Pathologie psychiatrique et syndrome de la peur ?

Radicalisme violent des bandits En abordant ce sujet de l’actualité nationale, l’action criminelle des bandits armés, notre intention ne sera pas d’entretenir la situation de crainte et de peur déjà récurrente au sein de la population ; mais nous allons approcher le phénomène à partir d’une réflexion qui tienne compte de la violence ayant marqué notre histoire de peuple.

Par Jean-Marie Beaudouin
17 déc. 2024 — Lecture : 5 min.

Radicalisme violent des bandits

En abordant ce sujet de l’actualité nationale, l’action criminelle des bandits armés, notre intention ne sera pas d’entretenir la situation de crainte et de peur déjà récurrente au sein de la population ; mais nous allons approcher le phénomène à partir d’une réflexion qui tienne compte de la violence ayant marqué notre histoire de peuple. Certaines personnes avisées parleront même d’un état d’esprit qui incarne la culture de la violence en Haïti. En ces lieux de réflexion intellectuelle et d’analyse diachronique des expériences, il faut s’armer de courage pour dire ce que l’on croit être représentatif, ou encore dire la vérité toute crue. Toutefois, il serait opportun d’établir un parallèle dans l’ordre évolutif des expériences entre la violence des siècles passés et la violence actuelle. Parallèle que nous considérons comme une bonne tisane pouvant apaiser la tension et l’émotion auxquelles la population civile est en proie depuis la nouvelle fournée de violence physique que nous situons dans le sillage de l’année 2021. Voici, en substance, une brève chronique de la violence exercée en Haïti dans les temps passés et dans les temps présents.

Expériences de violence au 19e siècle – Groupe des paysans armés (1807) sous la direction de Goman ou la révolte de Goman, de son vrai nom Jean-Baptiste Perrier. Les Piquets (1844) sous la direction de Jean-Jacques Acaau. Les Zenglen – Zinglin (1865) sous la direction du président Sylvain Salnave, pour ne citer que ceux-là. 

Expériences de violence au 20e siècle – Les Cacos (1911), sous la direction de Charlemagne Péralte. Les Macoutes/VSN (1958), sous la direction du président François Duvalier et de son fils Jean-Claude. FRAPH (1993), sous la direction d’Emmanuel Constant, alias Toto Constant, pour ne citer que ceux-là. 

Expériences de violence au 21e siècle – Les Chimères/Chimè (2001), sous la direction du président Jean-Bertrand Aristide. Ce groupe de bandits, plus connu sous le nom lapidaire « Rat pa kaka », s’opposait au groupe dénommé « Grenn nan mouda », sous la direction du Groupe des 184, auquel se joignait une frange de l’oligarchie dominante, pour ne citer que ces deux groupes les plus populaires ayant marqué la conscience collective haïtienne au début du nouveau millénaire, en attendant d’arriver au phénomène des groupes extrêmes paranormaux qui font l’objet du présent article, c’est-à-dire les bandes armées illégales, composées essentiellement de malfrats.

Spéciale expérience de violence ecclésiastique – Sous le régime concordataire, l’Église constantinienne-nicéenne, soutenue par des élites haïtiennes et le Gouvernement, a exercé la violence massive, qui est la sienne, contre le vaudou haïtien. Sous son vocable « Campagne antisuperstitieuse », elle a mené trois (3) croisades majeures contre le peuple vaudou : Campagne antisuperstitieuse de 1896 à 1901, campagne antisuperstitieuse 1911 – 1912 et campagne antisuperstitieuse 1939 - 1942. La violence contre les masses haïtiennes était donc le seul but du Concordat de 1860. 

Voilà un échantillon de groupes armés illégaux qui ont exercé la violence au nom d’une cause, dont la nature reste indéterminée. Les révoltes de Goman et d’Acaau se distinguent par leur engagement convictionnel tendant à un large et profond changement structurel et institutionnel, dont on ne peut que louer leur mérite. Les paysans constituaient alors la base sociale dans le cadre de l’organisation militante qui visait la transformation de la société au moyen de nouvelles valeurs vis-à-vis de la nomenclature traditionnelle. Le désarmement en milieu paysan avait été l’un des objectifs principaux de l’occupation impérialiste américaine de 1915 avec, bien sûr, l’appui de la bourgeoisie élitiste de l’époque. Ce n’était pas cher payé pour la sécurité de ses membres perchés dans les quartiers huppés. Dès l’aube de sa naissance, la bourgeoisie haïtienne aligne chez elle l’insouciance, la cupidité et la paresse.

