Trump et la nouvelle géopolitique : de l’expansionnisme au nom du messianisme

Canada, Groenland, canal de Panama, golfe du Mexique sont dans la loupe du rêve expansionniste américain si l’on tient aux récentes déclarations de Donald Trump élu des présidentielles américaines du 5 novembre 2024.

Par Hancy PIERRE
23 janv. 2025 — Lecture : 6 min.

Canada, Groenland, canal de Panama, golfe du Mexique sont dans la loupe du rêve expansionniste américain si l’on tient aux récentes déclarations de Donald Trump élu des présidentielles américaines du 5 novembre 2024.  En effet, ce dernier s’élance comme un nouveau leader charismatique et s’énorgueillit de vouloir continuer à faire de l’Amérique une grande nation. Ce qui tient lieu de credo qui lui a permis de ravaler de manière spectaculaire les votes des électeurs Américains. Il n’est pas le premier à s’impliquer dans ce chantier. Tout près de nous, Ronald Reagan a eu la même aura tout en défiant l’Establishment. Trump, lui, se serait considéré comme un envoyé de Dieu et sa candidature a eu un effet de suggestion de sorte à envouter ses partisans. Delà, il se range dans la lignée des prophètes, une qualité conférée aux hommes d’Etat américains qui sont considérés comme des Elus de Dieu appelés à sauver les autres peuples. Cela participe à asseoir la super puissance des Etats Unis et à le faire interférer en conséquence dans les affaires internes des autres Etats voire assurer un expansionnisme au nom du prophétisme inhérent à la gouvernance américaine réellement existante.

« Make America great again » est lequel credo qui attise et électrise le peuple mené par son « sauveur ». Donald Trump, sans être encore intronisé comme président pour le deuxième mandat exhibe déjà une volonté de puissance. Ce n’est pas la marque de monarques qui eut à les faire personnaliser Dieu sur la  terre au regard d’une vieille conception du pouvoir politique d’avant la séparation du pouvoir politique du religieux. Il s’agit maintenant d’une mouvance politique issue d’une ambiance de crise de discours qui anime l’émergence d’un nouveau messianisme dans un Etat réputé avoir des institutions démocratiques solides. Cependant, il y a lieu de mettre en relief l’essence d’expansionniste des Etats Unis d’Amérique avant même le statut d’Etat indépendant,

Il est courant de remonter la position impérialiste ou des ambitions hégémoniques des Etats Unis vis-à-vis du reste de la région des Amériques à la doctrine de Monroe ; cette position fut plutôt inhérente à l’émergence de cette nation qui se croit être choisie par la Providence pour conduire la destinée de l’humanité. Déjà en 1767, soit une dizaine d’années avant l’indépendance des treize colonies américaines, le secrétaire Steward postula ce qui suit : « les Etats Unis ont alimenté constamment la croyance qu’un jour ils peuvent acquérir les Iles par les moyens justes et légaux et le faire dans le cadre du consentement de l’Espagne elle-même ». James Garfield renchérit que les Etats Unis devaient faire en Amérique ce que l’Europe était en train de faire en Afrique et en Asie. Finalement son secrétaire d’Etat James Blaines n’a admis que Puerto Rico avant même le prétexte de la guerre hispano-cubaine « il me parait que seulement trois lieux principaux sont d’une grande valeur pour les prendre qu’ils ne soient pas continentaux. Il s’agit d’Hawaï, les autres sont bien Cuba et Puerto Rico »(Gotay, 1984-1985).

  Aussi Thomas Jefferson n’eut-il pas déclaré ce qui suit : » l’océan était libre à tout homme et les fleuves à tous les habitants ». A l’époque le droit de naviguer était interdit aux Etats Unis au golfe du Mexique. L’accès direct au golfe du Mexique et à la mer des Caraïbes eut déjà garanti un meilleur positionnement pour les Etats Unis comme puissance émergente. A l’heure actuelle le président Elu a la prétention de rebaptiser le golfe du Mexique en Golfe des Amériques. La mer des Caraïbes fait un gain de 4,310,000 km2  avec des transactions de toutes sortes et une zone stratégique , beaucoup plus importante que la méditerranée avec ses 2,992,000 km2.Plus d’un voit en cette posture la rédemption d’un colonialisme étouffé dans les méandres des valeurs démocratiques de façade. L’épisode des présidentielles américaines de 2024 vient alors soulever ce voile .

