Vers la fin de la force multinationale en Haïti : aucune leçon tirée par les élites politiques

Le président du Kenya a annoncé la fin de la Mission Multinationale de Soutien à la sécurité en Haïti (MMS).

Par Alceus Dilson alceusdominique@gmail.com
11 sept. 2025 — Lecture : 3 min.
Vers la fin de la force multinationale en Haïti : aucune leçon tirée par les élites politiques

Contingent kenyan de la MMAS

Le président du Kenya a annoncé la fin de la Mission Multinationale de Soutien à la sécurité en Haïti (MMS). Pourtant, nos élites politiques refusent toujours d’admettre une vérité essentielle : la sécurité est avant tout endogène. Protéger une population exige de comprendre sa culture, sa manière de penser et de vivre.

Cette incapacité s’explique par une dépendance chronique que les chercheurs en relations internationales décrivent comme une forme de néo-colonialisme (Kwame Nkrumah, 1965). Les interventions étrangères ne visent jamais à construire une souveraineté durable mais à maintenir une dépendance structurelle. Depuis 1914, l’histoire haïtienne en est la preuve vivante.

Max Weber nous rappelle que l’État détient le « monopole de la violence légitime ». Or, en Haïti, ce rôle a été délégué aux forces étrangères au lieu d’être assumé par l’institution militaire et policière nationale. Les élites politiques préfèrent mendier des soldats venus d’ailleurs plutôt que de bâtir une armée de 22 000 à 30 000 hommes, pourtant souhaitée par une jeunesse prête à servir son pays.

Cette attitude illustre ce que Frantz Fanon dénonçait dans Les Damnés de la Terre (1961) : une élite nationale détachée du peuple, se comportant comme des « agents locaux de l’ancienne puissance coloniale ». Au lieu de répondre aux aspirations populaires, elle se contente de gérer la dépendance.

Même sur le plan économique, aucune décision structurelle n’a jamais été prise en faveur de la masse. La théorie de la dépendance (Andre Gunder Frank, 1967 ; Samir Amin, 1973) explique ce blocage : les pays périphériques comme Haïti restent volontairement piégés dans une économie d’importation et de mendicité internationale, pendant que leurs ressources naturelles et humaines sont sous-exploitées.

C’est dans ce contexte qu’il devient nécessaire de penser à un mouvement humaniste haïtien. L’Humanisme en Europe, apparu à la Renaissance au XVe siècle (vers 1450-1600), a profondément transformé la France. Il a mis l’accent sur la valeur de l’homme, la dignité humaine, la liberté de pensée et le progrès par la connaissance. En France, ce courant a préparé le terrain à l’esprit critique, à la science moderne, et plus tard aux Lumières du XVIIIe siècle, qui ont ouvert la voie aux grandes révolutions sociales et politiques.

Un humanisme haïtien, adapté à notre réalité, pourrait jouer un rôle similaire :

Redonner à l’homme haïtien sa valeur et sa dignité, aujourd’hui piétinées par les élites ;

Fonder la politique non pas sur la mendicité internationale mais sur la valorisation des ressources locales et du capital humain ;

Créer une vision collective où la jeunesse devient l’acteur central du développement national.

Haïti n’est pas pauvre par nature : elle est affaiblie par des dirigeants prisonniers d’une mentalité de dépendance. Mais un mouvement humaniste haïtien, comme celui qui transforma la France, pourrait redonner espoir, reconstruire l’État et replacer l’homme au cœur de la société.