Notre agriculture nationale est notre richesse, et le peuple ouvrier est disponible

Qu’est-ce qui est si difficile à comprendre ?Sous la colonie française de Saint-Domingue, l’agriculture donnait une puissante impulsion à l’économie de plantation, ou plutôt de l’économie capitaliste en devenir.

Par Jean-Marie Beaudouin; coifopcha@yahoo.fr
19 oct. 2026 — Lecture : 6 min.
Notre agriculture nationale est notre richesse, et le peuple ouvrier est disponible

Paysanne au travail

Qu’est-ce qui est si difficile à comprendre ?

Sous la colonie française de Saint-Domingue, l’agriculture donnait une puissante impulsion à l’économie de plantation, ou plutôt de l’économie capitaliste en devenir. La production massive des denrées agricoles et des marchandises coloniales constituait, dans la durée, la prospérité économique de l’Empire colonial français par l’essor de son commerce extérieur à l’échelle du continent européen. Cette île conquise était dotée des vertus agricoles, dont la fertilité des sols est admise et reconnue par les agriculteurs et les cultivateurs de l’époque. Saint-Domingue disposait d’une force de travail pléthorique et surdimensionnée : 500 000 esclaves produisaient sans arrêt. Les colons se dispensaient d’office des coûts salariaux et échappaient également aux impôts et taxes de la métropole, parce qu’ils condamnaient les esclaves à vivre au rabais de leur espérance de vie. A Saint-Domingue, la politique des colons français était dictée par la violence et la cruauté, par l’appât du gain facile des profiteurs ; car beaucoup d’entre eux rêvaient d’intégrer la bourgeoisie française le plus rapidement possible. Sous le joug des maîtres et des colons, l’esclave ne devait ni procréer, ni vieillir pour finalement mourir à l’âge de 38 ou de 40 ans maximum sous le poids de la fatigue, de l’éreintement et de l’inanition. En plus de vexations et d’humiliations répétées qui font que l’esclave haïtien avait reçu une double mort : la mort physique d’une souffrance douloureuse à l’extrême, et la mort morale. Telles furent les mesures draconiennes des Français esclavagistes, sous la contrainte desquels nos Aïeux agonisaient jusqu’à leurs derniers instants.

Avant de continuer sur notre exposé, nous voulons ouvrir une parenthèse pour dire ceci : Notre histoire de peuple libre est très mal expliquée par nos premiers auteurs nationaux Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin qui font montre d’une mémoire sélective dans l’appréciations des faits comme dans le choix des sources historiques ; ils s’élèvent contre Jean-Jacques Dessalines le principal artisan de l’Indépendance et introduisent à dessein l’idéologie de la couleur dans la littérature haïtienne. A remarquer que la question de couleur avait été prohibée par la Constitution du 20 mai 1805 en son Article 14. Et c’est cette légende idéologique (colorisme de classe) qui est responsable de nos amers déboires et de nos retards dans maints domaines de la vie nationale, particulièrement sur le plan de l’intelligence intellectuelle. Nos gens de la sphère bourgeoise ne prêtent aucune attention aux incriminations et aux affabulations imputées à l’encontre de Dessalines, qu’ils considèrent comme des peccadilles sans intérêt. Ces gens-là se préoccupent uniquement de leurs intérêts de classe, comme si Dessalines n’était pas une cause à soutenir, ni à justifier. Et nous fermons la parenthèse. 

Nous avons voulu dire que le peuple des esclaves dans Saint-Domingue a été l’épine dorsale de l’évolution du capitalisme qui se trouvait à un stade de marasme avant la colonisation du Nouveau Monde ci-devant Amérique. Aujourd’hui l’économie capitaliste domine à l’échelle planétaire, dont les États d’Occident, fer de lance de l’impérialisme international, sont les bénéficiaires privilégiés : c’est le cas de dire « A tout seigneur, tout honneur ». Karl Marx éclaire sur l’opportunité de l’esclavage des Nègres qui a servi d’une forte et puissante impulsion matérielle à l’économie capitaliste jusqu’alors titubante. Voici ce qu’il a pu observer dans ses études historiques : « Avant la traite négrière, les colonies fournissaient au Vieux Monde quelques produits sans pour autant changer le monde dans les faits. L’esclavage est donc une catégorie économique de la plus haute importance. La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile ; elle a le globe entier pour théâtre. »  Karl Marx : Le Capital (Ed. 1872) – Genèse du capitalisme industriel. Chapitre 31, page 336.

