Le profile énigmatique de la femme ne cesse jamais de nous fasciner à travers le temps. Son image évolutive, reflétée à travers la figure de la jeune fille, l’adolescente, l’épouse et la mère, est une source de réflexion continue. Cette perplexité, selon l’esprit avisé, est née de notre incapacité d’apprécier la nature féminine au-delà de ses particularités congénitales, et de notre effarement face à son rôle indispensable dans la perpétuation de la vie.
Le thème de la femme évoque trop souvent des plaisanteries de mauvais goût qui reflètent la conception stéréotypée dont elle fait l’objet. Même quand nous abordons ce sujet avec les meilleures intentions, nous trébuchons par moment entre le machisme et l’exaltation romantique. Mais en tant que père d’une adolescente, je conçois la nature féminine à travers la lentille dorée de l’amour et de l’affection, tempérant opportunément mes impulsions misogynes.
Le mot femme dérive du latin Femina qui signifie : celle qui allaite. En effet, nous sommes tous issus d’une femme qui nous a allaités, élevés, et bercés dans son sein. En signe de révérence nous octroyons à sa figure une valeur nourricière, romantique, voire spirituelle. Les poètes et les artistes ne cessent d’en faire éloge de manière somptueuse et adoratrice, frôlant le burlesque et la condescendance dans leur entrain. Toutefois, sous la voile de cette apparente adulation, la femme est en butte depuis des millénaires à une objectification et un traitement discriminatoire déshonorant.
Jusqu’à la première moitié du 20e siècle, son premier devoir était de rester à la maison et de faire des enfants. Elle ne pouvait pas voter, garder son nom de jeune fille, divorcer sans le consentement de son époux, étudier le droit, la finance ou la médecine, parmi d’autres choses courantes que nous tenons pour acquises aujourd’hui.
Mais, tenter de concilier ces deux attitudes contradictoires envers la femme, l’une révérencieuse et courtoise ; l’autre, condescendante et déshonorante, s’avère une tâche difficile. Cette ambigüité a porté le rappeur Tupac Shakur, une source improbable de sagesse, à soulever ces questions étonnantes, à travers sa composition, Keep your head up : « puisque nous venons tous d'une femme, que notre nom vient d'une femme, que notre perspective de la vie dérive d’une femme ; je me demande pourquoi nous nous prenons tant aux femmes, pourquoi profanons-nous leur nom et déprécions-nous leur intégrité humaine ? »
Beaucoup de gens pensent que ces paroles s’adressent principalement aux esprits insoumis des ghettos, mais, en réalité, elles sont dirigées à tous ceux qui utilisent de manière abjecte et déshumanisante le nom de la femme. Nous sommes tentés de répéter quelques-unes de ces avilissantes injures en guise d’illustration, mais le décorum social nous oblige à nous abstenir. Curieusement, même pour insulter un homme, on utilise souventes fois un terme désobligeant envers sa mère, sa sœur ou son épouse. Pire qui est, à force de répétition, ces insultes coutumières engourdissent nos sentiments.
On nous accusera sans doute de rectitude politique pour avoir soulevé ce point contentieux. Cependant, notre intention n’est pas de contrôler la façon dont pensent les gens, mais de refréner le mal social que leur impulse misogyne féconde. Elle provoque notamment : l’objectification de la femme, la violence physique, verbale et psychologique envers sa personne, hélas, dans les quatre coins du monde. En nous faisant solidaires de la lutte que mènent les femmes pour relever les défis auxquels elles sont confrontées, nous adressons un problème humain qui dépasse le cadre de ce débat.
Nombreux sont ceux qui, tout en promouvant l’émancipation de la femme la considère comme une créature sans défense qui a besoin d’être traitée et protégée avec une déférence chevaleresque. Mais, cette attitude, certes courtoise, portée au-delà du rituel de la séduction, engendre le sentiment de la misandrie.
Évidemment nous ne vivons plus aujourd’hui dans une société de chasse et de cueillette lorsque les tâches ménagères se repartaient selon le sexe. Mais, nous devons admettre que les hommes et les femmes sont des êtres différents à bien des égards, notamment dans leur façon de penser et d'agir. Cette conviction a porté l’écrivain John Gray à commenter avec humeur que « Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Venus ».
Toutefois, Il faut éviter de généraliser ce que signifie être un homme ou une femme, car dans les situations atténuantes, l’instinct de survie nous portent, à l’instar des plantes et des animaux, à muter notre nature pour nous adapter aux changements du temps. Entre temps, nous sommes obligés de rester fidèles à ce que nous sommes, en embrassant pleinement notre unicité, car c’est peut-être dans nos différences que nous rencontrerons le maillon manquant qui nous joint dans la fraternité, enrichissant notre vie.
