« Ti Mamoun »

PUBLIÉ 2014-04-09


De nos jours, si une fille néglige son hygiène corporelle au point de pas prendre son bain pendant toute une journée, de laisser l’odeur nauséabonde de ses aisselles frôler le nez de ses prétendus admirateurs au moins une fois, ou de porter les mêmes sous-vêtements pendant quatre jours (ou plus), etc. certains diront qu’elle est « malpropre », mais les plus avisés des néologismes contemporains de notre vernaculaire la traiteront tout simplement de « Ti Mamoun ». Exemple : « Wet kò w sou mwen, m pa janm an afè ak bagay tankou w tande Ti Mamoun ! Al jwenn parèy ou yo » ; « ou mèt al fè l lwen avè l paske m pap pran okenn ti mamoun nan fanmi an ! » Quand une fille fait de son corps une arme de séduction massive pour soutirer de l’argent, exiger un sachet « thank you » sur une fréquence quotidienne ou hebdomadaire, un ordinateur portable ou autres avantages économiques de ses partenaires, elle portera ipso facto l’étiquette de « Ti Mamoun ». Exemple : « Ti mamoun genlè panse l vivan pase m ? L ap kouri sou twa sachè thank you m epi m wè l kenbe afè l byen di » ! Si la fille est susceptible d’accepter des traitements sexuels atroces pour avoir le strict minimum, l’attribution « Ti Mamoun » lui sera également accordée. Exemple : « Se konsa ti Mamoun kanpe ! M pral montre l blòdè pa makak ! Nè boule m l ap peye m depans yo lè m met men sou li ! » Toujours, le thème péjoratif « Ti Mamoun » est une expression sexiste qui porte atteinte uniquement à la construction sociale du genre féminin. Dans le milieu urbain, ce néologisme a pour synonyme « Wana », « drivayèz », « ti sina » (et autres dans certains contextes), mais reste encore dépourvu d’équivalent pour le sexe opposé. Une fois dénommée « Ti Mamoun » ou « Wana », la femme devient un bien meuble dont la seule mission est d’assouvir les attraits phallocratiques de son (ou ses) partenaire (s) à n’importe quel prix. Qui pis est, cette conception barbare est généralement matérialisée dans des pratiques quotidiennes par des « zo kiki » vulnérables qui vivent dans des quartiers défavorisés ou par des adultes irresponsables. Il est vrai que la perception de cette expression suit le sentier du dicton « ban m ma ba w », mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, une prostituée n’est pas forcément une «Ti Mamoun ».   En revanche, plus précisément dans une autre situation de communication, le qualificatif affectif (ou minimaliste) « Ti » placé devant le nom propre « Mamoun » n’a rien de mauvais. Il serait toutefois superflu de ne pas mentionner que les divers aspects sémantiques de « Ti Mamoun » ont germé dans le créole haïtien en novembre 2013, avec la sortie du track « Ti Mamoun » de Evens Joseph dit J-Vens. Sa vulgarisation a été vite assurée par un remix de Vag Lavi en collaboration avec Ng Mix, sans oublier la diffusion outrancière dont a bénéficié ce single par de nombreux D.J., dans les camionnettes, les quartiers populaires, les activités nocturnes dénommées « ti sourit » et les réseaux sociaux. Accompagné d’une danse propre au rythme (si nous pouvons nous permettre de le dire) « rabòday », le track « Ti Mamoun » a été précédé du tube « Fè Wana mache » de Mossanto qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Le thème « Ti Mamoun » et ses équivalents traduisent une liberté machiste et incarnent clairement la vulgarisation d’une perversion qui poursuit son petit bonhomme de chemin dans notre société. Même si vous vous livrez à des pratiques similaires, évitez de vous faire traiter de « Ti Mamoun ».



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