Les hôpitaux publics piégés entre deux crises

La rareté du carburant s'étalant sur plusieurs semaines et les récents mouvements de protestation ont mis les principaux hôpitaux publics du pays dans une situation inconfortable dans laquelle tout se fait un jour à la fois.

Publié le 2022-09-21 | lenouvelliste.com

La crise de disponibilité des produits pétroliers affecte toutes les sphères de la société. Parce qu'elle est récurrente, certains hôpitaux ont mis en place un plan de contingence visant à résister à une rareté allant de quelques jours à quelques semaines.

À l'Hôpital universitaire Justinien au Cap-Haïtien, depuis la dernière semaine du mois d'août, les autorités n'arrivaient plus à faire fonctionner ce centre hospitalier avec une certaine normalité.

Manque de personnel, dysfonctionnement du bloc opératoire, problèmes d'intrants sont entre autres les difficultés évoquées par les Résidents présents à l'hôpital.

"Le service de chirurgie fonctionne au ralenti depuis un mois. Les anesthésiologistes ont des difficultés à payer le coût exorbitant du transport, pas de carburant pour alimenter le bloc opératoire en électricité, aujourd'hui le service est quasi dysfonctionnel puisqu'on ne peut opérer nos malades ", avance un résident en chirurgie sous couvert de l'anonymat.

Selon lui, les mouvements de protestation ne font qu'aggraver une situation déjà très difficile.

"Nous avions 5 patients seulement dans le service. A force de reporter à chaque fois des interventions urgentes, les patients sont tous partis. D'autres moins graves qu'on pourrait soigner en ambulatoire ne peuvent pas venir à cause des mouvements de protestation", ajoute ce résident qui dit attendre une amélioration de la situation pour continuer avec sa formation chirurgicale.

Dans le département de l'Artibonite, une note authentifiée par un employé du département sanitaire fait état d'un pillage au centre d'approvisionnement en intrants.

"Le Centre départemental d’approvisionnement en intrants de l’Artibonite a été également saccagé, le vendredi 16 septembre. Ce sont les 15 communes et les 140 centres hospitaliers du département qui sont privés de stocks de médicaments, notamment de vaccins", confirme cet employé avant d'ajouter que le département sanitaire est en train d'évaluer la situation avant de faire un bilan.

À l'hôpital de l'Université d'État d'Haïti (HUEH), la situation est similaire. Problème de carburant d'une part, mouvement de protestation d'autre part, le plus grand centre hospitalier fonctionne avec un noyau d'urgence.

"La situation est un peu complexe car nous fonctionnons avec un nombre limité en ressources humaines. Nous fonctionnons donc avec un noyau d'urgence", informe Dr Jessie Adrien Colimon, directrice exécutive de l'HUEH.

Les résidents présents à l'hôpital universitaire la Paix expliquent qu'ils ont vécu une situation difficile durant la première semaine de "peyi lok".

"Beaucoup de médecins qui devraient venir travailler ont dû rebrousser chemin durant la première semaine de mouvements de protestation. Leurs véhicules ont essuyé des jets de pierres, certains ont fait l'objet de menaces. Ceux qui sont en poste à l'hôpital n'étaient pas préparés, ils sont dépourvus de tout. La situation est vraiment tendue", s'époumone un résident en médecine interne.

Par ailleurs, comme tous les autres centres hospitaliers, certains services comme la maternité continuent de fonctionner malgré les difficultés, d'autres services chirurgicaux ont dû réduire le nombre d'interventions à cause de l'indisponibilité du carburant pour alimenter les blocs opératoires.

Les services de médecine communautaire, préventive et sociale, notamment ceux qui s'occupent de la vaccination, certains centres de dialyse, les cliniques externes sont pratiquement dysfonctionnels dans tous les hôpitaux publics.



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