembre 1991, entrepris des actions de forces pour destituer l’élu des élections du 16 décembre 1990.

Publié le 2014-09-29 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Esau Jean-Baptiste Cette année (2014), c’est dans un contexte très difficile que les lavalassiens auront á commémorer le 23e anniversaire du coup d'État du général Raoul Cedras, qui, à travers un acte en violation de la légitimité constitutionnelle de 1987, renversa le président Aristide le 30 septembre 1991. Dans son éditorial au Nouvelliste en date du 30 septembre 2013, titré: Il y a de cela 22 ans, Robert Duval expliquait mieux cette journée macabre des militaires. ‘’Un 30 septembre. Un lundi. Comme aujourd'hui. La nuit recouvrait Port-au-Prince sans étouffer les détonations, les râles d'agonie, les pleurs, les cris ni le cliquetis joyeux des flûtes de champagne. Ce jour-là, en 1991, sept mois après la prestation de serment du premier président démocratiquement élu de l'après 7 février 1986, le pouvoir changeait de mains. De façon sanglante et brutale. La démocratie naissante s'était fait manger par ceux qui pensaient n'avoir pas encore fini de jouir des bienfaits du pouvoir. La démocratie naissante mourait au berceau faute des soins attentifs de ceux qui en avaient la charge’’. Le discours enflammé du président Aristide à l’aéroport de Maïs Gâté le 27 septembre 1991 est interprété comme étant la cause occasionnelle au départ forcé du chef de l’État. Mais dans l’ensemble, l’élu du 16 décembre était arrivé au pouvoir dans un contexte où il était non seulement coincé par le statu quo en Haïti, mais internationalement désapprouvé par de puissantes ambassades à Port-au-Prince. Immédiatement après l’inscription de Jean Bertrand Aristide au processus électoral, comme le candidat lavalas gagne du terrain, des adversaires dans la course qui s’étaient déjà vu perdants face à ce jeune prêtre, ont planifié des stratégies de réponses de l’après-élections. Certains pensaient décrier les irrégularités du scrutin. Pour d’autres, sauver le pays contre ce gauchiste, si toutefois il est élu, c’est d’empêcher son investiture. Et déjà, l’idée d’un coup d’État, était en gestation. Avec un discours en faveur des pauvres, Aristide menaçait les classes dominantes du pays qui, depuis l’indépendance d’Haïti en 1804 gardaient les masses défavorisées dans les bidonvilles toujours dans la crasse et dans la misère. Donc, parler d’augmentation de salaire minimum pour les ouvriers, programme d'alphabétisation, la baisse du prix des denrées alimentaires, la perception de frais d'importation, la hausse des impôts pour les riches, c’est comme parler de réforme agraire pendant l’administration de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines. Ainsi, avec toutes les menaces que représente le nouveau président contre le statu quo d’Haïti, comme aurait pu dire Dessalines, si ces messieurs ne se soulevaient pas, c’est qu’ils n’étaient pas des hommes. Les analystes aux affaires politiques d’Haïti durant les dernières décennies peuvent bien, d’une note concordante, vous dire que l’élu du 16 décembre 1990 n’avait pas d’expérience dans les affaires publiques. On peut lui aussi reprocher d’avoir eu un discours trop enflammé. Mais dans la foulée, faut-il bien se rappeler qu’en réalité, ce qui inquiétait la communauté internationale, la bourgeoisie haïtienne, l’Église et l’armée d’Haïti, ce qu'Aristide représentait : « l'ascension des forces populaires de gauche’’. Le coup du 30 septembre Bef, pour justifier son coup contre l’élu du 16 décembre, le général Cédras reprochait au président Aristide, les violations de la Constitution. Plus tard, le général rectifia que l’armée n’avait pas fait de coup d’État, c’est plutôt « une correction démocratique, face à la dictature naissante du président Aristide’’. Ainsi, dès les premières heures du coup d’État du 30 septembre, les militaires ont, systématiquement, mené une campagne de répression contre les sympathisants du président en exil. Il y eut plusieurs morts pendant les semaines qui suivirent le coup d’État. Puis vient le FRAPH. Création du FRAPH Créé en 1991, le ‘’FRAPH (Front Révolutionnaire Armé pour le Progrès d’Haïti, puis devenu Front pour l'Avancement et le Progrès Haïtien), fut une organisation para-militaire d'extrême droite, de type escadron de la mort qui terrorisa, avec les mêmes méthodes violentes des sinistres Tontons macoutes, la population haïtienne en commettant de nombreux crimes, exécutions sommaires, enlèvements et viols’’. Avec la création