La nation ou le défi de créer l'université

NDLR.- Le débat fécond sur l'université et l'enseignement supérieur en Haïti se poursuit dans nos colonnes. Aujourd'hui le docteur Watson Denis, professeur titulaire à l'université d'État d'Haïti depuis près d'une vingtaine d'années et professeur invité dans d'autres systèmes éducatifs à l'étranger, livre ses impressions sur l'enseignement supérieur dans le pays. Il pose le problème du développement de l'université au regard du développement de la nation. Une perspective toute nouvelle qui éclaircit plusieurs pans du tableau et qui revivifie le débat. Ses explications font réfléchir tout comme ses propositions sont à méditer. Son texte, publié dans la revue RENCONTRES de CRESFED, en septembre 2012, est une invitation à l'action, à un dépassement de soi, à une nouvelle vision de l'université dans son milieu d'intégration. En quelques mots, cet article est un plaidoyer explicatif et propositionnel pour une université haïtienne repensée mise au service du développement socio-économique de la nation.

Introduction.-

Le titre de cet article est la nation ou le défi de créer l’université, mais il pourrait tout aussi bien s’intituler : l’université ou le défi de créer la nation. Comme dans l’histoire insaisissable de la poule et de l’œuf, on ne sait pas vraiment qui, de la nation ou de l’université, génère ou consolide l’autre. Face à ce dilemme dialectique il faut quand même faire un choix. J’ai choisi, pour avancer un peu dans la discussion, que c’est l’université qui doit contribuer au développement harmonieux et intégratif des différentes composantes de la nation.

Il n’y a pas de doute que ce choix est osé, mais il n’en demeure pas moins que dans toute société l’université a un rôle majeur à jouer. Les civilisations modernes se sont développées grâce à la vision de leur élite, façonnée dans les grandes écoles, les centres d’études spécialisées et au sein des universités. Dans le monde occidental, l’Oxford, en Angleterre, la Sorbonne, en France sont des exemples illustratifs. De nos jours, Yale University, Harvard University, Princeton University, pour ne citer que ces grands centres de préparation et de formation intellectuelle aux États-Unis d’Amérique, montrent le rôle que peut jouer l’université dans le rayonnement des nations. Il demeure entendu que chaque pays a son fleuron universitaire, qui à un certain moment de la durée a fait la gloire ou continue de faire la fierté de la nation.

Pour plusieurs raisons d’ordre historique, politique et social, certains observateurs pensent que la nation haïtienne n’existe pas. D’autres analystes, plus nuancés, soutiennent qu’il existe bel et bien un État en Haïti (il y a un territoire, une population, une langue de cohésion sociale, une culture identitaire, un système politique tant bien que mal), mais la nation haïtienne est un leurre de l’esprit. Peu importe l’opinion qu’on puisse se faire sur une question aussi délicate, l’important, c’est de déterminer le rôle que peut jouer une institution éducative comme l’université dans la reconstitution de la nation et l’harmonisation au sein de la société.

1)Université, société et nation

Au risque de paraître trop historiciste, on peut affirmer que l’université moderne, laïque, a surgi avec la naissance de la nation, de l’État-nation, à l’époque des Temps modernes. C’est dire quelle que soit la vocation d’une université, elle répond à un besoin social de modernité, elle se projette comme le socle qui doit propulser le progrès et le développement de la société dans laquelle elle développe ses projets de recherche et ses programmes académiques. Hier comme aujourd’hui, l’université a un grand rôle à jouer dans le bien-être social et économique des différentes composantes d’une nation, sa mission se matérialise par la vision qu’elle projette dans la cité et la qualité de son enseignement, les  recherches qu’elle réalise pour l’épanouissement du genre humain, en particulier au sein de la société où elle est établie.

L’université, les divers centres d’enseignement supérieur, les savants, les penseurs, les scientifiques ont toujours joué un rôle déterminant dans tous les pays qui, à un certain moment de leur histoire, ont connu un haut degré de développement économique ou qui ont montré une certaine prépondérance sur la scène régionale ou internationale. Ces universités, ces centres de recherche et de réflexion ont fait des recherches, des découvertes. Ils ont produit des cerveaux qui ont su poser les vrais problèmes de leur époque et ont apporté des solutions pour leurs peuples et leurs nations.

De même, l’université a un rôle déterminant à jouer dans la société haïtienne, dans le renouvellement de la nation. Elle a un rôle fondamental à jouer pour relever le défi de la refondation de la nation. Pourtant, dans les circonstances actuelles, cette université ne peut pas jouer ce rôle historique, social, scientifique.

