Parce qu’on a survécu

Publié le 2014-01-10 | Le Nouvelliste

Ils sont visibles, résolus à aller de l’avant ces survivants. Qu’ils aient pris place en « first class » ou dans le dernier wagon du train de la vie. Quatre ans après ce mardi-là, l’après se construit. En minuscule, en majuscule. L’orphelin hébergé chez une tante a repris le chemin de l’école. Le courage chevillé au corps, quelque part à Carrefour-Feuilles, un père a construit son « twa pyès kay ». Sa famille ne vit plus sous les bâches déchiquetées par le vent dans les hauteurs de Canaan. La fiancée, après le deuil de son âme sœur, a refait sa vie. Deux ruptures au compteur et, aujourd’hui, elle porte l’enfant d’un homme qu’elle découvre. Elle est heureuse. Elle passera bientôt un « acte civil ». Elle sera madame. Maman a repris son commerce. Elle bourlingue, arpente les rues, vend ses « pèpè ». Tient sa place, joue courageusement son rôle de « potomitan ». Son père n’a pas survécu pour voir le fils aîné décrocher son diplôme en génie informatique, un boulot six mois plus tard et devenir le nouveau chef de la famille à 25 ans. Elle suit son cours la vie. Ses implacables défis sont relevés au quotidien. Des fois avec des coups de gueule, tant le leadership sectaire, frileux, tarde à rassembler les énergies, souder les destins dans le projet d’un véritable sursaut, porteur de mieux, plus que le peu. Personne, entre-temps, ne crachera des mots gonflés d’ingratitude sur la vie ou sur Dieu. 35 secondes, c’est peu. Nos 35 secondes ce 12 janvier- là, cela ne se gomme pas. Elles changent des vies, des perspectives. La terre avait tremblé. Sur la tête, on a reçu le ciel. Des gémissements, la danse des enragés, la solidarité spontanée pour extirper un survivant ou un corps écrabouillé sous les décombres ont défilé sur les scènes de nos vies. Des jours durant. On s’est accroché. Dans la folie passagère, quelques-uns ont trouvé un curieux refuge. On s’est accroché. Pour aller de l’avant, parce qu’on a survécu. Cela a un sens dans l’addition des petits bonheurs succulents après la marche les pieds nus sur les braises de l’enfer. Parce qu’on a survécu, des fois sans dire au revoir à Jean Robert, Sarah, Gina, Philippe et les autres, quatre ans après, il faut agiter une question, une préoccupation : Survivrai-je la prochaine fois ?
Roberson Alphonse Auteur

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