du FRAPH, la terreur et la répression allaient augmenter dans les quartiers marginaux où était le fief d’Aristide et ceci jusqu’au retour à l’ordre démocratique. Et pour se mettre à couvert contre la répression des militaires, des milliers de personnes ont, en haute mer, risqué leur vie sur des petits voiliers, pendant que d’autres, ont quitté leurs résidences pour aller vivre dans des zones très reculées dans les provinces. « 50.000 Haïtiens ou plus ont pris la mer sur des fragiles embarcations pour fuir la répression et la difficile situation économique générée par le 30 septembre. Par centaines, par milliers, des vagues successives d’Haïtiens originaires de tous les départements géographiques ont tenté la grande aventure. Terrorisés dans leurs zones respectives, les premiers contingents étaient des réfugiés politiques, des membres d’organisations populaires et paysannes, des femmes dont les maris avaient disparu dans le ‘massacre dissuasif’ des premiers moments du coup d’Etat ». Robert Malval, l’année de toutes les duperies. p.82 Campagnes de répression contre les supporteurs d’Aristide La campagne systématique de répression dont furent victimes les sympathisants du président Aristide durant les trois ans du coup d’État avait un double aspect politique. A court terme, il visait d’abord à limiter toutes formes de mobilisation que puissent entreprendre les lavalassiens pour le retour du président en exil. Dans le long terme, il visait aussi à casser le mouvement grandissant du secteur populaire acquis depuis le départ de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986. Le message des masses populaires lors des élections générales de décembre 1990 était clair : chaque fois qu’il y aurait des consultations populaires, leur poids dans la balance politique aurait toujours à les influencer grandement. Donc l’idée était de s’assurer que la démobilisation des têtes de pont des mouvements syndicaux, étudiants et organisations populaires pour que dans le futur ils ne puissent avoir un aussi grand rôle à jouer dans l’avenir politique en Haïti. Car leurs émergences dans les grandes décisions politiques du pays, menaçaient, en quelque sorte, les centres traditionnels de pouvoir que représentaient certaines institutions dominantes d’Haïti. Par conséquent, le secteur populaire, les associations d'étudiants, paysans et syndicaux étaient les principaux groupes ciblés par les militaires putschistes. La presse baillonnée Non seulement les hommes de Cédras et de Michel François arrêtaient et tuaient les supporteurs d’Aristide, mais le droit à la parole par le biais d’une presse libre et indépendante, un des acquis majeurs de l’après 1986, était, à partir des mesures drastiques prises par les putchistes, enlevé. Ce qui explique que la presse, elle aussi, n’a pas été épargnée par les putschistes du coup d'État du 30 septembre 1991. Il y avait des attaques systématiques contre toutes stations de radios, des chaînes de télévisions et des journalistes qui diffusent des informations contraires au régime militaire. Dans les villes de province, des répressions à outrance ont été perpétrées contre des reporters dans le cadre leur travail. A Port-au-Prince, des stations comme Radio Antilles, Haïti Inter et Cacique, étaient, sur ordre des militaires, fermées. Vingt-trois ans plus tard Pendant que les victimes du coup d'État du 30 septembre n’ont toujours pas eu de justice, nombreux sont ceux qui ont comploté, financé et exécuté le coup contre le chef lavalas, sont aujourd’hui au timon des affaires de l’état. Vingt-trois ans après le putsch de 1991, Haïti est plus pauvre qu’avant, elle continue d’être appauvrie davantage. ‘Woch kite nan soley toujou rete nan soley’. La presse continue a être intimidée par des hommes au pouvoir. Tandis que la MINUSTAH est au pays, Haïti se déstabilise chaque jour. Le 30 septembre 1991, Aristide et les lavalassiens ont été victimes d’un coup d’État, certes, mais vingt-trois ans après, force est de constater que les lavalassiens ne sont pas agenouillés. Aristide est dans le collimateur de la justice ou selon ses partisans et des analystes politiques, il est persécuté politiquement. Pendant qu’il est placé en ‘’résidence surveillée’’, son mouvement Lavalas reste un parti très fort sur le terrain. Et s’ils se préparent, bien entendu s’ils ne sont pas écartés comme on l’avait fait en 2005 et 2010, à participer aux prochaines élections.

Prof. Esau Jean-Baptiste younalot@yahoo.com Auteur

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