On ne cesse de le répéter : tant vaut l’université, tant vaut la nation. L’université est à l’image d’un pays, elle est le reflet de la nation. Dès lors l’équation est tout simple : l’université d’un pays est forte quand la nation est forte. En d’autres termes, plus l’université est forte plus elle sera capable de projeter la nation au devant de la scène et résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux qui se posent dans la société.  

L’enseignement supérieur est important pour tous les pays: les pays hautement  industrialisés, les pays en voie d’industrialisation, les pays «subalternisés» par l’économie internationale dominante. C’est le seul moyen que possèdent d’ailleurs ces derniers pays- la voie royale de la science, de l’éducation et de la culture- pour sortir de la sujétion internationale et tirer leur épingle du jeu. En ce sens, l’enseignement supérieur doit être en adéquation avec les besoins locaux, les besoins d’intégration socio-économique de la nation. Aussi, dans un pays comme Haïti, elle doit contribuer à la réduction de la pauvreté et proposer des solutions, des innovations technologiques et des transformations matérielles qui s’inscrivent dans le développement durable.

2) Rôle social et historique de l’université

L’université est créée par un groupe humain, dans le but de former des techniciens de haut niveau, des professionnels, des penseurs, des intellectuels, des dirigeants dans divers domaines, capables de répondre en tout premier lieu aux besoins de la collectivité. Dans leur travail respectif, ceux-ci appliquent les connaissances acquises, parfois les renouvellent et les adaptent selon les circonstances et les exigences de l’environnement. De même, ils remettent en question, par la recherche et la réflexion scientifique, les idées reçues et proposent des solutions nouvelles aux problèmes sociaux.

L’université façonne donc l’élite d’un pays et lui donne des responsabilités sociales et historiques. C’est la prise en considération de ces responsabilités par les dirigeants de la nation et des universitaires qui rendent l’université utile, performante et compétitive.

La performance d’un pays est liée, dans une large mesure, à son système universitaire. Ceci dit, il n’y a pas de développement socio-économique de la nation sans le relèvement du système éducatif en général et du système universitaire en particulier. Au cours des cinquante dernières années, nombre de pays connus aujourd’hui sous le nom d’États émergents, tels que le Brésil, la Corée du Sud, tout comme le Singapour et Taïwan ont misé sur l’université. Ils ont investi des ressources considérables dans la construction des infrastructures, le relèvement de leur système universitaire et la formation des cadres. Aujourd’hui, ils bénéficient de cet investissement stratégique - choix judicieux par excellence- consenti en faveur de leur jeunesse montante. Investir dans la jeunesse et l’enseignement supérieur, c’est investir dans l’avenir, dans la consolidation de l’État et la  redéfinition ou la reconstitution de la nation. 

L’université haïtienne, entendez par là un système d’enseignement supérieur ayant une culture (les pratiques, les us et les coutumes) est à la croisée des chemins. Elle végète, donc elle est appelée à se réformer en vue de répondre aux attentes sociales et jouer son rôle historique de ferment émancipateur de la nation, de bien-être pour la majorité, d’inclusion sociale et de prospérité économique pour l’État. Dans un avenir pas trop lointain, l’université haïtienne devra pouvoir répondre à la triple mission connue de l’université: l’enseignement (qui est dispensé en général dans des conditions précaires et difficiles), la recherche (qu’elle initie avec de faibles moyens et qu’elle doit poursuivre dans de meilleures conditions en vue d’entamer le grand mouvement des innovations technologiques et les transformations matérielles), le service à la collectivité (qu’elle a initié depuis belle lurette et qu'elle doit renforcer chaque jour davantage).

L’université contribue à la reconstitution et à la consolidation de la nation quand elle répond aux besoins d’éducation des jeunes, quand elle augmente les chances des jeunes d’accéder à une vie professionnelle stable et rentable, quand elle encourage les innovations et les transformations nécessaires à l’épanouissement de la nation et au développement de la société là où elle est implantée. L’université peut même contribuer, d’une certaine manière, à l’amélioration des conditions de vie d’une grande partie de la population si les recherches et les découvertes à faire se concentrent sur l’homme et son environnement.

