Cholzer Chancy, plus entrepreneur que politique

PORTRAIT DE PARLEMENTAIRE A l'INAGHEI où il a fait des études en administration, Cholzer Chancy a appris à être employeur. Inspiré de son projet de sortie à cet institut, le jeune fils de paysans-agriculteurs a monté une entreprise qui prospère à Ennery, sa ville natale. A 45 ans, il se confirme, d'entreprise en entreprise, comme un homme d'affaires avisé, avant de faire le grand saut vers la politique. Portrait du questeur de la Chambre basse.

Publié le 2012-05-09 | Le Nouvelliste

National -

Brillant élève aux lycées Fabre Geffrard des Gonaïves et Alexandre Pétion de Port-au-Prince, Cholzer Chancy voyait son avenir dans l'agronomie. Son rêve de mettre en valeur les vastes plantations et propriétés de ses parents est brisé par une surprenante dépression en plein concours d'admission à Damien, siège de la faculté d'Agronomie de l'Université d'Etat d'Haïti. Le jeune fils de Patrice Chancy s'est orienté la même année 1991 vers l'Institut national d'administration, de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI). Celui qui deviendra, 20 ans plus tard, député du peuple y a appris la leçon de sa vie : « l'INAGHEI ne forme pas d'employés, mais des employeurs ». Cette formule récurrente développé par le professeur Lhermitte François a davantage guidé Cholzer Chancy, même après le cycle d'études bouclé avec succès en 1995. Voulant devenir un entrepreneur, le jeune diplômé en gestion a soumis à la Texaco un projet qu'il a lui-même élaboré. La compagnie pétrolière perçoit la fiabilité du projet qu'elle finance jusqu'à 80%: une station-service, installée depuis mai 2002 au pied du morne Puilboreau, dans le Haut-Artibonite. « J'ai obtenu de la Texaco un crédit de 500 000 dollars sur une durée de 10 ans, a expliqué l'entrepreneur. Un an avant la date butoir, j'ai acquitté la dette en son intégralité ». C'est la preuve, dit-il, que l'entreprise a marché beaucoup plus que ne le laissaient prévoir des études de faisabilité. Le complexe (station d'essence, restaurant et super marché)emploie aujourd'hui une trentaine de personnes. « Le salaire minimum est attribué à ceux qui sont les moins rémunérés», s'est félicité le législateur, qui a participé au vote de la loi sur le salaire minimum dont la paternité revient à son collègue Steven Benoît. Les bagages théoriques accumulés à l'INAGHEI ne suffisaient pas à celui que la ville de Toussaint Louverture, le précurseur de l'Indépendance nationale, a vu naître le 16 février 1967. Cholzer Chancy a accumulé aussi certaines expériences comme comptable en chef au quotidien L'Union, qu'il quitte en 1994, et comme assistant administrateur à l'Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN). Le chiffre d'affaires est si florissant, que Cholzer Chancy fait migrer sa femme - une originaire de Cazale dont il a fait la connaissance à Port-au-Prince - vers Ennery. Il s'y est installé aussi, tout en créant un « gravel » dans le département de l'Artibonite. « C2 » est le nom d'une imprimerie qu'il a antérieurement installé aux Gonaïves. Décidé et plein d'amour pour sa ville natale, l'ancien élève de l'école nationale Toussaint Louverture d'Ennery a fait du développement de sa ville un prétexte pour le grand saut vers la politique. « L'environnement de la ville a été pour moi un problème. Et pour prendre le taureau par les cornes, je me suis lancé dans la politique, participant aux élections législatives en 2000, sous la bannière de l'Espace de concertation », a mis en avant Cholzer Chancy. Les violences politiques étaient terribles à l'époque, explique-t-il, que j'ai désisté au second tour des législatives. Décriés et contestés, les scrutins de 2000 entraînaient le pays dans une profonde crise marquée par le second exil du président Jean-Bertrand Aristide et le débarquement de militaires étrangers. Sous la bannière de l'Atibonit An Aksyon, un parti régional, Cholzer Chancy a remporté au premier tour en 2006 le siège de sa circonscription à la 48e législature. Militant