Skeez 101, notre super DJ de l'Héxagone

PUBLIÉ 2014-08-19
Gérald "Kalvin" Guerrier, plus connu sous le nom de Skeez 101, vient s'ajouter à la longue liste de nos compatriotes qui brillent en terre étrangère. Lui, c'est dans la musique, plus précisément dans le "djing", qu'il signe sa griffe. Méconnu en Haïti, sa réputation n'est pourtant plus à faire en France et dans d'autres grandes villes de l'ancien continent. La preuve : il anime dans les clubs les plus côtés de Paris et tient une émission sur la même station de radio que David Guetta. Ticket l'a rencontré pour vous.


C'est quoi votre histoire ?

Je m'appelle Gérald Guerrier, plus connu sous le prénom de “kalvin” et le pseudonyme de “Skeez 101". Cela fait 30 ans maintenant que j’ai laissé le pays. Je suis pourtant né en Haïti de parents haïtiens qui ont émigré en France à la fin des années 70 en me confiant à la bonne garde de mes grands parents chéris. Ces derniers étaient originaires de Côtes-de-fer, où j’ai vécu jusqu’à l’âge 8 ans. Puis je suis parti retrouver mes parents en France qui ont par la suite rapatrié mon petit frère Stanley. J'ai eu la chance par la suite d'aller fréquemment aux États-Unis,  d’où mon bilinguisme français/anglais. Là-bas, j’ai joué au basket au lycée car avant que la musique ne rentre dans ma vie, tout le monde pensait que je serais un grand athlète. Divorcé depuis un moment, actuellement je sors avec une demoiselle qui est modèle, à qui j'ai appris à mixer aussi. Je vous invite à la découvrir sur sa page perso, Ketsang Betsen.

 

N'y êtes-vous plus revenu ? Encore de la famille en Haïti ?

J’y suis retourné il y a exactement 28 ou 29 ans. En ce qui concerne ma famille au pays je n'ai pas grands choses à en dire. J'avais perdu contact avec eux pendant plus d'une quinzaine d'années. Ce sont les parents qui conservaient leurs coordonnées. C'est suite à quelques recherches  de ma part et de mon ami Conrad que j'ai retrouvé un oncle, Jacques, frère de ma mère, qui vit entre Miami, New York et Haïti. Nous avons pleins de projets pour le pays.

 

Vous avez suivi quelle formation ?

J’ai une formation  en management hôtelier qui, j’espère, me servira prochainement en Haïti (rires).

 

Comment votre histoire avec le «djing » a commencé alors ?

En 1992, lors d'un énième voyage aux États-Unis. Mon cousin qui à l’époque était un grand DJ à Boston m'a doucement initié dans le domaine ; comme son matériel lui coutait assez cher, il ne voulait pas que j'y touche en son absence. Bien entendu, je désobéissais à chaque fois parce que c’était l’occasion idéale pour que je me fasse la main, cela m’a valu quelques bonnes baffes. Dès mon retour en France, j'ai dit à ma mère que je voulais devenir DJ. La pauvre, elle n'avait pas la moindre idée de ce qu’était, mais elle m’a quand même dit d’aller voir le prix du matériel. Quand je suis revenue auprès d’elle, tout ce que j’ai eu comme réponse «Ou vle m fout ou yon kalòt ? », parce que m’acheter une platine lui aurait coûté un mois de salaire. Alors, je me suis mis à travailler dans la restauration et me suis payé mes premières platines ; pas très performantes je dois dire mais il fallait faire avec les moyens du bord. Très vite, j’ai progressé et avec mes économies je me suis offert les meilleures de l’époque : des technics SL1200 MK2, la Rolls Royce des platines.

 

Comment ont été vos débuts en tant que DJ ?

Je n'ai pas commencé par le «clubbing », car je n'allais  pas en boîte. On pensait même que je serais pasteur ou sportif. J'ai plutôt abordé le djing par l'aspect technique : scratch, pass pass, beat, jugllin, etc., et je me suis très vite fait remarqué. Alors que je commençais à me faire connaitre, j’ai perdu mes deux parents à trois mois d’intervalle. Pour ne pas devenir fou, je me suis jeté corps et âme dans le djiing – ça ne rapportait pas mais l'aspect financier m’importait peu. Je donnais parallèlement des cours dans une maison de quartier pour des jeunes. Quand ma copine m'a appris qu'elle était enceinte, là je me suis dit qu'il fallait assurer parce que j'avais 21 ans, pas de parents, une nana enceinte et un petit frère de 14 ans à éduquer. Je me suis arrangé pour me faire remarquer par un promoteur du nom de Francky qui avait l'une des deux plus grosses structures de soirée urbaine à Paris. Un jour il m'a lancé un défi que j'ai relevé ; c’est là qu’il m'a donné ma chance. Très vite, je me suis retrouvé propulser aux côtés des cadors du clubbing rn’b, hiphop parisien. Je dirais même français car si on avait du buzz à Paris, toute la France nous voulait. C’est ainsi que petit-à-petit je me suis fait une réputation. Par la suite, j'ai monté ma propre structure de  soirée "Bigpimpin  sur les Champs Elysées" et cette soirée est devenue très  vite incontournable. Etant bilingue,  j'ai commencé à sympathiser avec des gens extérieurs à la France : je me suis de ce fait retrouvé à jouer dans des pays  comme la Chine, Dubaï, les USA, la Thaïlande, le Brésil, la Tunisie, le Maroc, etc.

