Technologie

Digicel refuse l’interconnexion avec des compagnies licenciées par l’Etat, dénonce Allen C. Bayard

Après l'annonce du déblocage des applications VOIP sur le réseau de la Digicel, c'est au tour des compagnies haïtiennes licenciées par l’Etat haïtien et autorisées à émettre des appels sur VOIP de lever la voix contre le refus de Digicel Haïti de l'interconnection. Le PDG de Access Haiti indique que la Digicel met un blocage à la compétition, en proposant des conditions « injustes ». Il souhaite que le Conatel remplisse correctement son rôle de régulateur.

Publié le 2014-07-23 | Le Nouvelliste

« Ce n’est pas normal que 5 ans après avoir payé pour notre licence – pas bon marché –, nous ne soyons toujours pas interconnectés avec la Digicel pour émettre des appels locaux sur VOIP », a regretté le président directeur général de Access Haiti, Allen C. Bayard. Pour lui, il est inconcevable que la Access Haïti, la Hainet, la MultiLink, la HDM, qui paient des taxes à l’Etat haïtien pour avoir le droit à l’interconnexion avec les compagnies de téléphonie mobile, ne peuvent pas encore jouir de ce droit. Ce refus de la compagnie rouge fait perdre des avantages aux consommateurs haïtiens à en croire le PDG de Acces Haiti qui explique notamment que les internautes en Haïti allaient avoir un numéro de téléphone pour pouvoir placer des appels locaux sur n’importe quel téléphone en Haïti depuis leur ordinateur. Allen C. Bayard croit que l’attitude de la Digicel constitue un blocage pour la compétition sur le marché. « La Digicel serait d’accord pour s’interconnecter avec nous en nous traitant comparable à celui des compagnies basées à l’étranger », indique le dirigeant de Access Haiti, qui ne voit aucune logique dans cette proposition. « La Digicel veut nous facturer 23 centimes par minute, alors que le tarif local est de 8 centimes », fait-il savoir. « Qu’est ce que nous allons faire payer aux clients ? », se demande le PDG de Access Haiti, faisant remarquer que les compagnies comme la sienne ne pourront pas facturer à leurs abonnés la minute à 10 gourdes. Avec la Natcom, il n’y a pas vraiment de problèmes pour l’interconnexion. D’ailleurs, Allen C. Bayard a avoué que l’interconnexion a été déjà faite dès son établissement. « Mais l’interconnexion n’a pas duré, parce que nous ne voulons pas avoir un marché partiel car la Digicel représente 70% du marché », a indiqué le PDG de la Access Haiti, invitant le Conseil national des télécommunications à jouer pleinement son rôle de régulateur. « J’ai un problème avec le Conatel qui nous accorde une licence pour l’interconnexion et n’exige pas cette interconnexion des autres compagnies », a fulminé M. Bayard, soulignant qu’il est impératif que le Conatel remplisse son rôle. Il a toutefois confiance dans l’institution régulatrice du secteur des télécommunications. « Nous restons confiants quand le Conatel a fait savoir dans sa dernière note que les télécommunications sont du domaine de l’Etat », a-t-il mentionné, ajoutant : « l’Etat a le monopole des télécommunications, il donne des concessions à des opérateurs, il doit être à même de dicter les règles du jeu. » S’il y a un problème entre les opérateurs, M. Bayard est d’avis que l’Etat doit dire ce qu’on doit faire. Un pas en arrière de la Digicel Le secteur de la téléphonie mobile a changé, selon Allen C. Bayard. Ce n’est plus simplement un secteur de voix, c'est devenu un secteur de consommation de data. En effet, la dernière décision de la Digicel de bloquer sur son réseau les appels émis à partir des applications VOIP a été vue comme un pas en arrière de la Digicel. Le PDG de Access Haiti dit ne pas comprendre qu’un pareil acte ait été posé sans qu’il y ait de conséquences. « Ce n’était pas normal que la Digicel puisse agir de la sorte », a-t-il dit, soutenant que les raisons avancées par la compagnie n’étaient pas solides. M. Bayard affirme ne pas comprendre que la Digicel puisse avancer un problème de revenus pour bloquer ces appels. « Les abonnés utilisent un service pour lequel ils ont payé la Digicel », a fustigé le PDG, indiquant qu’on ne peut empêcher à un abonné de jouir de ce que la technologie lui permet de faire. « C’était un pas en arrière pour la Digicel d’avoir pris une décision pareille ». Il y a, pour le PDG de Access Haiti, un vide au niveau de la législation haïtienne en matière de télécommunications. « Il faut que l’Etat adopte de nouvelles lois », a souhaité l’entrepreneur, rappelant que les lois sur les télécommunications en Haïti datent de 1977, avec une révision en 1987. Le numéro 1 de Access Haiti rappelle que le secteur des télécommunications, qui fonctionne dans ce vide légal, génère plus de 30% des revenus de l’Etat. Il voit même un gros risque dans la liberté prise par cette compagnie d'adopter pareille décision. « La Digicel pourrait demain bloquer sans empêchement des applications Youtube ou Facebook qui consomment beaucoup plus de bandes passantes que les applications VOIP », a martelé le responsable Access Haiti obnubilé par la nécessité de moderniser la législation sur les télécommunications. L’internet, un marché en pleine expansion Le responsable de Access Haiti qui vend les services Internet en Haïti affirme que ce marché est en pleine expansion dans le pays. Il reconnaît que le service Internet a toujours été cher à cause des problèmes d’infrastructures en Haïti. « Nous commençons à avoir des éléments en place qui font croire que le coût de l’Internet va continuer à baisser », a indiqué M. Bayard, qui reconnait que le prix de l’Internet n’est plus ce qu’il était il y a trois ans. Il affirme que l’un des moyens de continuer à réduire les coûts est d’avoir de l’électricité et des routes asphaltées, des infrastructures qui ne demandent pas beaucoup de maintenance. « Nous avons maintenant l’accès à la fibre optique et le coût de l’accès à l’Internet s'est amélioré a-t-il fait savoir. M. Bayard a aussi évoqué le déclin du marché du cybercafé, pourtant florissant il y a moins de 10 ans. « Ce marché n’a pas évolué avec le marché de l’internet car le cybercafé était plus utilisé pour émettre des appels téléphoniques internationaux » a expliqué le PDG. Il croit que les cybercafés devraient devenir des centres d’affaires où l’on puisse trouver tout ce qui a rapport à la technologie.
Carlin Michel
Auteur
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