« Haïti is open for business»

Cette transition qui n'en finit pas

Publié le 2013-07-01 | Le Nouvelliste

Contrairement à ce qu'affirme l'opposition, tout n'est pas vain ou négatif depuis l'arrivée au pouvoir de Michel Martelly. Vulgarisées à tue-tête depuis plusieurs années par notre grand ami Roro Pharel sur les ondes de Radio Métropole, les questions économiques - la création d'emplois, la fiscalité, le crédit, la promotion du tourisme, la passation de marchés publics, le cauchemar de l'électricité, la recherche de l'investissement étranger - demeurent très présentes dans les rhétoriques et les initiatives officielles. Constat frappant si l'on pense aux pouvoirs antérieurs. Constat moins surprenant si l'on songe que le candidat Tèt Kale avait perçu essentiellement le changement et la rupture avec la continuité en termes économiques, mais pas de façon identique à Thomas Désulmé ou Marc Bazin, véritables pionniers de notre transition économique. A partir du retour au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide jusqu'à René Préval, les questions économiques - en particulier la privatisation, le salaire minimum - vont susciter beaucoup de bruits. Sous le premier gouvernement de René Préval, l'opposition anti-néo-libérale - au Parlement surtout - bloquait tout. Fracassantes, les controverses traînaient en longueur, ce qui ne jouait pas en faveur du pays. Propagande économique Faisant claironner ici et ailleurs le slogan mobilisateur ( « Haïti is open for business»), le pouvoir a lancé une campagne de propagande intensive mais salutaire sur la «victoire» contre la vieille Haïti, profondément conservatrice, archaïque, celle de l'isolationnisme boutiquier et de l'absence d'une vision ambitieuse du devenir national, celle du défaitisme soudard et de l'attentisme résigné des petites et moyennes entreprises. Pour changer les mentalités, pour bousculer les gens avec leurs vieilles habitudes ou peurs, il faut proposer un nouveau paradigme, une autre façon de penser et d'agir. Ce qui n'est pas facile. Nos dirigeants politiques qui tirent parti du business par la peur du sous-développement semblent avoir pris conscience de leurs tâches et admettre qu'on ne saurait retrouver la voie de la démocratisation politique, de la stabilité et de la croissance sans entreprises dynamiques, sans moyennes entreprises exportatrices, sans lutte contre la pauvreté, la fraude fiscale, la corruption et l'analphabétisme, sans infrastructures adéquates (routes, électricité, communications), sans importants investissements étrangers, sans des orientations budgétaires innovantes et sans respect des équilibres fondamentaux des finances publiques. En témoignent, entre autres, le Conseil consultatif présidentiel sur le développement économique et l'investissement (coprésidé par Bill Clinton et Grégory Mevs), la Commission présidentielle pour la réforme du droit des affaires (présidée par Me Bernard Gousse), le Conseil de développement économique et social (présidé par Jerry Tardieu). Les diagnostics qu'ils fournissent, les mesures programmatiques et législatives qu'ils préconisent et les initiatives innovantes qu'ils pilotent résultent d'objectifs clairs et exaltants. Les problématiques de l'entrepreneuriat, du chômage, de l'agro-industrie, de la création des richesses, vont bien au-delà des bonnes intentions, de l'enseignement économique. Sur le plan opérationnel, avec le projet " Promotion et Encadrement de l'Innovation" mis en exécution par le ministre Wilson Laleau à travers le « Concours Jeunes Entrepreneurs Innovants», nos doutes et nos perceptions négatives sont battus en brèche. A cet effet, un fonds de plusieurs millions de gourdes est inscrit au budget 2013-2014 qui sera géré par la Banque Populaire Haïtienne. Il faut organiser le concours deux fois par année, comme l'a souhaité à raison le président Michel Martelly. Donner la priorité à l'économie Néanmoins, les deux conditions de l'application de leurs axes stratégiques de développement sont la stabilité politique et le consensus national. Tous les Haïtiens, tous les secteurs de la vie nationale doivent faire preuve de modération et de solidarité, parce que la modernisation économique ne peut correspondre à une période de transition politique où l'investissement productif du pays recule profondément, faute de concorde politique ou de leadership gouvernemental et d'harmonie sociale. Pour toutes ces raisons, le décalage entre les politiciens et les hommes d'affaires, entre les « criseurs» et les producteurs de richesses, entre les esprits du passé et l'avenir est d'autant plus grand que, malgré l'assistance internationale qui concourt à rationaliser la gestion des finances publiques, le pays n'a jamais été très à l'aise avec l'argent, la croissance économique, la rigueur fiscale, la compétitivité. Le monde politique haïtien, vieillissant et discrédité, s'est habitué au chaos, aux crises; donner la priorité à l'économie, aux réformes, au tourisme est un renversement de tendance sans précédent. Dans le domaine politique, les Haïtiens, et, malheureusement, leur économie, leur agriculture, leur tissu industriel avec eux, ont eu bien des déconvenues depuis 1986 avec cette politique de libéralisation outrancière appliquée sous le gouvernement provisoire du général Henri Namphy. Comme la gestion des affaires publiques, celle de l'économie a été masquée par des aberrations, de mauvais choix. Les deux raisons fondamentales qui expliquent les résultats lamentables de la période post-Duvalier sont la fréquence des crises politiques et la perte de crédibilité et d'efficacité de nos institutions. Enfin, c'est sans doute, jusqu'à présent, l'aspect le plus enrichissant du passage au pouvoir du parti rose, Haïti commence à mieux se familiariser avec les thèmes et les questions proprement économiques, monétaires et budgétaires, même si on constate que, dans les domaines qui touchent directement la vie quotidienne de chacun d'entre nous - emploi et niveau de vie, taux de change, de chômage, de croissance et sécurité des vies et des biens, entre autres - les difficultés restent énormes et l'avenir plein d'aléas. Dans un monde où les marchés et les investisseurs prennent souvent des décisions sur des impressions, l'inadéquation entre notre taux de natalité - l'augmentation vertigineuse de la population - et la chute de nos propres ressources est particulièrement préoccupante. Mais la principale difficulté sur laquelle nous risquons de buter, comme par le passé, est cette satanée instabilité politique, née d'élections effervescentes, disons-le clairement, contestées. La prospérité et la créativité d'un peuple, d'une économie se jugent, en dernier ressort, aux capacités de ralliement, de pacification, d'abnégation patriotique, de leadership de ses élites. Ce ne sont pas les Haïtiens qui s'opposeront à la reconstruction, au changement : l'épouvantable dérive transitionnelle les a éclairés. Ce ne sont pas non plus les mesures de politique économique, monétaire, bancaire, budgétaire, fiscale, agricole, environnementale, éducative qui manquent : les spécialistes connaissent les bons choix. Ces constatations valent aussi bien pour le secteur privé que pour le secteur public.
Pierre-Raymond DUMAS Auteur

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