A partir des échanges que nous avons eus avec certains experts des questions électorales, nous allons livrer nos impressions sur les élections à venir mais dans une perspective pas du tout reluisante.
Réagissant sur l'article 3 de l'arrêté nommant les membres du Conseil électoral provisoire (CEP), lequel article définit le mandat dudit Conseil, nous émettons quelques réserves quant à la possibilité de boucler toutes ces étapes par rapport au temps qui reste à courir, soit 13 mois très exactement.
Le CPT prévoit de passer le pouvoir à un président élu le 7 février 2026. Pour y parvenir, une véritable course contre la montre devrait s'engager. Au regard de ce qui se passe actuellement, on n'a pas cette impression. Le pouvoir procrastine un peu, sinon, trop. On dirait qu'il s'imagine avoir une éternité devant lui.
Le premier point de l'article 3 stipule que le CEP a pour mandat d'organiser le référendum constitutionnel afin de doter le pays d'une nouvelle constitution. Pour nous, c'est un chantier important. On ne se lève pas un bon matin pour décréter un référendum. De plus, nous nous demandons quelle est la teneur de cette nouvelle constitution? La population ne devrait-elle pas savoir ses tenants et aboutissants pour pouvoir voter en connaissance de cause? A quand exactement la tenue de ce référendum? Qu'adviendrait-il si le peuple rejette ce projet de constitution? Autant de questions qu'il faudrait élucider si on veut avoir le cœur net et ne pas sombrer dans un aventurisme politique au résultat improbable. Le dispositif à mettre en place pour réaliser un référendum prend énormément de temps. D'abord la fameuse constitution qui s'amène n'est pas encore prête. Puis, il faudra une campagne nationale de communication. Il faudra aussi vendre les grandes idées contenues dans cette constitution. A l'état, rien ne laisse croire qu'on a assez de temps pour accomplir tout ça. Si en 1987, le peuple a voté oui pour la constitution qui lui a été proposée dans la plus grande ignorance, il ne peut pas en être ainsi en 2025, car les enjeux sont multiples.
Tout compte fait, le référendum est un préalable. Le deuxième point du même article fait état de la préparation du décret électoral ainsi que le calendrier des prochaines élections. Nous pensons que pour donner suffisamment de temps aux candidats, on devrait être au processus de lancement des inscriptions des candidats. Un candidat à la présidence devra parcourir tout le territoire national, il aura moins de temps pour le faire après l'organisation du référendum qui n'est même pas encore lancé. Aura-t-on des élections bouyi-vide? En Haïti, le défaut du fair-play électoral donne lieu à des crises. Si en 2025, on ne parvient pas à organiser de bonnes élections, on aura encore des crises qui génèrent de l'instabilité.
Jusqu’ici, nous n'avons pas touché le problème le plus urgent du moment : l'insécurité. Pour des élections réussies, il faut la libre circulation des personnes. La bataille contre l'insécurité n'est toujours pas gagnée. Nous sommes face à un défi majeur. Le pays a besoin d'autorités légitimes pour se relancer et sortir du cercle vicieux de la violence, de la misère et de l'instabilité. Mais, à tout prendre, l'organisation des élections générales pour fin 2025 semble un pari difficile, une mission presqu'impossible. Nous souhaitons ne pas avoir raison.
Nos recommandations…
Il faut sans tarder procéder au renforcement institutionnel du Conseil électoral provisoire surtout dans sa base opérationnelle. La dernière élection que le CEP a organisée remonte à 2017. Entre temps, beaucoup de choses ont changé. Une bonne partie du personnel étant démobilisé ou volatilisé, il devient difficile de faire bouger les choses. L'administration électorale ne peut être activée qu'au besoin. Elle doit être fonctionnelle en permanence. Elle doit disposer de ressources humaines compétentes couplées aux ressources matérielles et techniques. Les opérations électorales sont l'apanage des directions techniques du CEP en général et non des neuf Conseillers électoraux qui paraissent les plus importants aux yeux des leaders et des acteurs politiques. En principe, les Conseillers électoraux ne devraient pas s'impliquer ou s'immiscer directement et sous aucun prétexte dans les opérations électorales. Des dispositions doivent être prises immédiatement pour que l'institution électorale soit renforcée avant le démarrage effectif des opérations électorales, c'est une nécessité et le public doit être tenu informé. Il est temps de remettre en marche cette machine trop longtemps dysfonctionnelle.