L’école haïtienne entre les rêves du MENFP et la réalité

Publié le 2022-06-23 | lenouvelliste.com

L’organisation des examens de la 9e année fondamentale de cette année est une victoire pour les autorités éducatives. Elle est d’ailleurs célébrée comme telle. En temps normal la tenue des examens officiels de 9e année serait un fait ordinaire, voire banal, mais dans le contexte actuel c’est quelque chose d’extraordinaire d'organiser des examens de baccalauréat sans incident. Le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, Nesmy Manigat, comme à son habitude, était sur tous les fronts durant le déroulement des épreuves. Ce jeudi encore, il a présenté un bilan satisfaisant du processus.

Alors que les examens officiels doivent se dérouler jusqu’au début du mois de juillet (pour les élèves du secondaire), le MENFP a déjà rendu public le calendrier scolaire 2022-2023. Nesmy Manigat a annoncé de nouvelles mesures qui entreront en vigueur à la rentrée scolaire. Il s’agit notamment de la généralisation de l’expérience pilote du « livre unique » comportant cinq matières pour les classes de première et deuxième année de l’école fondamentale ; la séparation encore davantage de l’école fondamentale de 9 années et du secondaire de 4 années ; la relance de l’expérience pilote du secondaire technique et professionnel et le recrutement d’un nouveau corps d’administrateurs pour accompagner les lycées.

On ne sait pas encore ce que ces mesures vont apporter dans au relèvement de l’école haïtienne durement frappée par la crise sans précédent à laquelle fait face le pays, mais on ne peut pas reprocher à Nesmy Manigat d’être un ministre inactif à l’instar de beaucoup de ses collègues. On peut remettre en question certaines mesures du ministre Manigat, mais on ne peut lui reprocher de n’avoir pas essayé. D'ailleurs, sa décision d’éliminer les examens officiels de la rhéto lors de son premier passage au MENFP fait encore débat.

On reproche aussi à Nesmy Manigat, à tort ou à raison, de vendre un système éducatif où tout va pour le mieux tandis que la réalité est tout autre. Les détracteurs du ministre de l’Éducation nationale ont-ils tort ? Alors que Nesmy Manigat faisait le point, ce jeudi, sur la prochaine année scolaire, un communiqué de l’UNICEF a informé que 55 000 enfants ne sont pas retournés à l’école après la crise sécuritaire d’avril. « Dans l’aire métropolitaine une école sur trois est la cible d’actes de violence, et une école sur quatre est dysfonctionnelle », a révélé une évaluation menée entre avril et mai dans les quartiers défavorisés et difficiles d’accès de Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas, Ganthier, Port-au-Prince du Nord et du Sud, de Pétion-Ville et de Tabarre, affirme l'UNICEF.

La note a ajouté que plus de 500 sur 976 écoles évaluées sont dysfonctionnelles ou inaccessibles tandis que 54 d’entre elles sont complètement fermées depuis plusieurs mois, en grande majorité à cause des rivalités entre groupes armés, des affrontements entre les gangs et la police, ou des problèmes d’accès des enseignants à ces zones.

La situation de ces écoles et des écoliers concernés est-elle prise en compte dans le plan de réouverture des classes du MENFP ?

Ne pas créer un climat sécuritaire pour que tous les enfants puissent aller à l’école en toute sérénité c'est, pour le gouvernement, renforcer les inégalités au sein du système éducatif et affaiblir davantage une école haïtienne déjà moribonde.



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