« Le meilleur aboutissement de l'éducation est la tolérance. »
Helen Keller
De tout temps, dans la jungle humaine, bien animale, l'intolérance a toujours régné. Les gens ont toujours trouvé toutes sortes de raisons et d'excuses pour stigmatiser, marginaliser, diaboliser et châtier ceux qui sont différents de la majorité. Le sexe, la couleur de la peau, la nationalité, l'ethnicité, le nom, l'âge, l'anatomie (poids, taille...), la langue et l'accent, l'orientation sexuelle, l'orientation religieuse, l'orientation politique, l'orientation professionnelle et même l'orientation gauchère ou droitière ont tous servi à ridiculiser, discriminer et ostraciser les minorités.
Toute intolérance, au niveau individuel ou collectif, est nourrie de trois ingrédients : l'élitisme ou le fait de se croire au-dessus de la mêlée ; le suprémacisme ("pa m pi bon") ou le fait de se croire supérieur aux autres ; l'exceptionalisme ou le fait de se croire irréprochable et intouchable vu qu'on se considère unique en son genre et seul détenteur de la vérité et de la vertu. L'aboutissement logique de l'intolérance est le totalitarisme, père de l'impérialisme ainsi que des pratiques tyranniques et autocratiques.
L'intolérance prend racine dans l'illusion de la dualité, créant l'impression que chacun vit dans son petit monde. Beaucoup en effet vivent dans leur univers fait d'assumptions, de préjugés, de clichés, d'idées préconçues, de croyances dogmatiques. Ils parlent leur langage particulier, selon la taille de leur savoir (à ne pas confondre avec connaissance), et ils façonnent leur propre réalité.
Rares sont ceux qui sont réceptifs aux signaux venant des apparents mondes qui les environnent. Rares sont ceux qui sont capables de se dépasser, d'aller plus loin, de sortir de leur zone de confort pour remettre en question ce qu'ils ont reçu, examiner leurs schémas de pensée et revoir leurs certitudes. Aussi les mondes s'entrechoquent-ils plus qu'ils ne s'entrecroisent. D'où la métaphore de la Tour de Babel.
L'individu sous l'emprise de l'illusion de la dualité prend sa réalité pour la vérité. Il ne réalise pas que cette réalité n'est en fait qu'un point de vue ou une fenêtre sur la vérité. Dû à cette étroitesse d'esprit, il ne comprend pas que la multiplicité des points de vue enrichit les perspectives et, à son tour, rapproche de la vérité. Autrement dit, plus on prend de points de vue, sans nécessairement les adopter ni les épouser, et plus on se met à la place d'autrui, plus on élargit ses horizons, plus l'esprit s'agrandit, plus il saisit les nuances et accommode les différences, plus on capte l'unité dans la diversité et plus on est en mesure de vivre en harmonie avec son entourage.
Beaucoup, sans cohérence, appellent leur système de croyance au secours de leur intolérance. Ils se cachent derrière leur Dieu pour haïr, bannir et exclure. Parler d'incohérence ici n'est pas un excès de langage, si on considère le cas des Judéo-Chrétiens. Ces croyants auraient le Jésus évangélique comme modèle ou comme seigneur. Or, cet homme, comme il s'appelle, se pose clairement en champion de la tolérance et de l'inclusion, tandis que toutes sortes d'actions discriminatoires et haineuses sont commises en son nom par ceux qui professent être chrétiens.
Certains utilisent la peur pour normaliser l'intolérance envers les "anormaux" et les marginaux qu'ils harcèlent et persécutent. Ces alarmistes se posent en guerriers culturels annonçant l'hécatombe ou "la fin du monde" si tel ou tel courant d'expression était accepté ou légitimé. Cette peur orchestrée est surtout évidente dans l'attitude adoptée envers les membres de la communauté LGBTQI qui se voient marginalisés et privés de certaines libertés dans plusieurs institutions, parfois à l'échelle étatique. À noter que leur existence ne porte préjudice à personne, définitivement pas à la survie de l'espèce humaine, dans la mesure où les LGBTQI représentent en moyenne 3 à 5% d'une population donnée, contrairement aux projections de ceux qui s'érigent en porte-parole ou en défenseurs de Dame Nature.
