Un centre moderne de fermentation de cacao à Anse-d’Hainault

L’Organisation internationale du travail (OIT), dans le cadre du Projet de renforcement des opportunités agricoles à travers la formation et l’investissement technologique (PROFIT), de concert avec le Catholic Relief Services (CRS), Caléos et Geonova, a procédé, le 22 juin 2022, à l’inauguration d’un centre de fermentation de cacao dans la commune d’Anse-d’Hainault. Doté d’une capacité de stockage de 100 tonnes de cacao, ce centre va permettre de sécher, de trier, de conditionner, de fermenter et d’exporter chaque année entre 150 et 200 tonnes de fèves de cacao fermenté notamment sur le continent européen.

Publié le 2022-06-23 | lenouvelliste.com

Ils étaient quelques dizaines de producteurs de cacao, des quatre institutions partenaires, autorités locales et responsables de coopératives agricoles à avoir pris part à l’inauguration du centre de fermentation de cacao d’Anse-d’Hainault. Muni de salle de tri et de conditionnement, de barques de séchage et de barques de fermentation, centre moderne respecte toutes les normes régissant ce domaine.

Par cette infrastructure, les tenants de ce projet comptent booster la production de cacao, une production qui, dit-on, fait flotter le bicolore haïtien à l'étranger. Il va permettre aux producteurs de cacao, de l’avis du représentant de l’OIT, Fabrice Lecrercq, de produire plus et mieux et de se protéger contre certains risques financiers et environnementaux.

La Grand’Anse avait grand besoin d’une telle infrastructure. Le premier obstacle au développement de cette filière agricole porteuse identifiée lors du montage du projet était la faible proportion de la fève de cacao fermenté. Selon les données rendues publiques par les intervenants, rien que 5% des 5 000 tonnes de cacao produit en Haïti est fermenté. La création de ce grand centre représente ainsi, selon M. Lecrercq, un pas géant dans la bonne direction tenant compte du fait que le cacao fermenté se vend plus cher sur le marché international. Il permet dans ce cas, affirme-t-il, d’ajouter de la valeur au produit de base afin de pouvoir créer de la richesse localement.  

« Cette valeur ajoutée et les emplois créés localement grâce à la construction de ce centre vont permettre d’améliorer les revenus et les conditions de vie de 1 150 familles bénéficiaires directes », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il faut, pour y parvenir, que tous les maillons de la chaîne de valeur fonctionnent correctement et que chacun joue son rôle avec le sens des responsabilités et professionnalisme.

Ainsi, diverses activités sont prévues dans l’optique de promouvoir cette filière. « Rendre les parcelles plus productives et plus résilientes, créer des mutuelles d’épargne et de crédit, renforcer les compétences des coopératives et leur permettre d’offrir divers services, dont des micro-assurances face aux aléas climatiques pour les petits producteurs », sont parmi les actions à entreprendre citées par le responsable. Aussi parle-t-il d’une plateforme technologique de traçabilité conçue pour faciliter ce travail et pour l’enregistrement de six mille petits producteurs de cacao et de fruits à pin avec toutes les données utiles relatives à leurs activités et à la traçabilité par rapport à leur production, outil indispensable à l’exportation. Mise en œuvre par la firme GEONOVA, cette composante est décrite comme étant très utile pour la prise de décision visant le développement de l’agriculture haïtienne.

Caléos pour faire booster la filière

Jacquelin Calixte, le responsable de l’entreprise Caléos, n’est plus à présenter dans la filière du cacao en Haïti. Ce dernier, dont l’entreprise a déjà distribué plus de 70 millions de gourdes dans le département de la Grand’Anse au cours des dix dernières années et y crée plusieurs dizaines d’emplois, avoue que cette réalisation n’est qu’une composante du projet PROFIT. À travers ce mécanisme, poursuit-il, il est prévu d’entreprendre des activités visant le développement intégral de la filière.

L’entrepreneur n’a pas caché sa satisfaction pour un tel accomplissement. Ce centre, explique-t-il, va générer pas moins de 15 emplois permanents et bien plus encore lors des récoltes. À cela s’ajoute une trentaine de contrôleurs internes qui vont assurer la vérification et les ajustements dans les champs. Il promet de continuer sur cette lancée afin d’offrir plus d’opportunités aux producteurs. Pour cela, le responsable compte sur la collaboration de la Plateforme des coopératives agricoles de la Grand’Anse (PLACAGA ) dans ce grand projet économique, écologique et social qui est de nature à assurer un revenu décent à plus de 2 500 producteurs, sans compter les retombées économiques pour les commerçants et les artisans du département.

Financée par le Royaume du Norvège, cette usine n’est pas, a soutenu le coordonnateur du programme d’agriculture au CRS, Jean-Marc Vital, une finalité en soi mais la première pierre de l’édifice d’un développement qui se veut inclusif, équitable et durable avec une composante très appuyée sur la protection des arbres. Cela porte à croire que les activités du PROFIT s’étendront sur d’autres filières porteuses. Ainsi, les tenants ont fait d’une pierre deux coups en inaugurant, le lendemain, une unité de transformation en farine de fruits à pin à Dame-Marie.

Remerciant les concepteurs pour un tel accompagnement au secteur agricole, le maire d’Anse-d’Hainault, Maciano Richard, n’a pas manqué de faire l’éloge des potentialités agricoles de la zone. Il promet de veiller à ce que le projet soit exécuté au bénéfice des agriculteurs. Il y a beaucoup à faire si l’on veut donner à ces deux chaines de valeur tous les ingrédients nécessaires à leur développement soutenable et pérenne et ces deux constructions constituent un pas géant dans la bonne direction.



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