20 ème foire du livre :

Fritz Jean ‘’ Haiti, la fin d’une histoire économique’’

Publié le 2014-05-27 | Le Nouvelliste

Livre en Folie -

Fritz Jean a jeté à l’eau la corbeille avec le bébé emmitouflé. Pour lui, Haïti doit reconstruire une nouvelle histoire (économique), en tant que peuple ; d’abord, accepter qu’elle a échoué, qu’elle doit tourner cette page, si fière, si belle, si merveilleuse, - celle-ci constitue, aujourd’hui, une simple référence historique et, ensuite, prendre des dispostions pour jouer son nouveau rôle: développer l’économie nationale avec un accompagnement plus sérieux de l’agriculture, et occuper la place qui lui revient : n’être plus à la traîne des autres pays ou institutions internationales de financement. Au départ, reconnaître et signer la fin d’une certaine histoire économique qu’elle ne peut plus garantir. Ce sont ces premières réflexions qui nous montent à l’esprit en lisant le livre « Haïti, la fin d’une histoire économique, 2014, 278p. » de Fritz Jean, ancien gouverneur de la BRH (Banque de la République d’Haïti), sous le gouvernement d’Aristide. La fin d’une ère Fritz Jean a sonné le glas : « la crise actuelle, caractérisée par un déni de légitimité de toutes les institutions du pays, traduit la fin d’une ère et constitue une exigence d’émergence d’un nouveau paradigme. » C’est sur cette problématique – ce paradoxe qu’il a construit sa recherche. Il a constaté la faillite des institutions, cependant il a pris ses distances. Analyser les structures qui ont conduit aux défaillances actuelles et, aujourd’hui, montrer sur quoi, par exemple, l’économie nationale repose : un filon – les transferts de la diaspora. Les causes les plus visibles Divisé en trois grandes parties : 1- Rente et dégradation économique 2- Les mécanismes de production à la dérive 3- Le commerce de l’argent : la nouvelle niche, l’ouvrage de Fritz Jean mise sur sa documentation. En outre, l’actuel président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord- Est insiste sur les choix de société durant les XIXe et XXe siècles qui ont conduit à cette dégradation. Autour de ces points focus, l’auteur nous retrace l’histoire économique d’Haïti. 1- Rente et dégradation économique « Un cohorte de paysans, sans argent, sans moyens, s’occupe de produire de la richesse. Ce qui a géneré des situations cocaces. Par exemple, au lendemain de 1804, quelque 500 000 paysans faisaient fructifier la terre. Une vingtaine d’années plus tard, vers 1846, la population paysanne avoisinnait, selon Lesly F. Manigat, cité par l’auteur, 880 000 habitants qui s’occupaient de la terre, sous le regard indifférent de la bourgeoisie d’alors. » Le mode de distribution de terre adopté (de grands propriétaires absentéistes – les généraux, les officiers supérieurs, etc.). Ce mode d’exploitation, au départ, fait ressortir les faiblesses de l’organisation des circuits de rente dans le secteur agricole. 2- Mécanismes de production à la dérive « Les luttes politiques pendant tout le XIXe siècle ont ravagé le déroulement de l’histoire économique de ce pays. Ce siècle axé sur le développement industriel a vu Haïti profiter timidement des avantages de l’industrialisation. » Quelles sont les causes fondamentales qui ont transformé cette nation prospère en cet Etat de parias ? Soulignons-en quelques-unes : « Le secteur agricole, le seul moteur de l’économie, sera confié à une masse de gens sans formation et sans les finances pour y investir. L’Etat, les propriétaires absentéistes et les commercants de l’import-export dépendront de cette frange de la population pour l’accumulation de richesses dans l’économie. » ; de leur côté, les généraux propriétaires pratiquent une autre politique de la terre : ils s’assurent surtout « d’une fidélisation des troupes plus que de l’utilisation rentable des terres. » Ce qui les préoccupait, c’est la mise en garde contre le retour possible des Français. Les oligarchies de provinces délaissent leurs lieux privilégiés d’actions et se ruent vers Port-au-Prince, avec les déconvenues d’un fonctionnement en dehors des espaces naturels de leurs réseaux d’accumulation (RSA) (1). Celles-ci se verront donc évincées par les bourgeois de Port-au-Prince ayant la mainmise sur le Bord-de-mer ou, plus grave encore, par les Syriens – ces étrangers qui ont eu, pour des raisons diverses, l’appui de la force d’occupation américaine au début des années 1900. « La pénétration du capital international s’installe et constitue le moteur d’une mutation qui annonce la fin d’une ère économique. » Ce mode d’accumulation de rente prédominant dans le système n’était pas une condition suffisante pour expliquer les rendez-vous économiques ratés des XIXe et XXe siècles haïtiens. En termes d’accumulation de richesses, dans le cas d’Haïti, 5% des plus riches contrôlent 50% du revenu national. Fritz Jean s’est posé la question : « le système aurait-il pu réinvestir une partie des profits générés par la production agricole pour l’amélioration des techniques, la production des sols et la modernisation de la production ? » Les fins économiques n’étaient pas les mêmes que les questionnements actuels, sans doute… L’auteur a donc analysé l’épuisement de ce système – ce qu’il appelle la fin d’une histoire économique – ‘’à travers la rente agricole, la rente sur l’import-export et la rente sur le commerce de l’argent.’’ Aujourd’hui, tous se battent pour ce point de mire : l’Etat, pour équilibrer ses déficits commerciaux ; les banques privées, comme source de leur principal revenu. Pour illustrer : « Au 30 septembre 2012, l’actif total des banques est estimé à 170 milliards 555 millions de gourdes, avec un taux de croissance de 70% par rapport à l’année fiscale 2008.’’ Cette nouvelle niche du système bancaire n’empêche point l’émergence de ‘’ la thématique du blanchiment d’argent dans le discours bancaire haïtien. » En résumé, dans ce livre « Haïti, la fin d’une histoire économique », Fritz Jean a démasqué ceux qui ont exercé le pouvoir dans les XIXe et XXe siècles. Il conseille : Mettre l’économie au service de l’agriculture et, aujourd’hui, des nouvelles technologies de l’information et de la communication – de jeunes entrepreneurs. Notons que M. Fritz Jean a fait des études en mathématiques et en économie dans une université américaine : Fordham University (New York). Avec une spécialisation en économie international, monnaie et banque au New School For Social Research (NY). Il a occupé aussi le poste de Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH) et celui de Doyen de la Faculté des sciences économiques et politiques de l’Université Notre- Dame d’Haïti. Il milite actuellement comme président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Est. 1- RSA : (Réseaux sociaux d’accumulation), c’est la forme d’organisation en cercles fermés d’agents économiques : la famille, les liens de voisinage, d’écoles, d’universités, etc.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

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