  L’acquisition de la Louisiane et des Florides constitua préalablement à la Doctrine de Monroe des avatars expansionnistes qui ont eu déjà hanté la jeune nation dans sa genèse. En effet, après la guerre des 7 ans (1756-1763), les Nord-Américains pratiquaient déjà un sous expansionnisme que la Grande Bretagne avait essayé de contrecarrer (Reinhard, p 100). Le Canada qui est étrangement convoité comme 51e Etat dans les déclarations de Trump n’eut jamais été en guerre avec les Etats Unis même quand plusieurs conflits eurent survenu entre eux. Par exemple,  on peut noter que des forces américaines d’alors ont occupé 90% du Québec durant la guerre des 7 ans. L’idée d’une révolution continentale eut été évoquée dans les luttes indépendantistes menées par les colonies américaines selon le professeur Nathan Ince.  Les Etats Unis avaient eu à revendiquer des territoires se trouvant aux côtes du Pacifique par exemple, en l’occurrence de los Angeles à San Francisco en incluant la Californie et par ricochet l’Arizona et la Nevada alors non côtiers, étant dans les proximités de la Californie. Le même littoral convoité permet aussi de considérer son expansion jusqu’aux Etats d’Alaska et d’Hawaï.

La conquête de l’ouest s’ajoute aux projets expansionnistes des Etats Unis en s’appropriant 2.2 millions Km2 des territoires de Mexique après 1848 . L’avatar pour une appropriation symbolique du golfe du Mexique vient soulever de grandes préoccupations pour le Mexique qui se nourrit de valeurs anti-interventionnistes. Quant au Panama, les déclarations relatives au retour du contrôle du canal par les Etats Unis lui renvoient aux veines ouvertes qui lui ont couté l’asservissement de 1914 à 1976. Alors que la caraïbe fut un espace désintéressé sur le plan politique à l’ère de la présidence de James Carter (1976-1979) dans le respect de la souveraineté de chaque Etat en particulier, les menaces de Trump coïncident à la période où est survenu le décès de Jimmy Carter.On dirait que Carter s’en est  allé avec ce projet.

Une nouvelle carte géopolitique tend à se définir au retour de Donald Trump en 2025 et  qui annonce déjà les couleurs en interpellant tout Etat à se responsabiliser pour sa propre défense ainsi que les Etats associés à l’OTAN.Tout projet d’intégration vient être renversé, c’est le cas de l’ALENA qui avait réuni les Etats Unis, le Canada et le Mexique). Dans le cours de l’histoire diplomatique des Etats Unis, il a été déclaré la fin de l’Amérique Latine. Le secrétaire d’Etat du président Nixon, Henry Kissinger, disait que l’Amérique latine est une abstraction. Selon lui, Washington ne devait pas avoir de politique globale à l’égard du sous-continent mais des relations bilatérales avec des pays individualisés

Hancy PIERRE, spécialiste en Relations Internationales

Repères bibliographiques

Rejean BLAIS « Quand les soldats américains ont envahi le territoire canadien « https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2131677/frontieres-etats-unis-canada-trump (consulté en ligne le 10 janvier 2025).

Sous la direction de Watson DENIS, Haïti, la CARICOM et la Caraïbe, questions d’économie politique, d’intégration économique et de relations internationales, C3 Editions, Haïti 2018.

Samuel Silva GOTAY, “ la iglesia protestante como agente de americanizacion en Puerto Rico: 1898-1917” in  Emilio Jorge RODRIGUEZ y OTROS Anales del Caribe del Centro de Estudios del Caribe no 4-5, Havana 1984-1985. p36-69.

Bernard LAVALLE, l’Amerique espagnole de Colomb à Bolivar, Editions Berlie, Paris 1993.

Pablo MARINEZ , el caribe bajo las redes politicas norteamericanas, Coleccion Historia y Sociedad no 78, Editora Universitaria de la Universidad Autonoma de Santo Domingo, Republica Dominicana, 1987.

-Mario MENENDEZ, Cuba, Haïti et l’interventionnisme américain. Un poids, deux mesures, CNRS Editions, Paris 2005.

-Sous la direction de Guy PIERRE, Histoire économique de la Caraïbe (1880-1950), Economies sucrières, systèmes bancaires et dette externe, modèles de développement et rivalités impériales, Editions de l’Université d’Etat d’Haïti, Haïti , 2012.

Sebastian SEIBTCanada, Groenland, canal de Panama :folie des grandeurs d’un Trump expansionniste ? https://www.france24.com/fr/am%C%A9riques/20250108-canada-groenland-canal-de-panama-folie-des-grandeurs-d-un-trump-expansionniste (Consulté en ligne le 10 janvier 2025)