Photographie/Exposition

« Leta » : des photos-débats, voir autrement Haïti

Publié le 2014-04-25 | Le Nouvelliste

Légers chuchotements, mi-moqueurs, mi-amers. Petites joutes oratoires : certains « débatteurs » sont plus convaincus et rassurants dans leurs propositions que d’autres. Duels ou box d’argumentation auxquels se livrent, sous un ciel quasi sombre, quelques petits attroupements : choc d’idées, de convictions ou de positions politiques. Ce n’est pas un rassemblement de partis, d’organisation de la société civile ou autres choses semblables. Les voitures accélèrent, décélèrent. Par curiosité ou par envie de jeter un simple regard, de loucher d’un œil discret, le climat. Le son des klaxons des taxi-motos se mêlent aux pas des passants, sillonnant les airs du Champ de Mars, admirant les murs de la Faculté d’éthnologie. Qu’est-ce qui mérite cette attention remarquée d’écoliers, d’étudiants ou de profanes qui, sans cesse, vont et viennent ? La réponse est moins décevante que bouffonne : « Leta » est sur les murs de ladite institution universitaire, vieille de plus de 50 ans. Vendredi 25 avril. Il est environ 2h de l’après-midi : le photographe Paolo Woods et le journaliste Arnaud Robert ont lancé, dès le début de la matinée, le vernissage d’une exposition de photos, fruit de 4 années de reportages réalisés par les deux confrères, originaires respectivement de Suisse et du Canada. Exposition déjà réalisée aux États-Unis et en Europe où elle a été bien accueillie, car les étrangers ont vu une autre Haïti. Pourquoi les murs de la Faculté d’ethnologie ? Arnaud Robert précise qu’il a voulu coorganiser avec Paolo l’exposition dans un endroit public pour permettre aux Haïtiens d’apprécier le travail que deux étrangers font sur leur propre pays. Autre justification du choix des murs de l’éthnologie : cette faculté est réputée pour sa position idéologique sur certains problèmes auxquels le pays fait face. Les photos sont sujettes à controverses, font l'objet de discussions très animées, de réceptions récusées par l’adversaire, selon la force et la faiblesse de l’argument. Ils attribuent aux toiles (de grand format) un symbole, proposent une interprétation, avancent un jugement, qu’il repose sur des ellipses ou pas. Il suffit de ne pas rester insensible à la réalité politique, sociale, religieuse que donnent à apprécier les exposants. Derrière chaque cliché se cache une opinion. Chaque cliché invite à un « chita-pale ». Chaque photo est accompagnée d’une bribe de texte qui l’explique. Textes informatifs, descriptifs –format word – (écrits dans les deux langues officielles du pays : la version créole étant l’œuvre de Guy Régis Junior). Bribes de textes claires, courtes qui ne dépassent pas deux cents mots, qui renseignent sur les prises de vue. Un pan de vie, un climat politique, un paysage naturel, un site touristique, une situation sociale, une scène de vie quotidienne : ces deux Blancs ne badinent pas avec notre quotidien, veulent voir Haïti autrement au regard des conflits de religion, de l’insécurité, de la criminalité (mondiale d’ailleurs), du pouvoir de l’économie haïtienne, de la grande blessure-choléra…l’État, contrairement à l’opinion commune, n’est pas la vie politique, mais concerne le peuple, la manière dont chaque Haïtien peut contribuer à la construction du pays Photos-langages, comme s’interrogeait un visiteur, qui inciteraient au soulèvement et qui sensibiliseraient à une mobilisation pour défendre des revendications ? Et Arnaud Robert de répondre : « Nous, on n’a pas d’agenda politique ». Il répond aux questions de journalistes, de dizaines de gosses qui entendent un « blan mannan » pointilleux s’exprimer sur l’État haïtien qui, croit-il, devrait être au centre de la reconstruction du pays après le séisme du 12 janvier 2010. « A la place de cet État, on s’était rendu compte qu’il y a eu plutôt des pouvoirs de substitution qui ont pris la place de l’État : ONG, Minustah, organisations religieuses, débarquant sur le sol avec des solutions aux problèmes d’Haïti. » Les photos, loin de dénigrer cette île, ce coin de terre qui fait actualité, ici comme ailleurs, quand il s’agit d’occupation étrangère, de tensions politiques, d’impérialisme humanitaire, questionnent notre réalité tissée d’ambigüités, de contrastes et de contradictions.
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