Conjoncture

Le temps de poser les questions qui fâchent…  

Publié le 2022-07-19 | lenouvelliste.com

Au plan politique, les représentants de l’accord de Montana et celui de la Primature ont décidé de s’asseoir sur la table de négociations pour trouver une issue à la crise. Rares sont ceux qui seraient prêts à parier « diskòb » sur une issue heureuse et responsable conduisant à une certaine lisibilité sur l’avenir afin de revenir à l’ordre démocratique, à une normalité institutionnelle, des conditions indispensables pour recommencer à s’atteler de manière relativement sérieuse aux défis économiques et sécuritaires. Les sceptiques, assez distants du déroulé des négociations, sont formels: l’exercice, destiné à consommation internationale, vise à gagner du temps, à prendre l’autre à défaut, à exposer intransigeance et refus à faire des concessions.        

L’accord de Montana, après avoir évoqué la nécessité que le PM Ariel Henry réponde aux questions de la justice, aurait plus à perdre. Si les sceptiques ont raison, l’international dont la ligne est « solution haïtienne aux problèmes haïtiens », aura le loisir d’expérimenter, une nouvelle fois, le temps haïtien, le « pa prese », le «  kite l mache, pouvwa m nan men m », mantra de ceux qui sont au pouvoir, et l’ambition des faibles de Montana, la grenouille qui se prend pour une vache. Face à cette hypothèse, il y a de fortes chances que l’international, loin d’être un bloc homogène, affiche son indifférence. Avec Haïti, le mot résultat n’est plus dans le vocabulaire. Sinon, Michèle B. Sison, Helen Meagher La Lime se feraient gronder pour un carnet à la Toto, bardé de zéros.

De 2018 à 2022, les gangs, devenus plus puissants, ont multiplié les massacres. Le macabre, sous la garde de ces dames diplomates, est devenu ordinaire. Sur le chemin du pire, elles ont accompagné le président Moïse. Parmi les questions qui fâchent, figurent celles qui concernent Mme La Lime, représentante du secrétaire général de l’ONU en Haïti. Pourquoi Mme La Lime doit-elle rester en poste ? Est-ce qu’elle est la seule à pouvoir porter ce projet de nouvelle constitution, peu importe la manière de s’y prendre ? Les autres interrogations concernent les tenants de cette alliance qui garde M. Henry au pouvoir. Est-ce que M. Henry à la liberté de conduire des négociations politiques, de faire des ouvertures, de décider en dehors des maîtres de son alliance ? L’organisation d’élections avec cette alliance, en l’état, ne porte-t-elle pas en elle les germes de contestations post-électorales? Qui, en l’état, peut changer les rapports de force, desserrer l’étau des mafieux ?

À ce stade, il n’est pas inutile de palper des ambitions d’anciens présidents, d’anciens candidats à la présidence qui se voient président à nouveau. Faudra-t-il chercher sur les rives du Potomac l’étoile d’un destin ou d’une page tournée ? Pour le moment, les acteurs majeurs formels, régulés sont silencieux alors que l’économie coule à pic. Ne doivent-ils pas sortir de cette terrible inaction, réinventer une entité comme le Forum économique, une ambition pour réduire l’influence de l’économie criminelle ? Le pays a des choix à faire. Il y a des responsabilités à assumer. Des feuilles blanches à donner aux artisans du pire qu’on ne peut pas terrasser, des feuilles de route à donner, un espoir à réinventer. Il est tard. Il est temps de poser les questions qui fâchent !

Roberson Alphonse 



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