D'autres individus font un amalgame épais pour entraver la liberté d'expression et justifier l'exclusion à travers un manège généralement infaillible. S'ils ne considèrent pas une expression comme un péché ou un vice, ils la qualifient de délit ; sinon c'est une maladie. Ainsi l'expression homosexuelle est-elle réprimée dans plusieurs sociétés. De fait, comme rapporté dans un article sur le site de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) en France, les « thérapies de conversion », principalement portées par des courants religieux issus des religions abrahamiques, reposent sur le préjugé que l’homosexualité est une « déviance », un « défaut » à « corriger » pour ramener le sujet dans le « droit chemin ». Ces thérapies s’inscrivent dans une longue histoire de discrimination de l’homosexualité en Occident, qui remonte au moins au XIXe siècle. L’homosexualité fut ainsi considérée comme une pathologie psychiatrique jusqu’en 1973 aux USA et jusqu’en 1992 en France. Elle avait sa place dans un diagnostic psychiatrique au même titre que la schizophrénie ou la dépression.
À noter que l'homosexualité est encore criminalisée dans 62 Etats membres de l'ONU, dont plus de 30 pays africains. Là, au nom d'une certaine culture, la population LGBTQI doit renoncer à la liberté d'expression, ou alors risquer toutes sortes de punitions, y compris la flagellation, l'incarcération et, parfois, l'exécution.
Vivre et laisser vivre est un véritable défi pour la multitude. Être différent est un gros malheur, un péché mortel dans la jungle humaine où les gens ont peur de tout ce qui ne leur ressemble pas, de tout ce qu'ils ne comprennent pas, de tout ce qu'ils ne connaissent pas, de tout ce qui est étranger à leur monde. Il n'est pas permis de dévier des normes traditionnelles. Il faut se conformer et fondre dans la foule. L'esprit de troupeau doit primer à tout prix. On n'a qu'à voir les multiples assauts exercés sur ceux qui ont refusé de se soumettre à la vaccination de masse avec des produits expérimentaux lors de la plus récente pandémie. Encore que la manifestation d'intolérance la plus abjecte demeure l'intolérance religieuse, à l'origine des guerres les plus saintes.
Les intolérants qui s'érigent en porte-parole de Dame Nature devraient savoir que tout vient d'elle. Par conséquent, ces interprètes autoproclamés sont eux aussi des produits de la nature et font partie de la nature. Or la partie ne saurait concevoir les desseins du tout. La partie ne saurait déterminer ce qui est légitime ou non dans le tout. Tout est de la nature, par la nature et pour la nature toute-souveraine.
Tout est naturel. Rien n'est contre-nature. Cependant tout n'est pas normal. En effet, certaines expressions naturelles peuvent aller à l'encontre des critères établis par les autorités représentant la majorité dans une société donnée. Ces critères, constituant des traits communs, déterminent éventuellement ce qui est tenu pour normal, moral, légal, sacré, tabou ou interdit.
Évidemment, les normes sociétales ou les standards varient selon l'époque, le lieu et les circonstances. Ainsi la monogamie, même de galerie, est une tradition honorée dans les pays influencés par le Judaïsme et le Judéo-Christianisme. Pourtant, là où l'Islam est prévalent, c'est la polygamie qui est à l'honneur. Même différence d'attitude envers la consommation de l'alcool. Alors que dans l'Islam, boire est immoral, c'est bon pour le moral dans le Judaïsme et le Judéo-Christianisme. Et dire que ces trois courants religieux ont une même souche abrahamique.
Les normes sociétales, relatives et passagères, comme la mode, ne doivent nullement être confondues avec les valeurs universelles et intemporelles, telles que la règle d'or, la connaissance de soi, la maîtrise de soi, le dépassement de soi et, bien sûr, l'ouverture d'esprit ou la tolérance. Ceci étant dit, la tolérance peut-elle dépasser les limites ? Sans doute oui, lorsqu'une personne tolérante se complaît dans la médiocrité ou cautionne l'intolérable. Si elle vit seule, la personne concernée aura toute latitude pour décider de ce qui est médiocre et de ce qui est intolérable ; la conscience intérieure étant l'ultime juge du bien et du mal. Si la personne vit en société, le médiocre et l'intolérable seront mesurés suivant les critères établis par les directeurs de conscience. La loi d'autrui s'imposera à la loi du cœur.
En matière de relations interpersonnelles, il est juste de se libérer sagement des normes sociétales pour tolérer naturellement les perspectives différentes jusqu'à les célébrer. Comme dit Pauline Vaillancourt, « l'esprit de tolérance est l'art d'être heureux en compagnie des autres ».
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