au sein de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP) qui avait fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, il est élu, trois ans plus tard, questeur de la Chambre basse. L'homme, de petit gabarit, mène une réforme en profondeur dans une institution qui ne pouvait même pas payer ses employés réguliers et ses contractuels. « Avec l'appui des mes collègues de la 48e législature, j'ai stoppé l'embauchage sauvage en faisant passer de 1200 à 447 les employés réguliers. Depuis, il n'y pas plus d'arriérés de salaire à la Chambre des députés », s'est vanté celui à qui les finances de la Chambre basse sont confiées depuis trois ans. Le secret de sa réussite dans la gestion des finances de la Chambre des députés se résume au principe d'équité. « Chaque député est traité sur le même pied d'égalité », a-t-il confié. Grâce à ce principe, celui qui se fait appelé « Chol » par ses mandants et collègues parlementaires a été reconduit au poste de questeur à chaque renouvellement du bureau. « Avec mon dévouement, la ville a été adoquinée et électrifiée, des routes vicinales, des marchés publics et des dispensaires ont été construits dans la circonscription », a souligné le député entrepreneur. Ces réalisations, en dehors de son travail de parlementaire, lui ont valu, en 2010, sa réélection. « J'ai été réélu encore dès le premier tour du scrutin », tient à rappeler le député Chancy. « Le président René Préval avec qui j'ai eu de bonnes relations s'était gardé de me désigner un adversaire à la députation en 2010. Mais des téméraires ont monté une machine infernale pour empêcher ma réélection. Ils ont décerné des mandats contre ma femme et des militants qui menaient campagne pour moi », a-t-il raconté. Jonglant allégrement avec la politique et l'entrepreneuriat, l'aficionado de l'orchestre Tropicana d'Haïti a inauguré en novembre dernier un night-club à Ennery. L'orchestre, qui s'apprête à fêter son cinquantième anniversaire, a naturellement animé la soirée d'inauguration de la soirée qui coïncidait avec la fête patronale de la ville. Députés et sénateurs ont fait un point d'honneur d'être présents à la fête. « Je suis un djo kannèl -comme on surnomme les inconditionnels de Tropicana -, a avoué Cholzer Chancy. Si j'avais le temps nécessaire, je serais un dirigeant de l'orchestre ». C'est mon groupe, a insisté le parlementaire-guitariste qui, à ses heures, anime avec les musiciens. N'empêche qu'il a invité Septentrional, grand challenger de son orchestre, à performer à la récente patronale de sa ville. « Mon rêve est de ramener les deux orchestres sur un seul podium ». C'est le nouveau pari lancé par celui qui a fait multiplié les succès tant dans les affaires que dans la politique. Né le 16 février 1967 d'un père cultivateur et d'une mère commerçante et cultivatrice, Cholzer Chancy entend bien rester fidèle à ses origines. A sa retraite politique, il entend investir dans les fermes et l'élevage pour créer davantage d'emplois à Ennery. A l'issue de son deuxième mandant dans trois ans encore, il pourra tester sa popularité dans le département de l'Artibonite comme candidat au Sénat. « Un troisième mandat suffira, soit comme député ou sénateur », a fait savoir Chancy, qui n'entend pas égaler le record de Ritha Fréderic Moncoeur, indéboulonnable député d'Ennery sous la dynastie des Duvalier. « Je retrouverai après ma femme Marie-Michelle Sheila et ma fille de 8 ans qui souffrent de mon absence », a indiqué le parlementaire dans l'attente du vote d'un projet de loi sur le statut des ouvriers agricoles qu'il a déposé au Parlement. En attendant, il ne digère pas certaines perceptions qu'on a des députés et des sénateurs. « Cela m'interpelle ! s'exclame le député Chancy. Quand on perçoit tous les parlementaires comme des mafieux, vendeurs de vote... ». Ironie du sort, les accusations viennent souvent des élus du peuple eux-mêmes qui se renvoient les accusations, en pleine séance.

Claude Gilles Auteur

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