Vers l’été de 2021, apparaissent sur la scène les nouveaux bandits et gangs armés ainsi connus. Contrairement aux groupes armés précités qui agissaient sous l’autorité d’un maître ou d’un commandant, les malandrins et les voyous actuels n’ont ni maître ni commandant. La rumeur selon laquelle ils auraient été commandités par certains partis et organisations politiques, par certains membres du gouvernement de la République et par certaines personnes de la bourgeoisie possédante ne convainc pas. La presse d’opinion qui en a fait l’écho ne présente pas de preuve matérielle probante qui soutienne une telle accusation. L’auteur du propos ne s’étonne pas puisque notre système d’éducation délivre un enseignement approximatif, notre système de gouvernement est toujours au rabais, et nos institutions sont bancales pour l’essentiel. La presse et les médias méritent un coup de balai à passer devant leur propre porte. La presse libre comme la liberté d’expression et d’opinion ne sont pas en quelque sorte une licence, croit-on savoir.

Voici, en condensé, l’œuvre funeste des san manman et des voyous qui mettent Port-au-Prince à feu et à sang, et, dans un moindre degré, tout le département de l’Ouest. Déplacements massifs de la population martyrisée à marche forcée, chaque jour ; meurtres, assassinats et tueries collectives chaque jour ; incendie des maisons, vols, pillages, viols, actes de déviance caractérisée chaque jour et actes d’enlèvement/kidnapping chaque jour. Toutes ces actions criminelles sont commises particulièrement contre le peuple des classes populaires. Sans l’ombre d’un doute, on peut donc écrire sur le tableau des massacres : l’action criminelle des nouveaux bandits et des gangs armés est sans précédent dans l’histoire nationale. Ils ont écrit eux-mêmes leur nom au Musée de l’Horreur : « Kraze baryè, 400 Mawozo, G9 an Fanmi/Babekyou, Lanmò san jou ». Ils sont au nombre de 76 gangs armés selon des données statistiques. 

Il est vrai que la puissance publique de l’État d’Haïti, qui détient d’office les forces coercitives et répressives au nom de la loi et du droit national, se montre incapable de tenir en respect les voyous et donc incapable aussi de savoir et prévoir la fin du chaos créé par les bandits armés. Face au volcan toujours en éruption que représentent les bandes armées qui opèrent comme des monstres et des catastrophistes, ces recommandations suivantes s’imposent. D’abord, il nous paraît incroyable et inimaginable que des natifs de nos terres puissent atteindre un tel degré de diabolisation luciférienne sans qu’ils ne soient pas mentalement malades. En conséquence, si d’aventure les forces de l’ordre public parviennent à les arrêter, les bandits des gangs ainsi connus doivent être conduits directement à un asile psychiatrique pour y être diagnostiqués et y recevoir les soins que leur cas requiert. Parallèlement, le parquet y enverra ses enquêteurs pour y recueillir les informations et les témoignages en vue de préparer un dossier pour chacun des monstres respectivement. Le rapport médical des experts déterminera quand leur cause peut être entendue devant une cour criminelle. L’État doit également mobiliser une bonne équipe de médecins psychiatres, des professionnels psychologues et psychanalystes en vue de soigner la population traumatisée, pour la plupart à faible revenu.

Tel est notre CQFD au sujet de la pathologie collective qui s’empare durablement de nos malandrins, de nos san manman, de nos voyous, de nos bandits et de nos gangs : ces noms lapidaires leur conviennent. Ils font quand même partie intégrante de la société, du pays national pour ainsi dire. Nous ne pensons pas non plus que les déchoir de la nationalité haïtienne serait la bonne solution, si les autorités légalement constituées avaient envisagé la déchéance.

Décembre 2024 ; coifopcha@yahoo.fr