Aux origines des notions Liberté & Démocratie
Évolution de la carrière desdits concepts
Liberté – La notion de liberté demeure cognitivement liée à la civilisation humaine. La liberté, dans son expression la plus haute de l’éthique et de l’utilité sociale, est inhérente à la nature humaine. Et le couple historique de départ Femme-Homme représente l’incarnation de l’Histoire elle-même. Nos premiers genres Homos sont apparus librement dans la nature ; certaines espèces ont disparu, d’autres les succèdent en vertu du processus historique de développement continu, notamment l’espèce Homo sapiens actuelle qui succède à l’espèce néandertalienne ou l’homme de Néandertal. Par un acte libre, le couple historique Femme-Homme organisa le travail social dans l’agriculture et créa des manteaux et des vêtements primitifs afin de satisfaire à sa subsistance et de se protéger du climat. Démarra alors l’histoire de la civilisation sous de meilleurs auspices jusqu’à la modernité scientifique, technique et technologique actuelle. La liberté était donc au centre des travaux de notre couple de départ.
L’être humain est né libre ; sa conception biologique a lieu par un acte libre et prometteur du couple conjugal entre la femme et l’homme dont la rencontre des chromosomes X & Y en déterminent le genre des enfants à naître. Ainsi donc, la liberté intègre la famille des droits naturels inaliénables de l’espèce humaine d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Celle ou celui qui ose ravir les libertés individuelles, se déshonore aux yeux du genre humain.
Démocratie – La démocratie est un fait incontestable de civilisation à notre époque. La démocratie n’est pas pour autant inhérente à la nature humaine. La démocratie tend, dans son sens moderne, à entrer dans les coutumes et dans les traditions. Mais sa factualité et son effectivité exigent une plus lente opération pratique avant qu’elle ne s’affirme réellement, car elle n’est ni univoque ni exportable comme certains laissent croire. La démocratie, en tant que système politique, est apparue dans la Grèce ancienne au tournant du 4e siècle avant Jésus-Christ ou avant l’ère courante. Dans une Grèce qui distinguait déjà des êtres libres et des êtres non libres : c’est-à-dire, dans la société grecque, il existait des citoyens qui jouissaient de leur liberté, et des citoyens contre lesquels on confisquait la leur pour finalement les rendre esclaves selon la norme bourgeoise qui y prévalait. Cette discrimination sociale était cautionnée par l’intelligence grecque de l’époque ; et non des moindres, Platon et Aristote soutiennent l’esclavage par leurs écrits philosophiques. Ils étaient deux philosophes qui défendaient leurs intérêts de classe.
Périclès, lui, est peut-être excusable puisque, en sa qualité d’homme d’État, il oeuvrait à l’établissement de la démocratie athénienne – Athènes, la capitale – ; mais une démocratie à laquelle aspirait et participait le peuple sans distinction de rang social. Il a fait ressortir l’idée de la démocratie comme principe : « Nous intervenons tous personnellement dans le gouvernement de la cité au moins par notre vote. », dixit l’orateur Périclès. Et voici ce que nous lisons au sujet de lui sur le site Maxicours : « Périclès renforce la démocratie et mène une politique favorable aux classes inférieures de citoyens (les Zeugites et les Thètes), ce qui choque ses adversaires conservateurs, qui le taxent de démagogie. Un de ses décrets permet aux citoyens pauvres de fréquenter gratuitement le théâtre, qui joue un rôle central dans la vie de la cité. » Périclès et la démocratie athénienne (https://www.maxicours.com). Périclès est issu de l’aristocratie athénienne ; ses convictions politiques l’amenèrent à s’opposer à la tyrannie sous ses formes diverses, et à préconiser la démocratie inclusive et participative en faveur de la population grecque de l’époque.
