L'intrusion des gangs armés à Kenscoff depuis plus d'un mois et l'occupation d'une bonne partie de la commune de Mirebalais par ces mêmes individus prouvent que le pays s'enfonce davantage dans la terreur. Dans la presse, sur les réseaux sociaux, voire dans les rapports des organismes internationaux comme l'ONU et ou des Ong locales des droits humains, on tente de fixer les responsabilités. Dans certains cas, la police nationale, se trouvant sur tous les fronts dans la lutte contre les gangs, est clouée au pilori. N'est-ce pas une mauvaise lecture de la réalité ?
Si les bandits sont si puissants aujourd'hui c'est parce qu'ils ont bénéficié dans le passé et aujourd'hui encore de la complicité des institutions - nationales et internationales ainsi que des autorités politiques qui devraient les combattre. On peut en ce sens revoir le contexte de création de la coalition des gangs Viv Ansanm. Ce fut un choix d'affaiblir la PNH au profit des gangs. Aujourd'hui, il faut avoir le courage de blâmer ceux et celles qui encourageaient la création de cette organisation criminelle sous prétexte qu'elle contribuait à réduire les cas d'homicide et de kidnapping à travers le pays. Si l'insécurité prend des proportions alarmantes dans plusieurs communes du pays, la faute n'est pas seulement aux faiblesses de la PNH. On dirait que les causes sont multiples.
*Des défaillances multiples : la PNH n’est pas seule en cause*
Il est facile de pointer du doigt la PNH comme principal responsable des échecs à Kenscoff, cependant cette approche simpliste occulte des réalités politiques et administratives bien plus larges. Durant trois mois, le chef du gouvernement a joué un rôle ambivalent en créant une instabilité interne au sein de la police. Cette ingérence politique a conduit à une pression constante sur le DG de la PNH, dont la gestion est devenue l’objet de controverses hebdomadaires, alimentant un climat de crise et de démoralisation parmi les forces de sécurité. Ce contexte interne fragilise gravement la capacité opérationnelle de la police, qui ne peut être tenue pour seule responsable de l’échec dans la commune de Kenscoff.
*Les limites des capacités opérationnelles de la PNH*
Au cœur des critiques, il est important de spécifier que la PNH n’est pas conçue pour mener des opérations de combat dans des terrains difficiles comme les plaines ou les mornes. La mission principale de la police nationale est de maintenir l’ordre public et de protéger les citoyens, et non de jouer un rôle militaire face à des groupes armés ou dans des zones de conflit urbain ou périurbain. La dualité des missions – police et armée – est une charge disproportionnée qui compromet l’efficacité de l’institution. Ainsi, imputer à la PNH la totalité des responsabilités à Kenscoff revient à occulter une absence de stratégie globale en matière de sécurité, tant au niveau national qu’international.
*L’implication d’autres acteurs militaires et internationaux*
La réflexion sur la sécurité nationale en Haïti ne peut ignorer la présence, ou l’absence, d’autres acteurs militaires. Par exemple, les Forces Armées d’Haïti (FAd’H), qui comptent environ 1300 soldats, restent une entité aux missions ambiguës et dont le rôle n’a pas été clairement défini ou mobilisé en temps de crise. De même, la force Multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya et composée d’environ 1000 soldats, dont l’intervention aurait pu apporter une aide précieuse, semble s’être estompée dans le contexte actuel. Le manque de véhicules et de troupes de combat promis par la communauté internationale renforce l’idée que la crise de Kenscoff est le résultat d’un système de sécurité défaillant, auquel se conjuguent tant des carences internes que des absences de soutien externe.
*Une responsabilité partagée des institutions politiques et internationales*
Le constat est sans appel : la situation à Kenscoff ne saurait être simplifiée à une problématique interne de la PNH. L’instabilité prolongée, la pression exercée sur les dirigeants de la police et la résolution contestable d’encourager la fédération des gangs armés démontrent que des responsabilités multiples se chevauchent. Le chef du gouvernement, par son obsession de remplacer le DG Rameau Normil et en instaurant un climat de méfiance généralisé, a contribué à fragiliser la cohésion interne de la PNH. Par ailleurs, l’absence d’une coordination efficace entre les différents acteurs – qu’ils soient nationaux comme les FAd’H, ou internationaux, tel que le manque de soutien matériel promis – participe à l’inefficacité globale de la réponse sécuritaire.
*La question de la sécurité nationale au cœur d’un débat politique
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Face à ce constat de dysfonctionnements, il semble impératif de poser, de manière claire et unanime, la problématique de la sécurité nationale en Haïti. La crise de Kenscoff offre une opportunité de repenser les stratégies sécuritaires, non pas en stigmatisant uniquement la PNH, mais en envisageant une réforme en profondeur qui inclurait une réorganisation des forces de l’ordre, une redéfinition des missions des acteurs militaires et un engagement renouvelé de la communauté internationale. En ce sens, la réfutation d’un rapport du BINUH qui, par ses affirmations, contribue à légitimer des politiques controversées, apparaît comme une étape cruciale pour rétablir la confiance du peuple haïtien dans ses institutions.
*Vers une reconstruction d’un dispositif de sécurité plus solide*
Il est désormais primordial d’ouvrir un débat large et inclusif, impliquant non seulement les responsables politiques et de la sécurité, mais aussi les partenaires internationaux. Un tel débat doit permettre de mieux définir les rôles respectifs des forces de police et de défense, d’instaurer une coordination efficace et de garantir des moyens matériels suffisants. Le cas de Kenscoff démontre qu’une approche fragmentée, où chaque institution est isolée et mise sur le dos d’un seul acteur, ne peut aboutir à une solution viable et durable. C’est donc en adoptant une vision d’ensemble, en reconnaissant à la fois les erreurs de gestion gouvernementale et les limitations structurelles de la PNH, que la question de la sécurité nationale pourra être réellement abordée.