3) L’université haïtienne après le séisme du 12 janvier 2010

L’université haïtienne a déjà deux siècles d’histoire si on considère les premières tentatives, fructueuses d’ailleurs, entreprises dans le Royaume du Nord d’Henri 1er, en vue de créer une université dans le pays. De nouvelles facultés et écoles supérieures ont été créées entre 1860 et 1880 et d’autres pendant le XXe siècle, mais il n’y avait pas eu un plan d’ensemble, une vision commune d’État pour créer une véritable université digne de ce nom. Ce qu’on appellera en 1942 l’Université d’Haïti et en 1960 l’Université d’État d’Haïti (UEH) a une structure éclatée, les facultés et écoles supérieures composant celle-ci sont éparpillées un peu partout dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Jusqu’en 1985, on pouvait considérer l’UEH comme étant une université élitiste. Elle recevait près de 6 000 étudiants et étudiantes sur une population qui était estimée à 6 millions d’habitants environ. Ce fut la principale, pour ne pas dire l’unique institution universitaire du pays. Cependant, par rapport à d’autres universités régionales, elle n’était pas assez solide, compétitive et performante à tous les points de vue.

Le secteur privé des affaires n’était pas parvenu non plus à créer un pôle d’excellence universitaire qui se recommanderait par ses prouesses dans le domaine de la science, de la recherche scientifique en sciences humaines et sociales. L’université d’Haïti était restée à l’image de la nation, elle n’a pas su relever les défis, répondre aux impératifs des différentes conjonctures et contribuer à l’inclusion sociale d’une bonne partie de la population.

En 1986, année marquée par la chute du régime des Duvalier, père et fils, l’université haïtienne allait subir de grandes transformations. En effet, dès le début de 1990,  on commença à assister à ce qu’on peut appeler la massification de l’enseignement supérieur. L’UEH a essayé, tant bien que mal, de répondre à la pression sociale ou à la forte demande de formation universitaire dans toutes les strates sociales. Certaines facultés reçoivent au moins deux vacations par jour, dans les mêmes infrastructures de base existantes avant 1986, le plus souvent avec les mêmes ressources financières. A la même époque, des universités privées, écoles techniques et professionnelles, des centres d’enseignement supérieur de valeur différente et même de formation académique douteuse, poussaient et continuent de pousser, comme des champignons. C’est à cette époque aussi que les parents haïtiens ont commencé à envoyer, en grand nombre leurs enfants étudier dans les universités de la République dominicaine. Cette tendance continue et prend de l’ampleur d’année en année.

Le séisme du 12 janvier 2010 a retrouvé l’université haïtienne dans cette situation désastreuse, dans ses contradictions, ses insuffisances et ses luttes pour des changements académiques de fond ; il l’a laissée dans une situation d’hécatombe. Un nombre considérable d’étudiants et d’étudiantes ont perdu la vie dans le séisme dévastateur. L’UEH, par exemple, a perdu plus de 300 étudiants, une trentaine de professeurs et une vingtaine de membres du personnel administratif, sans mentionner les bâtiments qui ont été  affectés à un degré ou à un autre. Sur les 11 facultés et écoles supérieures de l’UEH, seulement 3 sont maintenant utilisables : ce sont la faculté d’Odontologie, la faculté d’Agronomie et de médecine vétérinaire (là encore en partie) et l’ISERSS (ci-devant l’IERAH). Les bâtiments des autres facultés ont été soit effondrés comme dans le cas de la faculté de Linguistique appliquée, soit fissurés ou endommagés, en tout cas non utilisables d’après les rapports d’expertise d’ingénieurs et d’architectes. Globalement les pertes subies par l’UEH, l’administration centrale et les 11 entités compris, sont estimées à plus de 100,000,000.00 Gourdes, soit US$ 2,000,000.00 environ[1]. Ce qui est considérable pour une université aussi mal dotée que l’alma mater de bon nombre de dirigeants et d’intellectuels haïtiens.

Depuis mai 2010, l’UEH a repris les activités académiques et administratives, mais ceci se fait dans des conditions précaires et difficiles, sous des hangars, des installations de fortune. La construction d’un campus universitaire sur un terrain approprié à Damiens, un vieux rêve des années 1980, a resurgi dans les esprits après le tremblement de terre, mais ce projet n’a pas le soutien financier de l’État haïtien pour sa concrétisation effective. Toutefois, faut-il souligner que le président dominicain, M. Leonel Fernandez, en vue de renforcer la coopération haitiano-dominicaine, a remis de façon solennelle, aux autorités haïtiennes, le 12 janvier 2012 un campus construit dans la ville de Limonade. Ce campus, qui peut déjà servir à la décentralisation de l’UEH, a besoin de fonds, de ressources financières de l’État haïtien pour pouvoir fonctionner convenablement.

