Perspectives bibliques sur l'avortement et sur le commencement de la vie

Le 1er septembre 2021, l'écrivain américain John Fugelsang tweeta une réflexion ainsi paraphrasée : « Jésus ne s'est jamais prononcé sur l'avortement, mais c'est le seul sujet qui peut amener des disciples de Jésus à voter contre tout ce que Jésus a prôné.

Par Paul Jérémie
04 nov. 2024 — Lecture : 8 min.

Le 1er septembre 2021, l'écrivain américain John Fugelsang tweeta une réflexion ainsi paraphrasée :

« Jésus ne s'est jamais prononcé sur l'avortement, mais c'est le seul sujet qui peut amener des disciples de Jésus à voter contre tout ce que Jésus a prôné. » En effet, le Jésus des évangiles officiels n'a jamais enseigné sur l’avortement. Pas de directive non plus au sujet des LGBTQI. Rejetant l’hypocrisie, et prônant l'inclusion équitable, Jésus a prescrit la règle d’or pour toute loi.

« En toute chose, faites pour les autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent ; ceci résume [les enseignements de] la Torah et des prophètes. »

Matthieu 7:12

Une variante de la règle d’or universelle est « d'aimer son prochain comme soi-même », ainsi prescrite dans le livre du Lévitique.

« Oublie les torts que les gens te causent et ne cherche pas à te venger. Aime ton prochain comme toi-même... »

Lévitique 19:18

Selon l'auteur de l'évangile attribué à Jean, la pratique de la règle d'or définit, théoriquement, les disciples déclarés de Jésus.

« À ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. »

Jean 13:35

Si Jésus ne se positionne pas sur cette question brûlante, le(s) auteur(s) du livre des Nombres parle(nt) de l'avortement et d'une circonstance qui le justifie.

« Il arrive qu'une femme soit infidèle envers son mari et ait des relations sexuelles avec un autre homme. Son péché peut être caché à son mari afin qu'il ne sache pas le mal qu'elle a commis. Peut-être que personne ne l'a vue et qu'elle n'a pas été prise en flagrant délit. Mais si son mari éprouve des sentiments de jalousie et soupçonne qu'elle l'a trompé, qu'elle l'ait fait ou non, il devrait l'emmener chez le prêtre... pour déterminer si elle est coupable.

Le prêtre amènera la femme et la fera comparaître devant Yahvé. Il prendra de l'eau bénite dans un vase d'argile et il mettra dans l'eau un peu de terre du sol de la Tente Sainte. Le prêtre lui fera prêter serment et lui demandera : ' Un autre homme a-t-il eu des relations sexuelles avec vous ? Avez-vous été infidèle envers votre mari ? Si ce n’est pas le cas, cette eau amère, porteuse de malédiction, ne vous fera pas de mal. Mais si vous avez été infidèle envers votre mari et vous avez eu des relations sexuelles avec un autre homme que lui, Yahvé fera en sorte que le peuple vous maudisse et vous rejette lorsqu'il vous fera avorter et fera gonfler votre ventre. Que cette eau de malédiction entre dans votre corps pour que votre ventre gonfle ou que vous fassiez une fausse couche!'

Alors, la femme doit dire : 'Amen. Qu’il en soit ainsi.’ »

Nombres 5:12-22

Selon le passage précédent, l'avortement est justifié si la grosesse résulte de l'adultère. À plus forte raison est-il légitime dans les cas d'abus sexuels comme dans le viol et l’inceste. Et, compte tenu de la règle d’or, l'interdiction de l’avortement lorsque la grosesse menace la vie de la mère est injuste et cruelle. En d’autres termes, interdire l’avortement dans tous les cas sans exception est une position personnelle extrême sans base biblique.

Concernant le commencement de la vie, cette question complexe n’est pas abordée de manière uniforme dans la Bible. Aucune nuance n'est faite entre vie intra-ovarienne, vie intra-utérine et vie juridique ; cette dernière commençant à la naissance. Considérant la peine capitale infligée à Onan, une figure mentionnée dans le livre de la Genèse, il y a lieu de penser que même le spermatozoïde est un être vivant. Toutefois il faut souligner qu'aucun auteur biblique ne l'affirme explicitement.

« Juda dit à Onan : Accomplis ton devoir de proche parent du défunt : unis-toi à ta belle-sœur pour donner une descendance à ton frère. Onan savait que les enfants qui naîtraient ne seraient pas pour lui. Chaque fois qu’il avait des rapports avec sa belle-sœur, il laissait tomber sa semence à terre pour éviter de donner une descendance à son frère. Son comportement déplut à Yahvé qui le fit mourir. »

Genèse 38:8-10

N'est-ce pas une certaine interprétation du châtiment de Onan qui explique la prohibition de la masturbation et de la contraception par les dirigeants des églises judéo-chrétiennes ? Question ouverte pour les intéressés.

Si on met de côté les interprétations, force est de constater que les auteurs bibliques se prononcent sur le commencement de la viabilité plutôt que sur le commencement de la vie. Selon l’auteur du livre de l’Ecclésiaste, personne ne sait vraiment quand la vie commence. Cependant, ses propos suggèrent que la viabilité commence non pas à la conception mais lorsque le fœtus est en chair et en os.

