Carnaval des fleurs

Des policiers violents ont malmené des carnavaliers

Pendant les trois jours du carnaval des Fleurs, beaucoup de policiers ont passé à côté de leur mission qui consiste à « protéger et servir ». Ces derniers ont protégé et servi les VIP (des amis ou des proches dans certains cas) et bastonner des festivaliers. Très souvent sans aucune justification. Roro Nelson n’a pas manqué l’occasion de faire parler de lui à nouveau.

Publié le 2014-07-30 | Le Nouvelliste

Munis de bâtons et de câbles électriques, cinq jeunes agents défilent au milieu d’une foule compacte massée devant le palais national mardi soir. Malgré la nuit, l’un des policiers porte des lunettes de soleil, un autre, une cagoule. Quand un VIP veut passer, le boulot de ces policiers est de frayer le chemin en matraquant, avec une rare violence, toutes les personnes qui attendent paisiblement l’arrivée des chars des groupes musicaux. Il est à peine une heure 30 du matin. Grégory Sabbat, le président du comité organisateur de l’évènement, escorté d’une douzaine de policiers, fait le va-et-vient dans la foule. On est en face du stand d’une compagnie de téléphonie mobile de la place, non loin de la Tour 2004. La foule est dense. Il faut faire de la place pour faciliter le libre mouvement du VIP. Ses agents de la PNH se montrent prêts à tout quand il s’agit de protéger leur « VIP ». Si leur mission est de protéger et servir, pendant les festivités, cette protection n’est visiblement favorable qu’à une infime minorité des carnavaliers. Ils sont nombreux à être broyés par le rouleau compresseur des policiers qui ont failli à leur mission. Rien qu’en voyant des agents s’approcher, des fêtards ne font que fuir le périmètre. « Les policiers éprouvent un réel sentiment de plaisir en bastonnant les gens, c’est inacceptable », crache furieusement un homme dans les parages du ministère de la Culture. Les défenseurs des droits humains dénoncent Le comportement violent des policiers pendant le carnaval n’est pas apparu cette année. Depuis des années, l’institution policière soigne son image d’une très mauvaise manière. Même si, dans certains cas, des agents ne font qu’essayer de chasser des fauteurs de troubles. Face à la brutalité policière qui tend à devenir la norme, la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH) tire la sonnette d’alarme. « Nous condamnons énergiquement ce type de comportement », fustige Anthonal Mortimé, responsable de la POHDH, qui se dit très préoccupé par la violation du droit à l’intégrité physique des personnes victimes pendant les festivités carnavalesques. « Les agissements de ces policiers résultent du fait que l’Inspection générale de la PNH accorde très peu d’importance aux nombreuses critiques formulées contre l’institution pour ces dérives », estime Anthonal Mortimé. Il reconnaît que les responsables de l’application des lois sont parfois obligés de recourir à la force dans l’exercice de leurs fonctions, mais l’usage de cette force, rappelle le défenseur des droits humains, doit être proportionné, en fonction de la gravité de la situation et des risques réels auxquels ils font face. La POHDH exige une enquête systématique sur les actes de violence commis par les policiers agresseurs. « Nous vivons dans une société où la majorité de la population malheureusement ne connaît pas ses droits, ce qui, par conséquent, encourage le comportement répréhensible de certains policiers considérés comme irritants au sein de la PNH », regrette Anthonal Mortimé. Pour sa part, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains, Pierre Espérance, critique ce qu’il appelle le « règne du désordre » au sein de l’institution policière. « Depuis l’arrivée du président Michel Martelly au pouvoir, la police nationale se montre de plus en plus discriminatoire dans ses pratiques, estime Pierre Espérance. C’est une force de police qui privilégie la sécurité des VIP et celle des proches du régime. » Porter plainte contre les policiers Pour les victimes de la brutalité policière pendant le carnaval, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Carlos Hercule, les invite à porter plainte par devant les autorités compétentes. Un droit, rappelle le bâtonnier, que détient tout citoyen. « Il est prévu par la loi haïtienne qu’un policier peut être poursuivi par devant la justice pour tout comportement jugé répréhensible dans le cadre de sa fonction, rappelle l’avocat. Les VIP pour lesquels les policiers travaillent peuvent aussi faire objet de poursuite judiciaire. » Roro Nelson, encore lui Par ailleurs, pendant les festivités carnavalesques, les policiers n’ont pas été les seuls à s’attirer les projecteurs. Outre des fauteurs de troubles peu connus, Ronald Nelson, communément appelé Roro Nelson, bien escorté, n’a pas raté l’occasion d’offrir au public un spectacle de mauvais goût en giflant un individu sur son passage. La scène a été montrée sur une chaîne de télévision locale. « Il (Roro Nelson) est un récidiviste, déclare le directeur exécutif du RNDDH. Nous avons documenté plus de sept cas d’abus et d’agressions physiques dans lesquels ce citoyen est impliqué directement ou indirectement. Malgré les multiples dénonciations faites par le RNDDH, ce dernier ne cesse de créer la panique sur son passage, en jouissant de l’impunité du pouvoir en place. » Selon Pierre Espérance, les actes arbitraires de Roro Nelson rappellent les pratiques de Ti Bobo, Bos Pent, ainsi connus qui, à une époque, semaient la terreur au sein de la population haïtienne. « Les autorités ont la responsabilité de tout mettre en œuvre pour favoriser un système de gouvernance axé sur l’Etat de droit, recommande le responsable du RNDDH. Un système qui puisse garantir justice aux justiciables. »
Valéry Daudier Robenson Sanon Auteur

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