4) Reconstruire la nation à travers l’Université

L’UEH a toujours été une institution de formation de cadres, de techniciens, de professionnels de haut niveau, pour la fonction publique et le secteur privé des affaires, qui donnait de bons résultats dans le temps. Ce qui posait problème, c’est la vision élitiste de l’enseignement supérieur et un enseignement rivé, en grande partie, sur la littérature, les sciences humaines et sociales et un manque en ce qui concerne les sciences naturelles, dont les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique, l’ingénierie et aujourd’hui des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La reconstruction de l’université doit passer par des investissements dans ces sciences dites dures, ces sciences qui font marcher et développer les sociétés par les innovations technologiques et les transformations matérielles. Il y a nécessité d’appuyer la réforme académique et structurelle de l’UEH et développer les capacités de recherche fondamentale et appliquée au sein de cette université.

Il est souvent dit que les autorités du pays refusent de s’impliquer dans l’aménagement d’une université publique véritable, ce qui se manifeste à travers leur refus d’ériger un campus universitaire par peur de voir concentrer des milliers d’étudiants “contestaires” sur un même espace public. De toute façon, malgré la structure éclatée de l’UEH, cela n’a pas empêché aux étudiants de manifester et se prononcer sur les problèmes socio-économiques du pays. À bien réfléchir, le fait de vouloir maintenir le statu quo à tout prix, le système universitaire existant est devenu tout à fait déficitaire pour l’État, pour la nation, pour le pays et pour l’université. 

Le budget de l’UEH, jusqu’ici la plus grande institution universitaire du pays, fait réfléchir  plus d’un. Il montre un manque de considérations de certaines autorités étatiques pour l’université publique. Par exemple, pour l’année académique 2009-2010 l’EUH fonctionnait avec un budget  de 405,155,346.00 Gourdes (82% de cette somme étaient affectés au salaire du personnel académique, administratif et de soutien), et à peu près 60,000,000.00  gourdes pour des investissements. Pour l’année 2010-2011, après le fameux séisme qui a tant ravagé et détruit l’université, il y eut une toute petite augmentation, soit 446,305,623.00 gourdes comme budget de fonctionnement et 70,000.000.00 comme budget d’investissement.

On peut aisément comprendre qu’on ne peut pas faire grand-chose avec ce maigre budget, qui oscille entre 1,3% et 1,5% du budget global de la nation. La recherche universitaire, importante pour le développement institutionnel de toutes  universités, mérite d'être stimulée, encouragée et consolidée. Il va sans dire qu’une restructuration ou une réforme de l’université implique l’augmentation sensible du budget de l’UEH, tant pour le fonctionnement normal et harmonieux de l’institution que pour le développement de la recherche scientifique, les investigations en sciences sociales et humaines et la publication d’ouvrages, des résultats de recherche et des documents académiques.

L’université haïtienne doit se relever de ses cendres et jouer son rôle académique de dispensatrice de connaissances, des connaissances adaptées, une université créatrice de techniques nouvelles et lieu par excellence de formulation de propositions de redressement et de reconstruction dans un contexte de développement durable. Comme dans tous les pays qui ont connu des avancées considérables en matière de développement socio-économique et de démocratie politique, l’université doit jouer un rôle stratégique en fournissant les cadres, les techniciens et les professionnels de métier, des penseurs et intellectuels  pouvant faire avancer la société vers le progrès, la modernisation et le renforcement de la vie citoyenne.

L’enseignement supérieur est central dans tout plan de rénovation nationale et toute stratégie globale et efficace de développement socio-économique. On ne peut pas reconstruire le pays sans l’université. Aussi au moment où l'on pense de mettre sur pied la nouvelle université haïtienne, il faut tout faire pour limiter, stopper même, l’hémorragie ou la fuite des cerveaux haïtiens, formés par l’université haïtienne, vers des rives plus clémentes des pays hégémoniques de l’économie-monde.

5) Aller de l’avant, c’est investir dans l’université

Pour aller de l’avant, pour sortir de l’auberge, pour redéfinir et reconstruire la nation, Haïti a besoin de l’université, ce haut lieu de préparation, de formation des identités d’une couche sociale hégémonique. Le pays a besoin de son université pour produire des cerveaux, de nouveaux savoirs et accoucher de nouvelles techniques de production et de transformation de la matière. Haïti a besoin de centres de recherches spécialisés dans différentes branches du savoir et du savoir-faire.

