Et si la littérature haïtienne se mettait à l’anglais 

Publié le 2022-06-17 | lenouvelliste.com

Ce 17 juin s’est tenue la dernière manifestation avec public organisée dans le cadre de la 28e édition de Livres en folie. La Banque interaméricaine de développement (BID) a reçu dans son « Vendredi culturel » des invités pour parler du livre dans ses aspects de création et d’objet commercial.

A cette occasion, les invités d’honneur Louis-Philippe Dalembert et Pierre-Raymond Dumas, la ministre de la Culture et de la Communication mais aussi ancienne directrice générale du Bureau haïtien du droit d’auteur, de la Bibliothèque nationale d’Haïti et de la Direction nationale du livre et écrivaine en tout temps, Emmelie Prophète-Milcé, les Prix Deschamps 2019, Fédia Stanislas et 2021 Luis Bernard Henry et Anaïse Chavenet de la firme Communication Plus, ont échangé pendant deux heures. 

Chacun est revenu sur son entrée en littérature, sur ses méthodes et succès pour se faire éditer, s’auto-éditer ou pour vendre des livres. Dans certains cas, l’éditeur s’occupe de tout comme pour Dalembert et Prophète. Dumas a révélé ses stratégies pour publier tout seul ses livres et est satisfait de son statut d’auteur qui publie à compte d’auteur alors que Stanislas, qui a reçu un millier de livres imprimés, en récompense du Prix Deschamps, dit avoir écoulé ses livres  en participant et en organisant des événements autour du livre alors que Luis Bernard Henry, récipiendaire du même prix,  avoue avoir beaucoup de difficultés à vendre les siens, n’étant pas porté sur le commerce et fuyant un peu les projecteurs,  

Dans les débats, comme un cri du cœur, Fédia Stanislas a avoué qu’elle a toujours voulu être écrivain pour être célèbre et immortelle. Louis-Philippe Dalembert a avoué avoir été motivé par l’appât du prix lors de sa première participation à un concours de poème. Étudiant en France, les dix mille francs de l’époque promis représentaient pour lui quatre mois de vie. 

En expliquant son cheminement, Pierre-Raymond Dumas a laissé entrevoir sa principale force : il est méthodique. Il écrit des articles qui deviennent des ouvrages et, une quarantaine de titres plus tard, publiés ou en passe de l’être, il continue d’accumuler des heures d’écriture et des tonnes d’archives. 

Lisez. Faites des travaux d’écriture comme un musicien fait des gammes, ont recommandé les deux invités d’honneur qui cumulent près d’un siècle de lectures et d’écriture. 

Le travail acharné, le travail assidu et le travail passionné sont les clés du succès, à bien entendre les intervenants. A chacun ses motivations mais rien ne remplace le travail pour l’écrivain comme pour les autres créateurs. 

Pour ce qu’il est de l’avenir de l’objet livre, il est évident, à écouter Anaïse Chavenet, que les maisons d’édition haïtiennes ont besoin d’être renforcées. Il faut faire plus pour faire connaître les œuvres et viser les marchés qui nous entourent avec un potentiel d’acheteurs plus riches que nos amants de la lecture qui sont souvent des jeunes gens fauchés. L’anglais et même l’espagnol devraient être des langues de publication et de traduction pour les ouvrages haïtiens. Autant il est difficile de trouver les livres d'Edwige Danticat en français, autant on ne trouve pas Gary Victor en anglais. Ce n'est pas normal. 

La ministre de la Culture et de la Communication dont le premier titre publié est « des marges à remplir » a du pain sur la planche pour donner une nouvelle vie à nos pages blanches. 



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