C’est avec la plus grande consternation et un sentiment de révolte que nous assistons aux multiples attaques perpétrées contre de nombreux centres éducatifs du pays notamment à la capitale haïtienne et ses environs. Nombreuses sont les institutions d’enseignement préscolaire, fondamental, secondaire, professionnel et universitaire tant du secteur public que du secteur privé, qui ont essuyé des attaques armées en plein jour et qui se sont vu contraintes de fermer leurs portes pour protéger leurs élèves, étudiants, personnels éducatifs et administratifs. Certains établissements ont vu leurs espaces occupés par des personnes déplacées de manière prolongée ou occupés par des groupes armés non-étatiques empêchant le fonctionnement de ces centres éducatifs. Les impacts dévastateurs de ces attaques sur le droit à l’éducation se révèlent considérables et exigent des actions concrètes.
Face à ces dérives, ajoutées aux violations flagrantes innombrables des droits de l’homme qui tendent à enfoncer notre pays dans un chaos total, nous croyons utile d’inviter les différentes couches de la société, les instances étatiques et non-étatiques incluant les partenaires du secteur éducatif à unir leurs voix et leurs actions en vue de protéger nos écoles et nos universités. Les centres éducatifs, qu’ils soient du secteur public, confessionnel ou privé, devraient être protégés contre toute forme d’attaques, de menace intentionnelle ou de recours à la force.
Nous devons rappeler que l’éducation constitue un droit fondamental de la personne humaine. Ce droit inaliénable est consacré par différentes conventions internationales ratifiées par Haïti comme la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1948, en son article 26, la Convention relative aux droits de l’enfant, Article 29, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Article 18. Le droit à l’éducation figure parmi les droits fondamentaux de tous les Haïtiens et Haïtiennes reconnus par la Constitution de la République d’Haïti de 1987, amendée en 2012, Article 32, et la Loi portant sur l’intégration des personnes handicapées, en son article 41.
La reconnaissance du droit à l’éducation suppose que l’ensemble des acteurs de la société et les autorités étatiques s’engagent à garantir et à protéger le droit de tous et de toutes indépendamment de leur appartenance politique, sociale, religieuse ou de leur condition physique ou mentale ou économique. La jouissance de ce droit, tant en période de paix comme en situation d’urgence, constitue un facteur indispensable pour le respect des autres droits fondamentaux de la personne. Il est donc impératif pour les protagonistes de la crise actuelle et les acteurs de la société de s’engager à protéger les centres éducatifs ainsi les personnels du secteur.
Les protagonistes de la crise et les acteurs de la société devraient aussi se rappeler les dispositions de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles. Ce document, qui constitue une déclaration politique inter-gouvernementale relative à la protection des bâtiments scolaires éducatifs et des personnes qui les fréquentent face aux effets de la guerre, a été adopté depuis 2015 et ratifié par Haïti en janvier 2019. Dans ses lignes directrices, la Déclaration cherche à assurer la protection des écoles et des universités contres attaques pendant les conflits armés. Cette disposition vise à garantir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie aux filles, aux garçons, aux jeunes et aux adultes même en période de guerre.
Tenant compte de l’importance de l’éducation non seulement en tant que droit fondamental de la personne mais aussi comme vecteur d’intégration, de promotion sociale et économique et de changement social, les acteurs impliqués dans la crise actuelle, les forces vives de la société et les partenaires du secteur devraient s’unir pour dire : « Non aux attaques contre les écoles et contre les personnels du secteur de l’éducation !». Cette démarche devrait aussi s’intégrer dans la lutte pour le respect intégral des droits de tous les Haïtiens et de toutes les Haïtiennes dans ce contexte de déliquescence nationale.
L’éducation reste la voie idéale pour le sauvetage national, un vecteur de rapprochement social et un facteur clé pour l’apprentissage de la résolution pacifique de nos conflits sans recourir à la violence sous toute ses formes : physique, mentale, psychologique, économique ou sexuelles y compris violence armée à travers l’éducation à la paix et à la citoyenneté. L’implication et l’engagement de tous et de toutes pour protéger ce bien commun que constitue l’éducation restent incontournables. Ensemble, nous gagnerons un tel pari.
Saintil Brice