La discrétion d'un bienfaiteur

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2011-09-08 | Le Nouvelliste

J'ai capté en chemin la reprise de l'émission «Intérêt public» de Radio Kiskeya au soir du jeudi 13 décembre 2007. J'ai entendu les témoignages de Liliane Pierre-Paul (la modératrice), de Marie-France Claude et d'Henri Alphonse. Jean-Robert Hérard a consacré un ouvrage à la rafle du 28 novembre 1980. Le public pouvait croire posséder une connaissance parfaite du brutal événement, qui, on s'en aperçoit rétrospectivement, était le chant du cygne de la dictature. Croire que tout a été dit. Le tour de la relation de cette razzia sur la presse et autres composantes du secteur démocratique a été fait. Il n'en est rien. D'où l'intérêt des témoignages des deux invités de Liliane et de l'animatrice elle -même. Ce fut émouvant. Vingt-cinq ans plus tard, ça remue que de suivre le récit du calvaire enduré par tous ces jeunes et moins jeunes qui essayaient, à leur façon, de nous frayer péniblement des espaces de liberté. Ces jeunes journalistes sur qui s'est abattue une sévère répression ne méritaient pas ce sort-là parce qu'ils avaient pris au mot un régime qui disait une chose et faisait l'inverse. Un jeu de poker menteur. Ces jeunes tombèrent dans la gueule du loup dès l'instant où l'Administration droits-de-l'Hommiste du Président James Earl Carter perdit l'élection du 4 novembre 1980. «Le bal est fini», annonça immédiatement le gouvernement de Jean-Claude Duvalier. «Le bal est fini, répliqua Jean Dominique dans son édito du lendemain. Bon appétit, messieurs!» Quelle prémonition! Vingt-quatre jours plus tard, ce fut, sous les yeux de la nation médusée, pétrifiée, tétanisée, la rafle brutale à côté du saccage des stations de radio. A l'intérieur, il se trouva des braves pour plaider la clémence. «L'exil est impie. N'exilons point!», pouvait-on lire dans «Le Petit Samedi Soir» sous les signatures de Fardin et d'Aubelin Jolicoeur . Il a fallu l'émission de Radio Kiskeya de mois de décembre 2007, soit 27 ans après, pour réaliser l'infamie de l'exil. Quelle cruauté ! Ces jeunes descendirent comme dans un gouffre. Heureusement, il y eut des patriotes pour former autour d'eux, notamment à Caracas, capitale du Vénézuela, une chaîne de solidarité. Les noms de Paul Déjean et de bien d'autres reviennent sur les lèvres des (anciens) exilés. Je retiens surtout celui d'Arnold Antonin et de sa femme Béatrice qui ne ménagèrent pas leur concours pour épauler, supporter, entourer ces journalistes et militants bannis de leur pays natal et dont le seul tort avait été de croire dans le changement. Je suis surpris de la modestie d'Arnold, le suivant depuis son retour au pays natal ; jamais je ne l'ai entendu se vanter de ses bonnes actions de solidarité envers les exilés. Pas un mot. Pourtant, tous les exilés sont unanimes à reconnaître l'élan spontané avec lequel il est porté à leur rencontre. Sans rien exiger en retour. Le total appui de la famille Antonin leur est inoubliable. Il est réconfortant d'entendre ce genre de témoignage 27 ans plus tard. Les Haïtiens savent être solidaires dans le malheur. Alors que ce consul américain qui, brutalement et cavalièrement, refusa au groupe composé de Liliane, Filo, Alphonse... l'entrée sur le sol américain parce qu'ils avaient mis, disait-il, des bâtons dans les roues du régime de Jean-Claude Duvalier, est longtemps déjà plongé dans l'oubli. Il s'était rangé du mauvais côté. Que les anciens exilés lui pardonnent, il ne savait pas ce qu'il faisait. Conclusion Les jeunes générations ne réaliseront jamais assez combien elles sont redevables envers les victimes du 28 novembre 1980. Aujourd'hui, la liberté d'expression reste une conquête définitive. Obtenue au prix de dures épreuves, de lourds sacrifices, de douloureuses souffrances. Pour Henri Alphonse, je n'ai jamais su qu'il faisait partie du lot. Il montait une émission ce jour-là à la radio quand il a été emmené comme les autres : Marvel, Sony Jacques-Price Jean... C'est à la radio que fut appréhendé l'agronome Jean-Jacques Honorat, venu aux nouvelles dès l'instant où la rumeur de la disparition de Jean-Dominique circula. Que de révélations ! A l'égard du professeur Arnold Antonin, me passe par la tête l'idée de lui remettre une plaque ou de lui décerner une médaille pour services rendus à la patrie.
Jean-Claude Boyer Vendredi 14 décembre 2007 Auteur

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