Pour cela, il faut investir dans l’université. Il y a même urgence en Haïti d’investir dans l’enseignement supérieur de qualité et étendre l’offre universitaire à toutes les composantes de la société. L’intelligence, l’esthétisme culturel, les possibilités de créer, de s’approprier l’art et les arts, de développer les techniques, de faire avancer  la science ne sont pas l’apanage d’aucun groupe social en particulier. Ces potentialités, nourries dans le cerveau du genre humain, appartiennent à tout le monde. Les moyens financiers et matériels mis à la disposition de l’université, au bénéfice des étudiants, des universitaires, des artistes, des penseurs, des intellectuels, des scientifiques et des chercheurs permettront l’éclosion  d’une société nouvelle, d’une nouvelle Haïti, qui se lancera, de manière pacifique, dans une position de compétitivité par rapport à d’autres universités et à d’autres pays.

Pour y arriver, les dirigeants du pays sont appelés à donner à l’université la place qui lui revient dans la société en commençant par un budget respectable pour pouvoir fonctionner de façon réelle. L’université est le creuset social qui permet de réaliser un saut qualitatif par l’innovation technologique renouvelée et adaptée. C’est l’institution sociale qui peut contribuer au bien-être du peuple, de la population, qui peut contribuer à la reconstitution de la nation sur des bases solides et pérennes.

L’université ne peut réussir sa mission si elle n’est pas soutenue, portée, défendue même, du point de vue économique, social, politique et financier, par les composantes dominantes de la société. Pour y parvenir, l’État, cette structure macro-économique de l’organisation sociale, a la responsabilité d’intégrer l’université dans ses programmes et ses plans d’action et, en retour compter sur ses contributions techniques, technologiques et savantes pour le progrès et le développement de la nation. À cette fin, sans ingérence politicienne, il doit veiller aux conditions d’études et contribuer, dans certains cas, à la création de centres d’études et de recherches dans des branches stratégiques et nécessaires au progrès et au développement de la nation. Enfin, l’État doit créer des conditions pour que les professionnels, spécialistes et les techniciens puissent pratiquer leur art et mettre à exécution leurs projets et leurs plans d’études, par des réalisations scientifiques et technologiques, au bénéfice de la société et du développement de la nation.

Dans la même lignée, la jeunesse, les étudiants et les étudiantes doivent comprendre qu’ils représentent l’avenir de la nation, que la société à des attentes en terme de bien-être et de progrès, et des attentes justifiées sont placées en eux. Ils doivent se rappeler qu’ils ont une responsabilité historique, en tant que futurs dépositaires des intérêts sacro-saints de la nation, en faisant fi des intérêts égoïstes et passagers et embrasser les avenues de la science, en acquérant des connaissances utiles et nécessaires et en répondant au mieux de leur capacité à l’appel de servir les intérêts supérieurs de la nation.

De même, les professeurs doivent retrouver la dignité et la vocation de leur métier si noble. Ils sont appelés, comme ils le font d’ailleurs par obligation professionnelle, à se cultiver davantage, à se perfectionner dans leurs branches de spécialisation et améliorer la qualité de leur enseignement. Plus les professeurs dominent leur discipline, plus ils sont à même de s’imposer savamment, transmettre leur savoir et contribuer à la consolidation d’une nouvelle élite capable de répandre et de diffuser de nouveaux savoirs, de nouvelles connaissances et contribuer ainsi à construire de nouvelles universités, toujours plus performantes, des penseurs et savants, bâtisseurs de cathédrales plus imposantes.

Conclusion.-

Dans toute société moderne, l’université constitue une référence, l’orgueil de la nation ; l’institution qui illustre, qui inspire le présent qu’on construit chaque jour et le futur qu’on imagine, par prospection, la construction et la consolidation. Pas seulement par la grandeur d’un campus qu’on peut avoir et les immeubles imposants, mais surtout par la façon de résoudre les problèmes de tous les jours et les améliorations constantes qu’on apporte à la condition humaine. Nous avons pour devoir de développer une université d’excellence en Haïti, donnant la priorité à la production des connaissances scientifiques, au développement des compétences nécessaires à la résolution des problèmes auxquels la société est confrontée dans son évolution sociale et  historique. C’est ainsi que l’université peut créer la nation, car la nation avait consenti des efforts considérables dans la rénovation de l’université.