Le départ des élèves et étudiants, drame absolu

Publié le 2022-06-29 | lenouvelliste.com

Port-au-Prince n'est pas Haïti. Mais la capitale et sa région regroupaient près du quart de la population haïtienne avant 2020. Aujourd'hui, on ne peut pas dire ce qu'il en reste. Il y a ceux qui en sont partis et ceux qui n'y viennent plus. La région métropolitaine a perdu de son attrait à cause de l'insécurité, de la vie chère, de l'impossibilité de quitter son quartier pour aller à l’école dans une autre zone et de la dégradation généralisée de la situation globale. 

Parmi tous les secteurs qui pâtissent de la situation, il y a l'école. Port-au-Prince et ses environs regroupent certaines des meilleures écoles du pays. Les plus réputées et le plus grand nombre d'écoles moyennes. Les universités et écoles professionnelles en nombre. Elles aussi, les unes comme les autres, sont confrontées aux problèmes. 

L'une des plus prestigieuses écoles de la capitale, le lycée Alexandre Dumas, dit Lycée français, a fermé ses portes depuis des mois. Il n'y a pas de perspective de réouverture dans l'immédiat. On ne compte plus les écoles qui ouvrent un jour sur deux ou une semaine par mois à cause de l'insécurité. Quand ce ne sont pas les élèves qui ne viennent pas, ce sont les enseignants qui ne peuvent accéder aux locaux. 

Depuis des mois, cette situation "d'école quand on peut" se généralise. On vit avec. On ne s'en plaint plus. Même les examens officiels doivent s'adapter : venez si vous pouvez, composez là où vous le pouvez. 

Derrière le quotidien, il y a la lame de fond. Les écoles, toutes les écoles perdent des élèves, des étudiants. Il y en a qui commencent à réfléchir à fermer des classes. Comment payer les professeurs quand l'effectif passe de 50 à 8 élèves en une année ? Comment planifier l'année prochaine quand les inscriptions ne suivent pas ? L'incertitude et les problèmes économiques obligent les parents à réfléchir vingt fois avant de s'engager. 

A côté de la mobilité interne -- on change de quartier, de zone, de ville --, il y a l'attraction de l'étranger. Nos enfants partent à l'étranger pour faire des études universitaires depuis des années. À présent, ils y partent aussi pour faire leurs études primaires. Et l'étranger ce n'est plus seulement le pays d'émigration des parents mais de plus en plus la République dominicaine. 

Il n'y a pas encore de statistiques fiables mais les parents préfèrent financer des études pour leurs enfants en République dominicaine que de payer le même montant pour de non-études en Haïti. Etudes universitaires, techniques, professionnelles, secondaires et primaires, les institutions de chez nos voisins attirent de plus en plus les enfants et les jeunes haïtiens. 

En République dominicaine, il y a l'école tous les jours, l'électricité, l'Internet, la sécurité, les moyens de transport, de bonnes écoles, une langue-passeport et la vie y est moins chère qu'en Haïti. Pour un parent de la diaspora ou qui travaille en Haïti, le calcul est vite fait quand il s'agit de sauver ses enfants, d'investir dans leur éducation. L'étranger devient de plus en plus l'alternative salutaire. 

Non seulement Haïti perd une bonne partie de sa jeunesse des classes aisées et moyennes, mais aussi, tout le long de la frontière avec la RD et pour tous les pauvres qui font le choix d'aller vivre ailleurs, Haïti perd aussi les enfants qui ne suivent plus le cursus national. 

Dans dix ans, dans vingt ans, on va se retrouver devant une situation explosive. Financer des études ailleurs fragilise l'école en Haïti. Façonne des cerveaux avec du matériau étranger. À tous les niveaux cela entraînera des conséquences. Des classes primaires à l'université, en passant par les écoles professionnelles. 

Le mal absolu est que personne ne semble s'apercevoir que brader sa jeunesse aura des conséquences. Personne ne semble pressé de chercher les solutions qui peuvent stopper l'hémorragie. Haïti, de plus en plus, perd de son attractivité pour les touristes étrangers comme pour sa diaspora. Le pays perd aussi ses élèves, ses étudiants et une partie de ses chances de constituer une relève. 

Chaque institution scolaire ou de formation peut faire de son mieux. Le ministère de l'Education nationale et de la Formation professionnelle peut réussir tous ses projets. Si la situation de déperdition se poursuit, les conséquences seront irrésistibles. 

N ap ka kontinye kole pyese men nou p ap ka ale lwen.



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