Dans son ouvrage Change-toi toi-même et change ton pays, Henry Marge Dorléans pose une question qui devrait interpeller chacun de nous : « Veux-tu changer ton pays ? Alors, laisse ton pays en paix. Il n'est pas le problème. Le problème, c'est toi, c'est moi. »
Cette réflexion prend aujourd'hui tout son sens.
Dans une interview, Ariana a critiqué certains blogueurs, journalistes et influenceurs qui, à travers leurs publications, diffusent à l'extérieur une image essentiellement catastrophique d'Haïti, alors qu'ils pourraient tout aussi bien mettre en lumière nos belles plages, nos sites touristiques, notre patrimoine, notre culture et les nombreuses richesses du pays.
Sur ce point, je partage cette préoccupation. Je considère que les premiers défenseurs et les premiers ambassadeurs d'Haïti doivent être les Haïtiens eux-mêmes. Cela ne signifie nullement qu'il faille cacher nos difficultés, nier l'insécurité, la pauvreté, la corruption ou les autres maux auxquels notre société est confrontée. Au contraire, nous devons avoir le courage de regarder nos réalités en face et de travailler à les corriger. Mais dénoncer les problèmes ne devrait pas signifier vendre systématiquement une mauvaise image du pays. Car chaque pays a ses forces et ses faiblesses. Même les nations les plus développées connaissent la criminalité, les inégalités, la pauvreté ou les crises politiques et sociales. Pourtant, leurs propres citoyens ne réduisent pas pour autant l'image de leur pays à ses seules difficultés.Regardez comment les Burkinabè vendent l'image de leur pays. Regardez aussi comment les Dominicains font la promotion du leur. Ces peuples ne nient pas leurs difficultés, mais ils ont fait le choix de mettre en avant leurs atouts, leur culture, leur hospitalité et leurs potentialités. C'est cette même démarche que je conseille à mes compatriotes : changer de cap.
Alors, pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, montrer une autre facette d'Haïti ? Pourquoi ne pas promouvoir l'image d'une Haïti de paix, de sécurité, de prospérité, de travail, de créativité, d'amour, de dignité et de respect des principes du développement ?
J'entends souvent cette expression en créole : « Jan blan mandé l la », c'est-à-dire faire les choses comme « le Blanc le veut ». Mais je pose une autre question : pourquoi ne pas construire Haïti selon la manière dont nous, Haïtiens, voulons la voir ?
Il est temps de projeter une autre image d'Haïti et des Haïtiens une image qui montre que nous sommes capables de justice, d'amour, de loyauté, de dignité, de responsabilité, de solidarité, de respect et de discipline.
Il ne s'agit pas de maquiller la réalité, mais de comprendre que l'image que nous projetons a des conséquences. Promouvoir nos potentialités, valoriser nos réussites, mettre en lumière nos sites touristiques, encourager les comportements responsables et soutenir les initiatives positives : autant de leviers pour renforcer la confiance et l'attractivité de notre pays.
À l'inverse, présenter continuellement Haïti sous son visage le plus sombre peut peser lourdement sur la manière dont les autres nous perçoivent.
Alors, chers compatriotes, posons-nous honnêtement la question : est-ce réellement le choix que nous voulons faire ?
Et si nous décidions d'agir autrement ?
Et si chacun de nous devenait, à son niveau, l'ambassadeur d'une Haïti différente une Haïti qui reconnaît ses problèmes sans s'y résumer, qui ne cache pas ses blessures mais montre aussi ses forces, qui ne demande pas seulement à être secourue mais montre également ce qu'elle peut offrir au monde ?
Car, en définitive, nos choix ont des conséquences. Choisir de promouvoir le meilleur de notre pays ou de n'en montrer que le pire ; choisir la propreté ou la saleté, la dignité ou l'indignité, la responsabilité ou l'irresponsabilité, le respect ou l'humiliation, le développement ou le sous-développement : ce sont, in fine, des choix de société.
Alors, quelle image voulons-nous donner d'Haïti ? La réponse ne dépend pas uniquement de nos dirigeants. Elle dépend aussi de nous. Changeons-nous nous-mêmes, changeons nos comportements, changeons notre manière de voir notre pays. Et, progressivement, nous contribuerons à changer Haïti.