« Vous ne savez pas comment l'esprit anime les os dans le ventre d'une femme enceinte... »

Ecclésiaste 11:5

Pour le(s) auteur(s) du livre de l'Exode, la provocation violente d'une fausse couche n'est pas considérée comme un dommage. Ils suggèrent ainsi que le fœtus n'est pas une entité viable ni digne de défense.

« Lorsque des gens qui se battent blessent une femme enceinte au point de provoquer une fausse couche, sans qu'aucun autre préjudice ne s'ensuive, le responsable sera condamné à l'amende exigée par le mari de la femme, en payant le montant déterminé par les juges. Si un préjudice s'ensuit, alors tu donneras VIE POUR VIE, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, plaie pour plaie. »

Exode 21:22-24

Le(s) auteur(s) du livre de la Genèse suggère(nt) que l'individu devient viable lorsqu'il prend son premier souffle.

« Elohim Yahweh a formé l'homme de la poussière du sol et a insufflé dans ses narines le souffle de vie ; et l'homme est devenu un être vivant. »

Genèse 2:7

En conclusion, l’avortement est bibliquement justifiable, peu importe le moment où l'on croit que la vie commence ou est viable. Si les croyants judéo-chrétiens en doutent, ils devraient suivre religieusement leur conscience, juge ultime du bien et du mal. En témoignent ces deux extraits de la Lettre aux Romains.

« Les Gentiles, ceux qui ne sont pas juifs, ne connaissent pas la Torah. Mais lorsqu'ils font naturellement ce que la Torah commande, ils montrent que celle-ci est écrite dans leur cœur, et qu'ils savent ce qui est bien ou mal ; ceci est également ratifié par leur propre conscience. Parfois, leur conscience leur dit qu'ils ont mal agi, et parfois elle leur dit qu'ils ont bien agi. »

Romains 2:14-15

« Heureux ceux qui sont capables de faire ce qu'ils croient être juste sans se sentir coupables ! C'est un péché que de faire quelque chose sans croire que c'est bien. »

Romains 14 : 22-23

Les auteurs du livre du Deutéronome et de la Lettre aux Corinthiens s'accordent avec les vues exprimées dans Romains 2 cité plus haut. Selon eux, les prescrits de la Torah germent du cœur de l'homme et ne sont pas dictés d'en haut ni d'en bas.

« Ce commandement que je te donne aujourd'hui n'est pas trop difficile pour toi ; il n'est pas au-dessus de tes forces. Il n'est pas au ciel. Tu n'as pas à te demander : 'Qui montera au ciel pour nous l'apporter afin de lui obéir et de le garder ?' Ce commandement n’est pas de l’autre côté de la mer. Tu n’as pas à te demander : 'Qui traversera la mer et nous l’apportera afin que nous puissions le garder ?' Non, la parole est tout près de toi. Elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu puisses la suivre. »

Deutéronome 30 : 11-14

« Vous êtes une lettre de Christ... Cette lettre n'est pas écrite avec de l'encre ; elle n'est pas écrite sur des tablettes de pierre mais sur des cœurs humains. »

2 Corinthiens 3:3

Par-delà les perspectives bibliques sur la question, plusieurs se positionnent dans le camp anti-avortement ou « pro-life » (pro-vie). Une telle caractérisation relève du fanatisme et manque de fondement, puisque, logiquement, la position opposée serait pro-avortement ou pro-mort. Or, d'une part, personne ne fait la promotion de l’avortement. C'est toujours une décision déchirante et comportant d'énormes risques, tout comme, relativement, la décision de porter une grossesse à terme. D'autre part, nul ne milite pour la mort. Une manière objective de catégoriser les positions sur l’avortement est la suivante :

« Pro-choice » (Pro-choix). C'est la position de ceux reconnaissent le droit plein et entier des femmes de contrôler leur fonction reproductrice.

Pro-restriction. C'est la position de ceux qui disent reconnaître le droit des femmes de contrôler leur fonction reproductrice, mais estiment qu'il faut limiter ce droit. Certains estiment que les pères devraient également avoir leur mot à dire dans toute décision d'interrompre une grossesse. Cette position a du mérite, mais elle exprime un espoir plutôt qu'une conviction, car seule la femme subit dans son corps les conséquences de la grossesse.

Pro-interdiction. C'est la position de ceux qui ne reconnaissent pas le droit des femmes de contrôler leur fonction reproductrice. Pour eux, cette prérogative revient à l'État ou à l'Église, institutions dirigées majoritairement par des mâles. Parfois les dirigeants laissent faire la femme et lui font grâce si sa grosesse résulte de l'inceste, du viol, ou met sa vie en danger.

Pro-interdiction absolue. C'est la position de ceux qui ne reconnaissent en aucun cas le droit des femmes de contrôler leur fonction reproductrice.

À la vérité, l'avortement, tout comme la peine capitale et la guerre, est un cas de conscience que seuls les parents sont qualifiés pour le gérer. Plus précisément, cette décision appartient à la mère, de préférence en consultation avec un médecin. Beaucoup de ceux qui, en bonne conscience, font objection à l'avortement, ont le bon jugement de militer pour le droit à l'avortement, vu que l'être humain, naturellement, est souverain maître de son corps, de tout ce qu'il contient et de tout ce qui y transite. Comme dit le slogan, « my body, my choice », c'est-à-dire mon corps, mon choix. Toute loi parlementaire ou tout décret religieux criminalisant l'avortement et réprimant ce droit humain est sans doute inique ou immoral.

Facebook @Paul Jeremie