Haïti à la veille de la commémoration du 35e anniversaire de sa Constitution

Publié le 2022-03-25 | lenouvelliste.com

Le mardi 29 mars 2022 marquera le 35e anniversaire de la constitution en vigueur. Nos constitutionnalistes comme des experts dans d'autres disciplines sont d’avis que cette constitution comporte des innovations dans plusieurs domaines par rapports à celles que le pays se donnait dans le passé. On la présente même comme l’un des principaux acquis post-Duvalier.

La Constitution de 1987 votée en masse devait permettre au pays de divorcer d’avec la gouvernance des Duvalier et celle de tous les despotes qui les ont précédés. Elle devait aussi permettre aux Haïtiens de jouir de leurs droits inaliénables, notamment les libertés individuelles et l’amélioration de leurs conditions d’existence.

A la veille du 35e anniversaire de la constitution, le pays est à la croisée des chemins. La plupart des revendications de la population haïtienne que notre loi-mère devait aider à satisfaire sont encore sur toutes les lèvres. Pour une bonne partie de la population, l’euphorie post-86 fait place à l’illusion. Sans vouloir voir le verre totalement vide, il est un constat que le pays est passé d’un extrême à un autre en 35 ans.  On est passé de ‘’baboukèt’’ à la parole sans borne. La liberté d’expression n’a jamais été synonyme de libertinage. Le pays est passé du règne des Tonton Makout à celui des gangs et bandits légaux. On est aussi passé de l’impossibillité de créer un parti politique à trop de faciliter d’en créer.

A la veille du 35e anniversaire de la Constitution de 1987, le pays continue de se battre avec ses vieux démons, notamment la mauvaise gouvernance, la cause de nos malheurs. Les gangs qui sèment le deuil au sein de la population ne sont-ils pas une construction  de nos gouvernements post-86? La bonne gouvernance prescrite par la constitution en vigueur devrait nous éviter le chaos d’aujourd’hui. En contournant par tous les artifices notre loi-mère, ceux qui ont juré de la respecter ne font que poursuivent le chantier de la destruction de l’Etat que leurs prédecesseurs avaient lancé.

A la veille du 35 ans d’anniversaire de la constitution, le pays n’est pas à la fête. En lieu et place de cartons d’invitation à la célébration de la victoire contre la dictature que représente la constitution, ce sont des appels à la manifestation contre le kidnapping, le chômage, l’insécurité alimentaire, la corruption qui fusent de partout.

Si le pays est en plein chaos aujourd’hui, la faute n’est pas à la Constitution de 1987 mais le résultat du choix délibéré de nos autorités de ne pas l’appliquer. Accusant la constitution comme la source de malheurs, les uns et les autres cherchent par tous les moyens à la mettre de côté au profit d’une nouvelle loi-mère. Sans une réelle volonté de faire autrement, aucune constitution ne se relevera adaptée à notre réalité. N’a-t-on pas déjà connu plus d’une vingtaine de constitutions depuis notre indépendance?



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