 

Vous êtes à présent l'un des meilleurs en France ; vous animez dans les plus grands clubs de Paris et partout en Europe. Quel effet cela vous fait-il ?

Un sentiment de satisfaction car mon parcours a été très difficile. Entre l’éducation de mes enfants,  un mariage raté et le décès de la maman d'une de mes filles et bien d'autres choses pas réjouissantes, ça n'a donc pas été toujours simple. Je suis fier de ce que j'ai accompli tout en sachant que je pouvais mieux faire, ma carrière continue d’ailleurs je suis en tournée au moment où je vous réponds.  Le meilleur est donc à venir.


Quelles sont jusque là, vos meilleures et plus grandes réalisations?

Mes meilleures et plus grandes réalisations sans aucunes hésitations sont mes deux princesses : Ellyah, 14 ans et Kellys, 10 ans. En musique, j'ai par le passé collaborer avec pas mal de grands artistes américains tels que Snoop, Jay Z, Pharrell Williams, Alicia Keys et bien d'autres soit pour des shows en clubs, soit pour des compilations ou pour la scène, mais je n'ai pas réaliser de morceaux pour eux. Mes projets actuels s'orientent tous vers la musique électronique, donc mes prochaines collaborations seront avec des DJ français et étrangers, chanteurs et chanteuses pas forcément connus en France. Il se pourrait que je produise un track pour l'artiste haïtienne Miu  mais pour l'instant c'est juste une idée dans l'air. J’ai aussi envie de lancer des jeunes Dj, en leur permettant d'évoluer à mes côtés ils font parfois les warm up les close up et pour les plus doués je leur laisse parfois le contrôle en pleine soirée pour qu'ils se fassent remarquer par les organisateurs et les promoteurs qui me font confiance.

 

Vous animez une émission sur la même station de radio que David Guetta. Qu'est-ce que cela rapporte à votre réputation ?

En tant que DJ de la tendance hip hop, ce qui vaut dalleurs pour M. Guetta, c'est vraiment un accomplissement personnel de passer sur les ondes de cette radio qui évolue dans un tout autre registre que la musique urbaine. Là, je planifie ma programmation plutôt «house electro ». Ceci m'a permis de rajouter une corde à mon arc.


Avez-vous des projets de collaboration avec lui?

Avec lui, non. Pas pour le moment. Mais avec d'autres artistes, en effet, j'ai pas mal de projets  à venir dans et en dehors de la musique.

 

Quel feed-back avez-sous sur les DJ en Haïti?

Je n'en sais pas grand-chose. Conrad de "Conradmontana entertainement » est un peu mes yeux et mes oreilles en Haïti actuellement. Et je m'en remets beaucoup à ce qu'il me donne comme info.

Y voyez-vous des concurrents potentiels?

Les DJ du pays comme concurrents… non pas vraiment. J'aimerais plus pouvoir collaborer avec eux,  aider ceux qui en ont besoin plutôt que de me placer en concurrence direct ; bien que j'aimerais jouer un de ces jour au pays car j'ai entendu dire que certains de mes confrères n'hésitent pas à y venir et ce, de façon régulière. Alors moi, l'enfant légitime du pays  je dois venir aussi.

A quand une soirée animée par Skeez 101 en Haïti?

Malheureusement ça ne dépend pas que de moi mais j'ai vivement l'envie de visiter le pays apres 28 ans d'abscence et voir comment je peux apporter ma pierre à l'édifice. J’ai 100 000 idées pour mon pays mais je dois m’y rendre avant pour évaluer ce que je peux faire et dans quelles conditions. Je pense  qu’au courant de l’année 2013 je devrais avoir fait un petit séjour en Haïti.

Je finirai par un merci au magazine pour m’avoir accordé ce temps. De plus, les haïtiens qui ne me connaissent pas encore n’hésitez pas à venir sur ma page officielle Facebook : Skeez 101 des mix des vidéos et mon univers vous y attendent. Même si bagay yo di, kembe rèd. C'est on pep en or nou ye. Excusez mon créole un peu cochi.

Propos recueillis par Péguy F. C. Pierre



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