Ona-Ville, un gâchis financier ?

Seulement 13 maisons sur les 93 construites par l'Office national d'Assurance-Vieillesse (ONA) dans le cadre du projet d'ONA-Ville, au pied du Morne-à-Cabris sont actuellement habitées. La direction de l'ONA envisage de vendre les maisons aux policiers, mais il faut une subvention de l'Etat haïtien.

Publié le 2012-10-19 | Le Nouvelliste

National -

ONA-Ville, nom du projet de logements sociaux de l’ONA, est calme, voire déserte. Les quelques rares familles qui y vivent ne sont pas suffisantes pour donner vie à ce quartier destiné à accueillir des employés de la fonction publique. Neuf ans après l’inauguration du projet, la majorité des maisons sont vides. Seules 13 sur les 92  construites sont pour l’instant habitées.

Des agents de sécurité de l’ONA surveillent sur le site. Ils réussissent jusqu’ici à tenir à l’écart les éventuels envahisseurs. Mais ils ne peuvent rien contre les animaux errants qui y prennent refuge, ni contre les herbes sauvages qui donnent à ONA-Ville l’allure d’un quartier abandonné.

« Des animaux vivent dans de belles maisons alors qu’à quelques mètres, des gens vivent comme des bêtes  dans des taudis », a plaisanté un jeune homme dans la trentaine rencontré sur les lieux. Il n’a pas tort, car des milliers de victimes du séisme du 12 janvier 2010 se recroquevillent sous des taudis dans les parages du projet de l’ONA.

« Les 13 familles sont des locataires politiques », a précisé une source à l’ONA. Elles vivent dans l' illégalité parce qu’elles n’ont aucun contrat avec l’ONA, ni avec la Banque populaire haïtienne (BPH) qui devrait gérer les fonds de la location-vente des maisons pour le compte de l’ONA.

Des employés de la fonction publique devraient être les bénéficiaires du projet de l’ONA. Ils devraient acquérir la maison au bout de 20 ans. Cependant, après l’inauguration du projet en 2003, les maisons ont été distribuées sans prendre en compte les critères établis. Les accointances politiques ont bien vite pris le pas sur les conditions préétablies. « Il n’y a jamais eu de contrat entre l’ONA et la BPH pour la gestion des fonds, ni entre l’ONA et les bénéficiaires », a indiqué un haut responsable de l’ONA.

A l’arrivée de Bernard Degraff à la tête de l’ONA, la majorité des maisons étaient vides. Une évaluation du site a été réalisée. Tenant compte que certaines unités sont habitées, un cabinet d’avocats a été engagé pour les suites légales. Et des discussions ont eu lieu pour savoir ce qu’il faut faire avec les maisons. Il a été finalement décidé de les vendre aux policiers qui veulent bien les acquérir.

Il existe trois catégories de maisons à ONA-Ville. Leur prix, d’après la direction de l’ONA, varie entre 115 000 et 180 000 dollars américains. A ce niveau, il est impossible pour un policier d’acquérir une maison à partir de son salaire. Les responsables de l’ONA ont dû écrire au gouvernement pour solliciter une subvention à hauteur de cinq millions de dollars américains au profit des agents de la PNH. La réponse du gouvernement se fait toujours attendre. Parallèlement, l’ONA est prête à investir un million de dollars dans la réhabilitation du site.

18 millions de dollars américains ont été déboursés par l’ONA dans la construction des 92 maisons. Cependant, d’après les évaluations d’une firme privée, le coût du projet ne dépasserait pas 12 millions de dollars. « Je ne sais pas ce qu’on a fait des six autres millions », a indiqué un membre de la direction de l’ONA ayant requis l’anonymat.

Établi sur quelque onze carreaux de terre, le projet  Ona-Ville est une initiative lancée en 1997 au cours du premier mandat du président René Préval. La vente des maisons à des policiers serait une belle stratégie pour sauver ce projet assimilé à un fiasco.

Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com Auteur

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