Thélyson Orélien — avant de comdamner, où sont les preuves?

Lorsqu’une accusation touche un écrivain, particulièrement lorsqu’elle concerne le plagiat ou l’utilisation de l’intelligence artificielle, une exigence devrait toujours primer : les faits, les preuves et la rigueur.

Thélyson Orélien — avant de comdamner, où sont les preuves?

Thélyson Orélien

Lorsqu’une accusation touche un écrivain, particulièrement lorsqu’elle concerne le plagiat ou l’utilisation de l’intelligence artificielle, une exigence devrait toujours primer : les faits, les preuves et la rigueur.

C’est dans cet esprit que je souhaite revenir sur les accusations visant le romancier haïtiano-canadien Thélyson Orélien.

Je ne demande à personne de croire aveuglément un écrivain. Je demande simplement que nous évitions de transformer un résultat informatique en verdict littéraire. J’évolue moi-même dans le domaine de l’intelligence artificielle. Je connais donc les possibilités extraordinaires de cette technologie, mais également ses limites. À ce jour, aucun détecteur d’IA ne permet de déterminer avec une certitude absolue qu’un texte a été produit par une intelligence artificielle.

Un détecteur analyse certaines caractéristiques statistiques et linguistiques d’un texte. Il ne connaît pas son histoire. Il ne sait pas qui a réellement écrit le premier brouillon, quelles corrections ont été apportées, quels outils ont éventuellement été utilisés ou dans quelles circonstances le texte a été produit.

Il faut surtout établir une distinction fondamentale : détecter une probabilité d’utilisation de l’IA et démontrer un plagiat sont deux choses complètement différentes.

Même Turnitin, l’un des outils les plus connus dans ce domaine, indique officiellement que son système peut produire des erreurs et que son résultat ne devrait pas constituer l’unique fondement d’une décision défavorable.

Les recherches scientifiques récentes vont également dans le sens de la prudence.

Une étude publiée en 2026 dans l’International Journal for Educational Integrity a évalué plusieurs outils de détection de textes générés par l’IA. Les chercheurs ont constaté des différences importantes entre les outils et des variations de performance selon les caractéristiques des textes. Les textes hybrides, combinant écriture humaine et assistance de l’IA, posent notamment des difficultés particulières.

Une autre étude publiée en 2025 dans Acta Neurochirurgica, portant sur 1 000 textes et trois détecteurs, a également montré que les performances des outils variaient selon les conditions. Aucun des systèmes étudiés n’atteignait une fiabilité de 100 %, et les chercheurs ont souligné le risque de faux positifs, c’est-à-dire de textes humains classés à tort comme générés par IA.

Une recherche publiée dans l’International Journal of Educational Technology in Higher Education a également étudié les limites des systèmes de détection et montré que certains textes ou contenus ayant bénéficié d’outils d’assistance à l’écriture peuvent être interprétés différemment par les détecteurs.

Ces études ne signifient pas que les détecteurs d’IA sont inutiles. Elles montrent quelque chose de beaucoup plus important : un détecteur peut constituer un signal qui mérite une vérification, mais son résultat ne devrait pas être transformé automatiquement en preuve définitive.

Un chiffre comme « 40 % », « 60 % » ou « 70 % IA » ne signifie d’ailleurs pas que 40 %, 60 % ou 70 % des mots ont été écrits par une machine. Il s’agit d’un résultat produit selon la méthodologie propre à l’outil utilisé.

Confondre ce score avec une preuve de l’origine du texte constitue donc une erreur méthodologique.

Et c’est précisément là que le débat autour de Thélyson Orélien mérite notre attention.

Lorsqu’un écrivain haïtien raconte l’histoire d’Haïti, il raconte une réalité qui peut être extrêmement violente, complexe et parfois difficile à croire pour quelqu’un qui ne connaît pas profondément cette histoire.

Notre peuple porte une mémoire marquée par l’esclavage, la révolution, les violences politiques, les catastrophes, l’exil, les crises sociales et les bouleversements historiques. Nos écrivains puisent naturellement dans cette mémoire.

Un récit peut être dramatique sans être artificiel.

