Pour dire l’honneur à un poète

Publié le 2022-05-20 | lenouvelliste.com

J’aime beaucoup la poésie. Pour moi la poésie est un art d’espérance et de chaleur humaine. Lors d’une rencontre avec l’écrivain Lyonel Trouillot, il m’a confié qu’un bon poète doit avoir sa propre langue. Cela dit, la poésie serait donc d’abord création de soi, création du monde, création d’un langage. C’est aussi affirmation de soi, du monde et d’un langage.

 La poésie c’est aussi une résistance, une révolte, un acte d’insoumission. Nazim Hikmet, Federico Garcia Lorca, Pablo Neruda, Mahmoud Darwish et Paul Eluard sont des poètes, selon moi, qui écrivaient la poésie comme un acte d’insoumission et de révolte. Cela dit, un poète doit non seulement susciter l’émotion avec ses œuvres, mais aussi créer sa propre langue. C’est comme Miles Davis qui a créé sa propre harmonie.

 « Un printemps qui finit à mes pieds » (édition du Pont de l’Europe) de Selmy Accilien est un recueil bouleversant.

Ici la poésie de Selmy est imagée, poignante et suscite l’émotion. Même s’il n'a pas créé sa propre langue, la lumière se glisse entre les mots. Sa poésie est une expérience personnelle mais aussi un chemin. Un chemin d’exil et d’errance où on n’y trouve un langage autre que celui de l’usage quotidien des mots.

Sa poésie est une source, un silence, un sens portés par  la musique des mots et par des harmonies.

« Il y a des noms de fleur sans corps ni visage qui ressemblent au blanc de tes yeux

Des noms venus de l’autre côté de la rivière cachant dans un coin de tes yeux

Des noms de jeunes pierres rouges que la montagne

n'apporte plus sur son dos

Des aubes qui naissent avant d'autres

Entourées d´aurores avec des vagues du soir dans leurs

ongles

Mère, tu meurs femme, peines surannées

Tu meurs toi »

Sa poésie est aussi une forme de tendresse qui réunit dans sa mémoire le chant des vivants et des morts tout en nous invitant dans l’intimité du langage.

J’aime la poésie qui dit le monde, l’espoir, le visage humain et le chaos. Je trouve un certain réconfort dans la poésie de Selmy. Sa poésie est forte. Les images sont colorées de douleurs mais aussi d’espoir. « Ô la mer est morte dans mes bras ». Selmy écrit dans le langage plus ouvert et le plus vaste, qui contient pourtant le mystère de vivre et de mourir.  

« Aujourd’hui c’est l’énervement des heures

Il gronde trop sur Gonaïves

À force de vouloir couper nos remords en miettes

Toutes les heures fâchées ont la marque du feu sur leur

langue

Frère humain, dis-moi ce qu’espère la Terre

Je te dirai ce que le froid nous a apporté dans ses  poches

Apprends-moi ce qu’espère la Terre

Je te dirai comment le sommeil devient rare »

( Un printemps qui finit à mes pieds, p. 9.)

« Un printemps qui finit à mes pieds » constitue un retour vers l’enfance. Selmy revient sur les questions de l’absence, du silence, de l'amour, de la violence et de la vérité du monde. Le poète écrit ces mots qui nous font savoir comment toute une vie « est une saison de poème ». La poésie de Selmy nous exalte et éclaire notre vie.



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