Spontanément, notre sensibilité humaine nous appelle à défendre les causes qui promeuvent l’émancipation de l’humanité. Il s’agit aujourd’hui d’examiner de près l’image de la femme pour mieux apprécier ses vertus et sa contribution au miracle de la vie.
Le missionnaire médical, Wayne Meyers relate à ce sujet cette fascinante parabole : dans le ventre d'une mère, deux bébés conversaient. L'un demande à l'autre : « Croyez-vous-en la vie après l'accouchement ? » Le second répond : « Bien sûr. Il doit y avoir quelque chose après l'accouchement. Peut-être sommes-nous ici pour nous préparer à ce qui nous attend.
Le premier bébé s'en moque, soutenant : « C'est n'importe quoi ! Il n'y a pas de vie après l'accouchement. Quel genre de vie serait-ce ? Le second insiste : « Je ne sais pas, mais peut-être aurait-il plus de lumière qu'ici. Peut-être marcherons-nous avec nos jambes et mangerons-nous par la bouche. Peut-être aurons-nous d'autres sens que nous ne pouvons pas comprendre maintenant.
Le premier bébé rejette tout cela en disant : « C'est absurde ! Marcher est impossible, et manger avec la bouche est encore plus ridicule ! Le cordon ombilical fournit la nutrition et tout ce dont nous avons besoin. Mais le cordon ombilical est si court. La vie après l'accouchement est logiquement exclue.
Sans se décourager, le deuxième bébé insiste : « Eh bien, je pense qu'il y a quelque chose au-delà de cela. Peut-être que c'est différent de ce qui est ici. Peut-être n'aurons-nous plus besoin de cette corde physique.
Le premier bébé rétorque : « C'est n'importe quoi ! Et d'ailleurs, s'il y a une vie après l'accouchement, pourquoi personne n'en est jamais revenu ? L'accouchement est la fin de la vie, et dans l'après-accouchement, il n'y a rien d'autre que l'obscurité, le silence et l'oubli. Cela ne nous mène nulle part.
Le deuxième bébé gentiment réplique : « Eh bien, je ne sais pas, mais nous rencontrerons certainement Maman, et elle prendra soin de nous. » Le premier bébé se moque à nouveau : « Maman ? Croyez-vous vraiment en Mère ? C'est risible. Si Mère existe, alors où est-elle maintenant ?
Le deuxième bébé répond assurément : « Elle est tout autour de nous. Nous sommes entourés d'Elle. Nous sommes d'Elle. C'est en Elle que nous vivons. Sans elle, ce monde n'existerait pas et ne pourrait pas exister. Et parfois, lorsque vous êtes en silence et que vous écoutez vraiment, vous pouvez percevoir sa présence et entendre sa voix aimante qui vous appelle d'en haut.
Bien au-delàs du raisonnement évangélique, cette fable rend hommage à l’image de la femme, en la comparant à la figure protectrice et nourricière de Dieu. La poétesse Lawonza Parker élabore ce point de vue dans son livre, Evolution de la Femme, à travers ces vers émouvants : « la femme a été créée pour respirer, pour aimer, pour éclairer », et, à cette fin, elle a appris « l’art de lâcher prise pour s’accrocher, l’art d’écouter pour être entendu, l’art d’être humble pour croitre, l’art de traverser l’obscurité pour entrer dans la lumière ». Dans la conclusion du poème, la barde américaine s’indulge en éloge allégorique, exaltant les vertus de la femme :
« Une femme, la gardienne de la vie.
Une femme, le vaisseau nourricier
Une femme, les prières sacrées de la nuit.
Une femme. Elle plie, elle ne rompt pas.
Une femme. Elle essaie, elle ne s’évanouit pas.
Une femme. Elle pleure, s’essuie les yeux et se relève
à chaque fois, soutenue par la foi, »
En fin du compte, lorsque nous nous replions dans la coquille de notre ethnie, de notre sexe et de notre identité personnelle, ce n’est pas pour nous isoler du reste du monde. C’est pour nous ressourcer, avant de reparaitre pour partager l’unicité de notre nature avec nos prochains, dans l’espoir qu’ils comprendront que notre diversité serve une fonction utile et pratique dans nos vies entrelacées. Ce ne serait peut-être qu’alors qu’ils auront assimilé l’universelle sagesse contenue dans les propos de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Galates : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme, car nous sommes tous un aux yeux du Créateur ».
Richard Casimir