Né à Maniche, dans le département du Sud d’Haïti, en 1955, le sénateur Pierre François Sildor s’est éteint dans sa ville natale, le samedi 19 septembre 2026, à l’âge de 71 ans. Avec sa disparition, Haïti perd une figure de la vie publique, le département du Sud perd l’un de ses fils engagés et Maniche voit partir l’un de ses plus illustres ressortissants.
La nouvelle de sa disparition est d’autant plus douloureuse qu’elle marque la fin du parcours d’un homme qui aura consacré une grande partie de sa vie au service de l’État, à la transmission du savoir et à la chose publique.
Élu sénateur du département du Sud en janvier 2017 sous la bannière du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), Pierre François Sildor accéda à la présidence du Sénat de la République en janvier 2020, succédant au sénateur de l’Artibonite, le Dr Carl Murat Cantave. Cette fonction, l’une des plus importantes de la République, venait couronner un parcours professionnel et administratif déjà riche.
Car, contrairement à ceux dont la carrière commence et s’achève dans l’arène politique, Pierre François Sildor avait déjà fait ses preuves dans l’administration publique. Avant son entrée au Grand Corps, il avait consacré près de seize années de sa vie à l’Électricité d’Haïti (EDH), où il occupa notamment les fonctions de directeur financier, de directeur administratif et de directeur général.
Son parcours ne s’est toutefois pas limité à l’administration publique. Il a également travaillé dans le domaine de la coopération canadienne en Haïti et s’est investi dans l’enseignement universitaire. À travers cette autre dimension de sa carrière, il partageait avec les jeunes et les adultes son savoir, son savoir-faire et son savoir-être. Pour lui, l’expérience professionnelle n’avait de véritable valeur que lorsqu’elle pouvait être transmise aux générations montantes.
Un homme politique au-delà des clivages
Pierre François Sildor était aussi un homme politique. Mais ceux qui l’ont côtoyé retiennent surtout de lui un homme simple, accessible, conciliant et attaché au dialogue.
J’ai eu, en tant que ministre, l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises lors de séances de travail. Ces rencontres m’avaient permis de découvrir un homme profondément préoccupé par l’avenir de son pays et par la nécessité de construire une autre Haïti.
Dans une classe politique souvent traversée par les affrontements, les rivalités et les calculs, Sildor privilégiait, dans ses rapports avec ses interlocuteurs, le dialogue et la recherche de solutions. Son engagement politique ne saurait donc être réduit aux fonctions qu’il a occupées. Il faut également le considérer à travers son parcours de professionnel, d’administrateur, d’enseignant et de serviteur de l’État.
C’est précisément ce parcours pluriel qui donne à sa disparition une résonance particulière.
Une longue épreuve face à la maladie
Selon des proches de sa famille et de ses amis, Pierre François Sildor avait été victime d’un accident vasculaire cérébral en 2024. Son état de santé s’étant progressivement détérioré, il s’était rendu au Canada en août 2026 afin d’y recevoir les soins nécessaires.
Mais, après ce séjour médical, il regagna peu de temps avant son décès sa terre natale , Maniche, commune à laquelle il demeurait profondément attaché. C’est là, au milieu de ceux qui partageaient son histoire et dans cette ville qui l’avait vu naître, qu’il devait finalement rendre son dernier souffle.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ce retour aux sources. Après avoir servi son pays dans les grandes institutions de la République, après avoir connu les couloirs de l’administration, les amphithéâtres universitaires et les travées du Sénat, Pierre François Sildor est revenu à Maniche, là où tout avait commencé.
La boucle était ainsi bouclée.
Le Sud perd un de ses fils
Avec la disparition de Pierre François Sildor, Haïti perd un ancien président du Sénat et un cadre qui aura consacré plusieurs décennies à la vie professionnelle et publique. Le département du Sud perd un représentant qui avait porté sa voix au Parlement. Maniche, surtout, perd un fils profondément attaché à sa terre natale.
Son héritage ne se mesure donc pas uniquement aux fonctions officielles qu’il a exercées. Il se trouve aussi dans les responsabilités assumées au sein de l’administration publique, dans les connaissances transmises à l’université, dans les relations humaines qu’il a nouées et dans le souvenir qu’il laisse à ceux qui l’ont connu.
Les divergences politiques peuvent être nombreuses et légitimes dans une démocratie. Elles ne doivent cependant jamais nous empêcher de reconnaître, chez ceux qui ont servi la République, ce qui mérite de l’être : le travail accompli, l’engagement public, la disponibilité et le dévouement à la collectivité.
Un dernier adieu
Ce samedi 3 octobre 2026, à la paroisse Saint-Eugène de Mazenod, les funérailles de Pierre François Sildor ont réuni parents, amis, anciens collègues, personnalités politiques et membres de la communauté venus lui rendre un dernier hommage.
Dans cette église, les voix se sont élevées pour accompagner une dernière fois celui qui, pendant des décennies, avait consacré une partie de son existence à la chose publique.
Mais au-delà des discours et des cérémonies, il restera surtout le souvenir d’un homme qui a traversé plusieurs étapes de la vie nationale : l’administration publique, la coopération, l’université et finalement le Parlement. Il restera aussi l’image d’un fils du Sud qui, malgré les responsabilités nationales qui furent les siennes, n’a jamais cessé de garder un lien particulier avec sa terre natale.
Et maintenant, que restera-t-il de Pierre François Sildor ?
Il restera un nom dans les archives de la République, une signature dans l’histoire du Sénat, un parcours dans l’administration publique et un souvenir dans la mémoire de ceux qui l’ont connu.
Mais surtout, il restera cette leçon silencieuse que nous enseignent parfois les disparus : les fonctions passent, les titres s’effacent, les institutions changent, mais la trace laissée dans la vie des autres demeure.
Pierre François Sildor a quitté ce monde, mais son parcours continuera à rappeler qu’au-delà des batailles politiques et des querelles de circonstance, servir l’État devrait toujours signifier servir quelque chose de plus grand que soi.
À Maniche, sa ville natale, une page vient de se tourner.
Dans le Sud, une voix s’est tue.
Et en Haïti, une mémoire commence.
Adieu, Sénateur Pierre François Sildor.
Que la terre de Maniche, que tu as tant aimée, te soit légère.
