Deux opportunités pour réduire la pauvreté

Publié le 2017-03-09 | Le Nouvelliste

National -

L'inflation galopante, l'insécurité alimentaire et le taux de change affectent de nombreuses personnes. La réduction de la pauvreté, qui touche près de 60% de la population, est un objectif central pour Haïti. Dans son premier discours, le président Jovenel Moïse a parlé d’une Haïti où les habitants ne luttent pas seulement contre la pauvreté, une Haïti où tout le monde puisse trouver une vie meilleure. » Une phrase remplie d’espoir et qui correspond à tout projet de développement global. Presque toutes les politiques et les interventions examinées dans le projet de recherche Haïti Priorise sont axées sur cette cause, comme les bourses d'études pour que les filles restent à l’école, la création d'un salaire minimum pour le personnel domestique ou les subventions aux agriculteurs pour acheter de l’engrais. Chacune à leur façon, ces interventions peuvent accroître la prospérité. Mais il existe aussi des interventions qui se préoccupent directement de l'éradication de la pauvreté. Cette semaine, nous partageons avec les lecteurs du Nouvelliste un nouveau rapport de recherche qui examine deux opportunités pour Haïti. L'objectif des programmes de graduation aboutissant à un diplôme et ceux de micro-financement est le même : étendre l'accès financier aux personnes pauvres et exclues et à celles tout au bas de l'échelle économique. Le microfinancement consiste à accorder de très petits prêts aux emprunteurs qui manquent généralement de garants, d'emplois stables ou d’antécédents de crédit vérifiables. L'auteur Riphard Serent, de l'Université Quisqueya et du Centre d'Études Diplomatiques et Internationales, envisage de lancer un programme conçu pour aider les femmes à la tête d’une famille dans les zones les plus touchées par l'insécurité alimentaire. Des prêts de 10 000 gourdes sont accordés à de nouveaux et anciens entrepreneurs, avec un remboursement échelonné sur six mois ou moins, à un taux d'intérêt annualisé de 35%. Les entreprises typiquement concernées sont celles dans les secteurs de la vente de nourriture dans la rue, la friture, la couture ou la pêche. L'objectif est d'atteindre environ 2 500 familles par an, et environ 4% des pauvres du pays sur 10 ans. En utilisant les données de l'USAID sur les coûts d'exploitation et de financement et en estimant que deux pour cent des prêts ne seront pas remboursés, Serent estime que chaque prêt de 10 000 gourdes coûtera 4 045 gourdes. En théorie, les microcrédits devraient donner aux femmes et aux familles plus de contrôle sur leurs revenus afin de mieux se protéger contre les vagues d'inflations. Mais certains avantages sont très difficiles à mesurer, comme l’augmentation de l'autonomie financière des femmes. Mais le gros problème du micro-financement est qu’il n’est pas prouvé que le revenu des bénéficiaires augmente de manière significative. L'expérience bangladaise suggère, qu’au mieux, le pouvoir d'achat des emprunteurs augmente de 2,8%. Cela n'aurait donc pas d'effet positif profond sur la pauvreté. Compte tenu des coûts, l'économiste Serent conclut que chaque gourde investie dans la microfinance créerait seulement un retour sur investissement pour la société d’une valeur à peine supérieure à une gourde. Dépenser une gourde pour réaliser environ une gourde de bénéfice n'est pas une proposition très convaincante. L'expansion des programmes de graduation aboutissant à un diplôme peut, par contre, s'avérer une proposition plus prometteuse. Serent envisage un programme qui toucherait 10 000 familles bénéficiaires sur une période de 10 ans. Il s'agirait d'un soutien à court terme sous forme de liquidités pour acheter de la nourriture, d'un accès à des services d'épargne, de séances de formation sur la façon de générer des revenus, de ressources génératrices de revenus comme des chèvres ou des volailles, et d'un soutien supplémentaire comme des soins de santé préventifs. Une telle approche est plus compliquée, et vise à accomplir bien plus que ne le ferait un simple microcrédit. Par conséquent, cela revient considérablement plus cher. Le coût total par bénéficiaire est de l'ordre de 143 092 gourdes. Les coûts directs représentent plus de la moitié de la dépense : l'achat et l'octroi de ressources économiques telles que les chèvres, les volailles et les marchandises pour générer des revenus pour chaque bénéficiaire. Il y a aussi des coûts indirects, des frais de démarrage et le coût des services supplémentaires comme les soins de santé. Mais cet investissement plus élevé génère un retour plus élevé pour la société. Les bénéfices du programme de graduation ne sont pas seulement économiques (ils procurent aux bénéficiaires un revenu et des ressources productives) mais aussi sociaux, grâce notamment à un meilleur accès au logement, aux soins de santé et à l'éducation des enfants, une amélioration de l’hygiène publique et une amélioration de la sécurité alimentaire. En effet, une grande partie des bénéfices provient du fait que les enfants des familles participantes iront plus fréquemment à l'école, ce qui amènera ces enfants à devenir des citoyens haïtiens plus productifs lorsqu'ils grandiront. En se basant sur l'évaluation d'un programme pilote de Concern Worldwide et Fonkoze, Serent constate que chaque gourde dépensée pour le développement des programmes de graduation générerait autour de trois gourdes de bénéfice pour la société. C'est plus élevé que ce que des projets similaires ont engendré au Bangladesh et dans d'autres pays. Ceci est dû au fait que la nouvelle étude prend en compte les effets indirects sur la santé, l'éducation et l'hygiène publique. Serent suggère qu'il est nécessaire de procéder à davantage d'évaluations de ces deux programmes, afin que leur efficacité puisse être mesurée correctement dans le contexte haïtien. La nouvelle étude d’Haïti Priorise présentée sur une période de dix semaines dans Le Nouvelliste nous permet de comparer ces approches côte-à-côte et de les comparer à de nombreuses autres façons de dépenser de l'argent pour aider Haïti. En mai, un groupe d’experts examinera toutes les recherches et déterminera quels investissements seraient les plus efficaces. Les bonnes intentions sont importantes, mais il est encore plus important de s'assurer que les investissements aident Haïti du mieux qu’ils peuvent.

Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs.
Bjorn Lomborg & Gaelle Prophete Auteur

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