Campagne électorale 2011: deux personnes tuées, 8 policiers incarcérés

En pleine campagne électorale de mars 2011, deux des partisans de la candidate, Mme Mirlande Hyppolite Manigat du RDNP, auraient été tués par une patrouille policière dans la nuit du 5 au 6 mars. Il s'agit de Sterson Jeune et Frantz Emmanuel. Les policiers qui formaient cette patrouille, y compris le chef de poste au commissariat de Port-au-Prince, ont été dans un premier temps mis en isolement, puis accusés de meurtre par une ordonnance du juge instructeur Denise Moïse Papillon. Les avocats des policiers avaient fait appel de cette décision qui renvoyait leurs clients par devant le tribunal criminel siégeant avec assistance de jury.

Publié le 2013-06-17 | lenouvelliste.com

Depuis 27 mois, huit policiers accusés de meurtre sont incarcérés à la prison civile de Port-au-Prince. Sept d'entre eux, selon Mme Michèle Obas, auraient enlevé et tué deux jeunes qui collaient des photos de la candidate Mirlande Manigat lors de l'élection présidentielle de mars 2011. Sterson Jeune et Frantz Emmanuel auraient été les victimes dénoncées par Mme Obas que certains qualifient d'activiste politique. C'est elle qui dit avoir vu les policiers assassiner ces deux jeunes, a indiqué un membre du conseil de la défense, à l'issue de l'audience tenue à la cour d'appel de Port-au-Prince le lundi 17 juin en cours. Il y a un autre témoin répondant au nom de Marco Désir qui, d'après les avocats, a raconté une histoire complètement différente. Les personnes qui ont trouvé la mort n'étaient pas - comme on veut le faire croire - en train de coller des photos. « Je me trouvais au Champ de Mars, pendant que Sterson Jeune et Frantz Emmanuel allaient acheter du tafia. Alorsqu'ils traversaient la rue, deux patrouilles policières faisaient leur apparition. Les agents ont procédé à leur arrestation», a déclaré Marco Désir au cabinet d'instruction. Dans ce dossier, Alix Lajoie, interrogé par le même juge a fait des déclarations similaires à celles de Marco Désir. Un autre policier, affecté au Service d'investigation du commissariat, a déclaré que le 6 mars 2011, aux environs de sept heures, il a été à Morne l'Hôpital pour lever les cadavres de deux jeunes garçons non identifiés. Il a confirmé que l'ambulance de la Direction départementale de l'Ouest les a transportés à la morgue de l'HUEH. Selon les avocats de la défense, les témoignages sont contradictoires et leurs clients sont incarcérés sur simple déclaration d'une activiste politique. Cette dernière déclare que les victimes étaient en train de coller des photos à la rue Oswald Durand tandis que Marco Désir dit qu'ils allaient acheter du tafia au Champ de Mars. Qui croire ? s'interrogent-ils ? Le Conseil de la défense, constitué par Mes Jean Eugène Pierre-Louis, Yvon Lamartinière, Aviol Fleurant, Camille Leblanc et Jean Claudet Lamour, a relevé l'absence de rapport balistique pouvant établir les faits. Selon l'accusation, tous les policiers auraient tiré sur ces deux jeunes, ont fait remarquer les hommes de loi. Puisque les indices et rapports ne sont pas concordants, l'article 120 du code d'instruction criminelle n'est pas applicable. Ils réclament plutôt l'application de l'article « 80 » 2e alinéa du même code qui stipule : « Dans le cours de l'instruction, il pourra sur les conclusions du commissaire du gouvernement, et quelle que soit la nature de l'inculpation, donner mainlevée du mandat de dépôt ou d'arrêt à charge par l'inculpé de se représenter à tous les actes de la procédure et pour l'exécution du jugement, aussitôt qu'il en sera requis». Les avocats de la défense en profitent pour demander une mainlevée d'écrou pour les 8 policiers emprisonnés depuis 27 mois. Puisqu'il a constaté que la montagne a accouché d'une souris, le commissaire du gouvernement, chef de la poursuite, Me Kébreau Zamor, déclare, pour indices insuffisants, n'avoir aucune objection à la demande de mainlevée sollicitée par la défense. A cette phase, les juges de la cour ( Eddy Darang, Maguy Florestal, Alténor Barthélémy) ont levé le siège. La décision de la cour d'appel de Port-au-Prince sera connue le lundi 24 juin prochain.
Jean-Robert Fleury
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