Haïti au cœur des conversations et des rencontres sociales à Taipei, Taïwan

La réception officielle organisée à la Taipei Guest House, le samedi 10 octobre 2026, à l’occasion de la Fête nationale de la République de Chine (Taïwan), a constitué une occasion privilégiée de rencontres et d’échanges avec des personnalités issues des milieux diplomatiques, économiques et institutionnels.

Par Joël Lorquet, PhD
21 oct. 2026 — Lecture : 5 min.
Haïti au cœur des conversations et des rencontres sociales à Taipei, Taïwan

Joël Lorquet et d'autres visiteurs à Taiwan

La réception officielle organisée à la Taipei Guest House, le samedi 10 octobre 2026, à l’occasion de la Fête nationale de la République de Chine (Taïwan), a constitué une occasion privilégiée de rencontres et d’échanges avec des personnalités issues des milieux diplomatiques, économiques et institutionnels. Au-delà de son caractère protocolaire, cet événement a permis d’aborder plusieurs questions relatives aux relations internationales, à la coopération et aux perspectives de développement d’Haïti.

Au cours de cette réception, notre présence a suscité l’intérêt de plusieurs participants, notamment de représentants francophones qui, nous entendant converser en français, sont spontanément venus engager la discussion. Ces échanges ont révélé que, malgré la distance géographique qui sépare Haïti de Taïwan, notre pays demeure présent dans les préoccupations de certains acteurs internationaux.

Parmi les personnalités rencontrées figurait le Dr Allen Lien, qui avait travaillé en Haïti après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Il conserve de bons souvenirs de son séjour dans notre pays et collabore aujourd’hui avec Acer Medical, une entreprise spécialisée dans les technologies médicales. Cette rencontre a rappelé combien les missions de coopération et les interventions menées dans des circonstances difficiles peuvent créer des liens humains et professionnels durables entre Haïti et Taïwan.

Nous avons également eu le plaisir de faire la connaissance de M. Lex Kaufhold, directeur exécutif du Bureau du commerce et des investissements du Grand-Duché de Luxembourg à Taipei (Luxembourg Trade and Investment Office). Nos échanges nous ont aussi permis de converser avec M. Lutz Gullner, chef du Bureau de l’Union européenne à Taipei, relevant de l’Office économique et commercial européen (European Economic and Trade Office).

Par ailleurs, nous avons eu l’honneur d’être abordés par M. Frédéric Laplanche, ambassadeur de France à Taïwan, ainsi que par d’autres diplomates francophones qui semblaient bien informés de la situation haïtienne. Ces rencontres ont été particulièrement intéressantes, car elles ont permis de constater que plusieurs interlocuteurs suivent l’évolution politique, sociale et économique d’Haïti, certains en raison de leurs responsabilités professionnelles, d’autres à la suite de contacts directs avec notre pays.

Ces conversations ont ainsi offert un cadre informel, mais enrichissant, pour discuter de la place d’Haïti dans les relations internationales et des possibilités de coopération susceptibles de contribuer à son développement.

Des échanges sur les relations entre la France et Haïti

Parmi les sujets abordés au cours de ces rencontres figurait la coopération entre la France et Haïti. Nos discussions ont notamment porté sur les engagements annoncés par le président français François Hollande lors de sa visite en Haïti, en mai 2015, ainsi que sur les perspectives d’appui au développement, particulièrement dans le domaine de l’éducation.

Nous avons souhaité comprendre les raisons pour lesquelles certaines initiatives envisagées n’avaient pas produit les résultats espérés. Au cours de ces échanges, l’insécurité a été évoquée comme l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de projets de coopération de grande envergure.

Il est indéniable que la dégradation de la situation sécuritaire, particulièrement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, complique considérablement l’intervention des partenaires internationaux. Toutefois, nous avons fait valoir qu’une telle situation ne devrait pas nécessairement empêcher toute initiative dans les autres régions du pays. Certaines villes de province, selon leurs conditions de sécurité et leurs capacités d’accueil, pourraient éventuellement servir de points de départ à des projets éducatifs, sociaux ou économiques.

Une approche territoriale différenciée permettrait ainsi de maintenir certains programmes, tout en tenant compte des réalités propres à chaque région. L’objectif ne serait pas de minimiser les difficultés sécuritaires, mais d’éviter que celles-ci ne condamnent à l’immobilisme l’ensemble des efforts de développement.

La francophonie, un atout stratégique pour Haïti

Nos échanges ont également été l’occasion de rappeler la place singulière qu’occupe Haïti dans la Caraïbe en raison de son histoire, de sa culture et de son héritage linguistique francophone. Les liens historiques entre Haïti et la France constituent un élément important de cette relation, malgré les différends et les blessures hérités du passé.

Nous avons défendu l’idée que la France avait tout intérêt à soutenir davantage Haïti, non seulement en raison de cette histoire commune, mais également pour contribuer au rayonnement de la langue française dans une région largement dominée par l’espagnol et l’anglais.

La francophonie représente en effet un espace de coopération culturelle, éducative et institutionnelle dont Haïti pourrait tirer davantage profit. Encore faudrait-il que cette appartenance linguistique se traduise par des programmes concrets, des investissements durables et des possibilités accrues de formation pour les jeunes Haïtiens.

Dans cette perspective, nous avons également évoqué le cas du Rwanda, pays qui a progressivement renforcé la place de l’anglais dans ses institutions et son système éducatif. Cet exemple illustre la manière dont les orientations linguistiques peuvent évoluer en fonction des choix politiques et des stratégies de développement d’un État.

Il ne s’agissait pas de préconiser un changement linguistique en Haïti, mais de souligner que les langues constituent également des instruments de coopération, d’intégration économique et de positionnement international. Pour Haïti, la question essentielle demeure celle de la valorisation de son patrimoine linguistique tout en donnant à sa population les moyens de maîtriser les langues nécessaires à son ouverture sur le monde.

Transformer les rencontres en possibilités de coopération

Au terme de ces échanges à Taipei, une conviction s’est renforcée : Haïti n’est pas aussi éloigné des préoccupations internationales qu’on pourrait le croire. Des personnalités diplomatiques, économiques et institutionnelles connaissent notre histoire, suivent notre actualité et, pour certaines, entretiennent des liens personnels ou professionnels avec notre pays.

Ces contacts ne constituent certes pas, à eux seuls, des engagements de coopération. Ils représentent néanmoins des occasions de dialogue qu’il serait utile de prolonger par des démarches structurées, des propositions réalistes et un suivi institutionnel approprié.

L’expérience taïwanaise, les relations avec les partenaires européens et les liens historiques avec la France invitent à réfléchir aux moyens de diversifier les partenariats d’Haïti et de mieux mobiliser les compétences, les réseaux et les ressources disponibles à l’étranger.

Toutefois, les échanges ont également mis en évidence une difficulté majeure : l’insécurité et l’instabilité politique limitent les possibilités d’intervention et découragent parfois les partenaires désireux d’accompagner le pays. La restauration d’un environnement plus sûr, la stabilité des institutions et la capacité à concevoir des projets cohérents demeurent donc des conditions essentielles pour transformer les intentions en réalisations.

La réception du 10 octobre à Taipei aura ainsi été bien plus qu’une cérémonie officielle. Elle aura permis de faire entendre la voix d’Haïti dans un espace de rencontres internationales, de rappeler les liens qui unissent notre pays à plusieurs partenaires étrangers et de souligner la nécessité de transformer les relations humaines et diplomatiques en perspectives concrètes de coopération et de développement.