La France est une fête… pour les Haïtiens 

Publié le 2022-06-21 | lenouvelliste.com

On attend depuis des mois le concert annoncé de Carimi à l’Accor Arena, mais c’est « La Nuit d'Outre-Mer / Nuit du Kompa » qui donne rendez-vous le samedi 19 novembre 2022, dans l’une des plus grandes salles de concert de France. En attendant la renaissance sur scène de Carimi, avec ses 20 300 places, l’ancien palais omnisports de Paris-Bercy va dérouler le tapis rouge pour le Compas Direct de Nemours Jean-Baptiste comme aucune autre ville au monde ne le fait. Paris capitale du Compas, la France pays de la fête pour les Haïtiens, est une destination à découvrir.

Des journalistes de Ticket et du Nouvelliste viennent de passer un mois en France. Cela leur a permis de voir comment vit la communauté haïtienne de France et comment elle fait la fête. 

« En France, les bals finissent à 6 heures du matin », s’est exclamée une reporter qui a dû aller au bal le jour de son arrivée à Paris. Enposib était de sortie et c’était bien. Les fameux ponts du mois de mai, ces congés qui permettent de profiter d’un week-end allongé, ont été prétextes à des soirées dansantes qui finissent à pas d’heure. Harmonick et T-Vice ont fait tout aussi bien devant des publics enflammés dans la banlieue parisienne ainsi qu’à Bordeaux. 

Pour la musique haïtienne, la France est un beau marché même si personne n’a pu dépasser les exploits du Tabou Combo. La musique haïtienne est encore enfermée dans son carcan de fans. Il n’y a pas assez d’audaces pour conquérir de nouveaux marchés. Même la consécration d’Arly Larivière à l’Olympia s’est faite devant un public conquis de Caraïbéens. 

Le public est bien aussi pour les films et Le Dessalines d’Arnold Antonin a reçu un bel accueil comme le concert d’Emmeline Michel organisé par les missions diplomatiques d’Haïti en France à l’occasion du mois de mai et de la fête du drapeau. Cela fait chaud au cœur de se retrouver entre soi au moment où la question de la double dette refait surface. 

Pendant le mois de mai, le bicolore était sur les épaules de Jimmy Jean Louis à Cannes pendant le festival et l’imaginaire dans le documentaire « Haïti un pays d’artistes » de Jacquil Constant. Le temps d’un cocktail et d’une projection, Haïti a joué dans la cour des grands avec ses moyens. Le cinéma est une belle carte de visite mais il demande des moyens et une stratégie qui ne sont pas encore en place. 

Une journée à l’Unesco, une vente signature d’un ouvrage, un festival littéraire ou la présence des écrivains haïtiens parmi les plus renommés à Saint Malo à Étonnants voyageurs et c’est le temps de tirer de grands plans. On pourrait tellement faire plus. Le talent est présent, le nombre est suffisant mais les créateurs haïtiens piétinent sur place quand ils ne se massacrent pas l’un l’autre. Qui fait la courte échelle à qui ? Qui ouvre des portes à qui ? Allez savoir. 

James Germain a placé Haïti dans l’Afro-descendance autour de la commémoration du 10 mai « Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition » en France. Le pays de Victor Hugo est le premier État et le seul qui qualifie la traite négrière et l'esclavage de "crime contre l'humanité". Les Haïtiens ne s’y aventurent pas vraiment. Mémoire de nos peines, prudence de réfugiés. 

Pour compléter les célébrations des deniers jours, cette année, les restrictions Covid ayant disparues, le Prix Chaffanjon a pu honorer anciens et nouveaux gagnants venus d’Haïti lors d’une belle cérémonie autour de la mémoire de Philippe Chaffanjon, journaliste disparu et grand ami d’Haïti. 

Les liens entre l’ancienne métropole et le pays rebelle s’affichent, se raffermissent chaque jour un peu plus depuis le séisme du 12 janvier 2010 qui a vu une nouvelle fournée d’étudiants remplir les facultés en France et des créateurs ses avenues. 

Il y a foule pour faire la fête et refaire le pays à chaque conversation. Il reste à la communauté haïtienne de France de maîtriser les codes de l'hexagone et de toute l’Europe et d’en tirer partie au-delà des bons moments et mouvements d’humeur contre d’anciens responsables. 

En France comme dans toute la diaspora nous ne sommes pas une communauté mais des groupes autonomes. Des unités desunies, pas encore une force. 



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