Dans la modernité triomphante actuelle, la démocratie, telle qu’elle s’entend dans le discours dominant, peut être perçue comme un soutien à la liberté comme étant une entité cognitive innée, mais aussi comme un renfort à ce que l’on appelle « État de droit ». Régime politique le plus répandu à l’échelle du globe, dit-on, la démocratie est encore à son stade expérimental malgré le fait qu’on lui prête des hauts sommets atteints de l’histoire de la société contemporaine. Sur quoi une telle affirmation se base-t-elle ? Parce que l’on résume la société humaine à la société occidentale dominante dans laquelle le capitalisme libéral s’ancre dans les sociétés dites démocraties occidentales qui reçoivent une couverture mondiale, dont on considère comme le modèle unique pour le reste du monde. Au haut du mat desdites démocraties, flottent les drapeaux de l’impérialisme capitaliste et du christianisme occidental. Telle est, à notre sens de l’époque moderne, la conséquence logique des idées reçues que l’eurocentrisme n’a pas fini de fabriquer pour la consommation intellectuelle des peuples en butte à la culture corporatiste, au capitalisme accapareur comme au capitalisme monopolistique au sein duquel dominent les groupes capitalistiques.
Application ou non application effective – Il est bien difficile d’admettre que la liberté et la démocratie s’appliquent dans les démocraties occidentales : quand, de l’intérieur, la société est hiérarchisée et divisée en classes : classe des riches, classe des pauvres, et petite-bourgeoisie dite classe moyenne qui est historiquement toujours en transfert de classe. Apparaissent forcément des contradictions sociales à l’échelle sociétale, qui s’exacerbent par l’appétence de la bourgeoisie possédante qui laisse souvent les basses besognes à la petite-bourgeoisie, son appendice. Dans ce système, la bourgeoisie dominante a réussi à faire de la liberté et de la démocratie une antithèse du développement : c’est-à-dire la classe d’intérêts les exerce de manière sélective : les gens de la hiérarchie reçoivent beaucoup trop qu’ils n’en ont besoin, et les masses laborieuses se trouvant au bas de la pyramide n’en reçoivent que des miettes comme de l’os qu’on jette au chien. Il est de notoriété publique bourgeoise que, dans la société capitaliste, les malfrats, les dangereux délinquants, les malfaiteurs, les gangsters et les trafiquants de stupéfiants proviennent principalement des quartiers pauvres dans lesquels sont constamment brimées la liberté d’expression et d’opinion, la liberté de conscience. Dans ces sociétés-là, dites démocratiques – propagande aidant, bien sûr –, les gouvernements sont à la fois chrétiens, racistes, extrémistes, sectaires et laïcs. La liberté et la démocratie y sont un véritable quolibet. Et donc déni de liberté et de démocratie au service de la propagande.
Aux États-Unis, la plus grande puissance capitaliste où l’exubérance et l’opulence s’aperçoivent dès les fenêtres des quartiers cossus, se maintiennent les mariages arrangés et forcés dans plus de quarante États sur les cinquante admis dans l’Union. Des filles mineures sont privées de la puberté, de l’adolescence et de l’âge adulte ; elles vivent en fait dans un état de traumatisme permanent. La religion et la pauvreté sont à l’origine de ces anachronismes des temps modernes. Aussi la religion, dans le domaine de ce fléau social, n’aura été d’aucune aide ; sinon qu’elle se trouve au confluent de deux flux : la pauvreté et la misogynie. La morale religieuse est donc perçue comme un délit contre le progrès de l’humanité, et contre le progrès de la femme dont la valeur est méconnue dans le système patriarcal.
Il serait intéressant que des sociologues, des analystes et des politologues s’invitent au débat en vue d’aider l’opinion publique à comprendre le phénomène de la démocratie libérale à valeur totalitaire telle qu’elle s’exerce en Occident, en faveur de la quelle la presse s’agite fiévreusement pour la vendre. La démocratie s’impose à la seule condition qu’elle soit exercée librement par la société entière, sans distinction de classe ou de genre. Tel est notre attitude.
Jean-Marie Beaudouin
Août 2024 ; coifopcha@yahoo.fr