La patrie, terre héritée des ancêtres au prix d'énormes sacrifices s'agissant surtout de celle d'Haïti, mérite l'amour de tous ses enfants (filles et fils) qui doivent travailler à sa grandeur et sa prospérité. Ils doivent être prêts à se sacrifier pour elle en cas d'impérieuse nécessité. Pourtant, notre coin de terre regorge d'apatrides compte tenu des attitudes et comportements de plus d'un.
Si le problème de l'être haïtien est avant tout anthropologique comme le constate l'historien Michel Sukar, il se manifeste à tous les niveaux de la sphère sociale : la classe politique, si c'en est une, les possédants dont la quasi-totalité ne lésine pas sur les moyens de faire fortune et même au niveau des masses où se recrutent des écervelés dépourvus de bon sens. En voici les évidences.
L'apatridie est un mal qui s'origine à l'aube de la création de l'Etat haïtien. L'élimination de l'empereur est à la fois un parricide et un magnicide. Si Oedipe avait tué son père pour épouser sa mère afin que l'espèce ne dégénère pas; le père-fondateur a été éliminé au profit d'intérêts mesquins ou de groupes mais non pour une réorientation politique au bénéfice de l'intérêt général. En effet, si les soldes de plus de trois mois des soldats ont pu être liquidés après l'élimination brutale et d'une sauvagerie innommable de Dessalines, on peut soupçonner la main étrangère derrière ce sacrilège. Les commerçants, étrangers aussi bien que locaux, avaient maille à partir avec la politique commerciale de Dessalines. De là, à financer son assassinat il n'y a pas l'ombre d'un doute. Les hommes sont généralement mus par l'intérêt et non par des idéaux qui font transcender.
Plus loin, Fabre Nicolas Geffrard avait appel aux anglais pour neutraliser Sylvain Salnave qui dirigeait une révolte contre son admimistration. Michel Domingue et son neveu, Septimus Rameau, cherchaient à se sauver en emportant avec eux des deniers publics volés. Même si ce dernier a été tué lors de cette tentative; on ne peut pas dire que les deux ont fait honneur à la patrie de les avoir élevé en dignité.
Sous Florvil Hyppolite, à la faveur de la construction d'importants ouvrages publics, des particuliers malhonnêtes se sont enrichis au dépend de l'Etat. Encore un crime de lèse-patrie.
Lors des affrontements politiques entre les partisans de Nord Alexis et ceux d'Anténor Firmin, un farouche partisan de ce dernier, l'amiral Killick s'est explosé avec le bateau de guerre la Crête-à-Pierrot dès suite d'une menace et interférence étrangères.
La descente aux enfers du pays au cours de la période 1912-1915 à cause de l'instabilité politique qui a pris des proportions incontrolables et de la dérive des cacos, témoigne de l'incivisme des uns et des autres. Dès lors, il était possible de donner crédit aux déclarations les plus farfelues comme : "ce peuple n'était pas prêt pour l'indépendance", l'indépendance a été prise trop tôt", les noirs ne comprennent pas l'idée de gouvernance sans le despotisme", etc.
Survint la première occupation de 1915. Les collaborationnistes n'ont eu aucune gène avec l'occupant, convaincus que le salut d'Haïti ne dépendait pas des Haïtiens. Cette vision transcendatale les a amené à ne point se battre pour le sauvetage national.
Toujours à propos de l'occupation américaine, Sukar a relaté le cas d'un patriote répondant au nom d'Antoine Pierre-Paul. Ce dernier lui racontait sa mésaventure en 1969 alors qu'il était agé de quatorze ans. Une histoire, nous dit Sukar, qui a contribué pleinement à la formation de son caractère. Pierre-Paul, dit-il, menait, avec quelques compagnons, une attaque contre une base américaine le 5 janvier 1916. Trahi ou dénoncépar un de ses proches, il a dû prendre le maquis. Fatigué de devoir passer le restant de ses jours dans le marronnage (il en était déjà à 265 jours), Pierre-Paul, après avoir alerté les médias, a décidé de se rendre. Il est reçu par le colonel Waller qui lui a raconté de fil en aiguille comment toute l'histoire s'est passée. Un certain Cicéron Dimanche, un de ses compagnons de lutte était venu vendre la mèche pour la modique somme de 40 dollars américains. Le colonel a tenu à bien faire comprendre à Pierre-Paul qu'à sa place il aurait également pris les armes si son pays se trouvait dans une situation similaire à celle d'Haiti. Il lui a bien fait comprendre que ce sont ses frères haitiens qui sont le vrai problème. Certains n'ont même pas besoin d'être monnayés, il suffit qu'il les reçoive en audience pour qu'ils prennent de la hauteur sur leurs concitoyens (la blancomanie des haïtiens est presque proverbiale). Le colonel lui a dit que ses expériences aux Philippines et à Cuba ne se sont pas passées de la sorte. Il leur était difficile de trouver un espion dans ses deux pays.
Cette propension à la bassesse est atavique et c'est l'une des tares de l'esclavage. Il faut réhabiliter l'être haïtien du point de vue du caractère.
Et, pour faire le parallèle avec le cas précédent, on a vu, il n'y a pas longtemps, une vidéo où des brigands qui viennent de saccager, piller puis bruler des édifices déclarer "on l'a fait tel que le blanc le demande". Une telle sortie met fin aux spéculations : une frange de ce qu'on appelle la communauté internationale est derrière toutes les terreurs que nous font subir d'autres haïtiens vendus. Ces âmes damnées ont l'air de ne rien comprendre. Comment peut-on faire autant de mal à ses congénères sans que ce soit une bataille idéologique (là au moins, on aurait un peu compris). Les bandits ne font que s'offrir un luxe d'apparat après s'être affranchis de leurs géniteurs (délinquants politiques et l'aile mafieuse du secteur privé).
Le mouvement "pays lock" du secteur politique couplé à la concurrence déloyale que se font des potentats du secteur privé a conduit à la prolifération des armes dans les quartiers populaires. Des caïds ont émergé, extorquant, détruisant, kidnappant, violant, tuant impunément.
Qu'est-ce qui peut pousser les bandes criminelles inféodées dans la structure "viv ansanm" sous la commande de Jimmy Chérisier à agir tel qu'elles le font? Comment peut-on sombrer dans l'aberration avec une phraséologie qui charrie certaines aspirations populaires tout en chassant les gens de leurs quartiers?
A ces questions, l'éducation civique semble avoir des réponses. C'est que le problème réside dans la formation des coeurs et des consciences. La formation civique et morale doit être inculquée dès l'enfance jusqu'à l'age adulte. Sans même les rudiments d'éducation civique, la notion de patrie ne veut rien dire. Si l'homme est un projet à la naissance, sans prise en charge il peut devenir n'importe quoi.
Dans un élan de tentation démagogique, certains diront que ces brigands étaient des "laisser pour compte". Si on admet qu'ils ont été embrigardés pour faire ce qu'ils font pourquoi persistent-ils dans cette voie sans issue?
En tout cas, seul un nouveau départ peut nous permettre de rebattre les cartes, repenser l'Etat dans ses fondements institutionnel, territorial, social, économique et culturel. Après quoi, il sera possible d'inculquer le sentiment patriotique aux gens; ce qui leur portera à aimer leur patrie et à se dévouer à son service.