Avantages et conséquences positives du développement de l’agriculture en Haïti – Résorption maximale du chômage jusqu’au plein emploi. Il s’agit ici d’un point focal sur lequel nos élites dirigeantes n’ont pas assez travaillé, qu’il faille y réfléchir sereinement et souverainement. Dans l’une de ses prestations éclairantes sur les ondes de la radio SIGNAL FM, le professeur Michel Soukar disait un jour que Haïti possède un kindergarten ou école maternelle, sa métaphore faisait allusion à la population active du pays national. Personnellement, votre fidèle serviteur écoutait l’émission et cela remonte à plus de deux décennies ; mais son propos très représentatif reste malheureusement sans effet parce que nos classes dirigeantes ne s’occupent plus du pays et des affaires de l’État, et se noient dans l’enlisement des crises conjoncturelles qui affaiblissent l’économie nationale. Entre-temps la population active croît au rythme de la démographie nationale, le marché de l’emploi se rétrécit dans ses limites extrêmes. Aujourd’hui la population totale d’Haïti est estimée à plus de 11 millions de personnes, dont plus de la moitié est en âge de travailler. Mais il arrive que, en matière de pauvreté et de précarité croissantes, les données statistiques importent très peu au gouvernement de la République qui se trouve paralysé à cause de son attentisme et de son indécision. L’élite dominante se figure qu’un hypothétique miracle s’opérerait, car ses membres professent la croyance chrétienne ou la croyance en le Dieu trine.  

Le travail est à notre avis l’abécédaire des activités humaines ; le travail est intimement lié à l’émancipation et au progrès continu. Le gouvernement de la République doit toujours se procurer la variété des statistiques du marché ; il dispose d’un marché intérieur estimé à environ 11 millions de consommateurs acquis à la production agricole du pays, et les possibles excédents iraient au service de l’exportation dans le cadre de l’équilibre de la balance commerciale. Comme l’on peut observer qu’il n’y a rien que l’on ne puisse comprendre ; de même il n’y a pas de meilleure perspective que d’explorer les vertus et les potentialités agricoles d’Haïti et de mettre en valeur nos cultures traditionnelles. Alors Mesdames et Messieurs qui sont aux responsabilités : Ouvrez les chantiers de l’agriculture, du bétail et de la pêche ; donnez du travail au peuple ouvrier, et vous obtiendrez à moyen et long terme le développement économique et social dans la durée. Avec l’argent qu’il gagnait de son labeur, le peuple des classes ouvrières – prolétariat rural et urbain compris – serait en position d’améliorer ses conditions matérielles d’existence à commencer par changer son monde d’habitat fait de vieux hameaux et de taudis, qu’il finirait à terme par transformer les lieux d’habitation en de véritables villages modernes. Du moins, il changerait durablement la physionomie physique des régions, des départements et des localités, si l’État faisait le choix de libérer les forces productives et de les mobiliser autour de l’agriculture durable.

Toujours dans le même ordre d’idées, Mesdames et Messieurs : vous y apporterez des infrastructures routières pour faciliter la circulation des produits agricoles et de l’élevage vers les marchés préposés à cet effet ; de l’eau potable et domestique pour la population, y compris des centres de santé. Vous amortissez et/ou baissez, à l’occasion, le coût des taxes et des impôts pour les populations locales, dans le cadre de ce nouveau départ. Appelez aussi aux responsabilités des gens qui connaissent Haïti, car il est bien difficile de progresser et de prospérer dans un milieu dont on ne maîtrise pas les structures sociales, culturelles, intellectuelles, artistiques, politiques et économiques. Ne serait-ce que pour mieux s’orienter afin d’éviter de fâcheux conflits d’intérêts qui pourraient survenir de manière soudaine. Songez aussi à ériger des centres poly-agricoles revêtant une couverture nationale ; car, de notre point de vue, chaque Haïtienne et chaque Haïtien doivent connaître les notions de l’agriculture, les bonnes terres cultivables et les denrées qui y sortent. Telle est notre conception du paysage agricole haïtien, dont nous estimons qu’’il peut dynamiser notre économie nationale qui stagne depuis de nombreuses décennies d’abandon et de désespoir. Nous avons dit.