Une histoire peut sembler extraordinaire sans avoir été écrite par une machine.

Une écriture peut être particulièrement structurée sans être générée par une intelligence artificielle.

Et surtout, la créativité d’un écrivain haïtien ne devrait jamais devenir, en elle-même, une raison de suspicion.

Je ne prétends pas que toute personne qui critique Thélyson Orélien est raciste. La critique littéraire est légitime lorsqu’elle repose sur des faits, des arguments et des preuves vérifiables. Mais il faut aussi avoir le courage de dénoncer certains comportements lorsqu’ils dépassent les limites de la critique et prennent la forme de préjugés, de mépris ou d’un racisme de mauvais goût.

Lorsqu’une plume haïtienne est systématiquement suspectée, discréditée ou ridiculisée simplement parce qu’elle raconte une histoire haïtienne avec sa propre voix, il devient légitime de s’interroger sur les préjugés qui peuvent se cacher derrière certaines attaques.

Ce n’est pas l’origine haïtienne de l’auteur qui doit être mise en accusation. Ce sont les méthodes, les arguments et les preuves de ceux qui l’accusent qui doivent être examinés.

Critiquer une œuvre est un droit. Humilier ou discréditer un écrivain en raison de son origine ne peut jamais être considéré comme une critique littéraire.

On peut contester un texte sans mépriser celui qui l’a écrit. On peut poser des questions sans nourrir les préjugés. Et lorsqu’une accusation est portée, elle doit reposer sur des preuves, pas sur des stéréotypes.

La question ne devrait donc pas être : « Qui est l’auteur ? »

La question devrait être : « Quelles sont les preuves ? »

Si quelqu’un accuse Thélyson Orélien de plagiat, qu’on montre les passages concernés. Qu’on identifie les sources. Qu’on compare les textes. Qu’on établisse les dates de publication. Qu’on examine les différentes versions disponibles. Qu’on présente les éléments permettant au public de vérifier les faits.

Mais si l’argument principal repose sur le résultat d’un détecteur d’intelligence artificielle, alors il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître les limites de cet outil.

Un algorithme peut poser une question. Il ne devrait pas rendre le jugement.

Nous sommes entrés dans une époque où l’intelligence artificielle peut produire, modifier, traduire et reformuler des textes en quelques secondes. Cette réalité impose aux journalistes, aux chercheurs, aux universitaires, aux éditeurs et aux institutions de développer de nouvelles méthodes de vérification.

Mais la réponse ne peut pas être de remplacer l’enquête humaine par un pourcentage.

La technologie doit accompagner l’enquête. Elle ne doit pas la remplacer.

Parce que demain, ce ne sera peut-être plus seulement un romancier qui sera concerné. Ce sera peut-être un étudiant, un journaliste, un professeur, un chercheur ou un autre écrivain dont le travail sera remis en question sur la base d’un résultat algorithmique.

Dans le cas de Thélyson Orélien, je ne demande ni privilège ni traitement de faveur. Je demande exactement l’inverse : la même rigueur qui devrait être appliquée à toute accusation littéraire.

S’il existe des preuves de plagiat, qu’elles soient présentées.

S’il existe des erreurs, qu’elles soient démontrées.

S’il existe des similitudes, qu’elles soient documentées.

Mais ne transformons pas un score algorithmique en condamnation.

La réputation d’un écrivain ne devrait pas être décidée par une machine.

Et la littérature haïtienne ne devrait pas avoir à demander la permission pour raconter ses propres histoires.

Avant de condamner une plume, vérifions les faits.

Avant de croire un algorithme, vérifions ses limites.

Et avant de transformer une suspicion en accusation, exigeons des preuves.

RÉFÉRENCES

Turnitin — Using the AI Writing Report

International Journal for Educational Integrity — Étude sur la fiabilité des détecteurs d’IA

Acta Neurochirurgica — Étude sur 1 000 textes et trois détecteurs d’IA

International Journal of Educational Technology in Higher Education — Recherche sur les détecteurs et l’écriture assistée par IA

https://link.springer.com/article/10.1186/s41239-025-00505-5