« Nawè n », exposition collective des quatre lauréats du Font pour la photographie émergente en Haïti

Du 8 au 18 décembre, la FOKAL organise l’exposition collective « Nawè n ». Elle met en vue la photographie des quatre premiers lauréats des deux éditions du Fonds pour la photographie émergente en Haïti (FPEH). Fabienne Douce, Georges Harry Rouzier, Paulson Difficile et Josué Azor nous ont invités à nous immerger dans des univers du pays colorés de réalités qui souvent nous échappent.

Publié le 2021-12-10 | lenouvelliste.com

Du 8 au 18 décembre, la FOKAL organise l’exposition collective « Nawè n ». Elle met en vue la photographie des quatre premiers lauréats des deux éditions du Fonds pour la photographie émergente en Haïti (FPEH). Fabienne Douce, Georges Harry Rouzier, Paulson Difficile et Josué Azor nous ont invités à nous immerger dans des univers du pays colorés de réalités qui souvent nous échappent.

Le « Fonds pour la photographie émergente en Haïti » est une initiative de la « Fondasyon konesans ak libète » (FOKAL). Lancé en 2018, il soutient des jeunes photographes voulant lancer ou poursuivre des projets photographiques collectifs ou individuels ; des projets qui peuvent « viser des objectifs journalistiques ou répondre à des impératifs documentaires ou artistiques ». Georges Harry Rouzier, Paulson Difficile ont été, parmi les photographes qui avaient posé leur candidature, respectivement premier et deuxième lauréat de la première édition du FPEH.

Le FPEH a soutenu Georges Harry Rouzier dans l’accomplissement de son projet « l’Ile enchantée ». Dans ce travail, Rouzier, avec un regard sociologique, fait l’inventaire des genres musicaux consommés et pratiqués en Haïti, mettant en orbite, dans ses clichés, le rapport de chaque genre musical avec les différentes catégories sociales du pays. Une autre façon pour Rouzier de faire une représentation de la société haïtienne. « J’avais commencé à prendre des prises dans des soirées ‘’rabòday’’. Après le lancement du concours, j’ai réalisé qu’un projet centré uniquement sur le ‘’rabòday’’ manquerait de visuel, j’ai donc décidé de faire un parallèle entre l’univers du ‘’rabòday’’ et du compas, avant de décider d’intégrer d’autres styles musicaux tels que le trap et les musiques racines », a-t-il confié lors de la visite pour la presse ce jeudi 9 décembre 2021. Rouzier a pris des photos de soirée de « rabòday », de femmes qui se préparent pour des danses vodou, ou encore des photos de Clifford et de Gaëlle Jasmin lors d’une soirée en hommage à Nemours Jean Baptiste.

L’importance que gagnait la minorité religieuse islamique après le séisme du 12 janvier avait retenu l’attention de Paulson Difficile. Mais la multiplication des mosquées, des musulmans dans le pays sous le regard désintéressé des Haïtiens a été surtout l’élément qui a poussé le photojournaliste à procéder à un travail d’archives. Parcourant plusieurs grandes villes du pays depuis 2017, il a voulu comprendre les fondamentaux du succès de l’Islam en Haïti et collaborer à la compréhension de son fonctionnement. Paulson Difficile a pris des photos de mosquées à Croix-des-Bouquets dans le département de l’Ouest, à Trou-du-Nord dans le département du Nord-Est. Il a également une prise qui montre une fille chrétienne mais qui est élève d’une école musulmane, respectant les codes vestimentaires de la religion. Bien d’autres photos qui illustrent l’intégration de cette minorité progressivement dans la société haïtienne sont exposées à la Maison Duffort jusqu’au 12 décembre.

Fabienne Douce a une collection photographique sur la pratique du « pingue », exposée à « Nawè n ». Ce projet, présenté à sa candidature pour le FPEH a été accepté et lui a valu la première place au rang des lauréats en 2019. Le « pingue » est une forme de lutte de corps à corps pratiquée entre deux individus, le premier qui parvient à faucher l’autre en sort vainqueur. Les règles du jeu sont établies avant le choc. Elle se déroule dans une ambiance festive (rara, danse vaudou) lors de la semaine sainte. Cette lutte remonte à la période coloniale selon la photojournaliste, mais elle est pratiquée surtout dans le département de la Grand’Anse. Elle a été transportée à Port-au-Prince par des Jérémiens. Aujourd’hui, grâce à l’association « Groupe Pingue Jérémie » composée d'Haïtiens originaires de Jérémie, le « Pingue » se pratique dans les stades. Dans l’exposition « Nawè n », Fabienne Douce présente des photos de lutteurs qui s’affrontent à Jérémie. Elle a un cliché qui montre un lutteur assis sur la pelouse du parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville, qui attend patiemment son adversaire. L'idée de travailler sur la lutte « Pingue » revient à Giovanna Salome, une anthropologue qui avait convié Fabienne Douce sur un projet qu'elle réalisait. 

Le deuxième lauréat du FPEH de l’année 2019, Josué Azor, lève le voile sur des pans de la vie nocturne dans certaines villes de la capitale. Dans certains quartiers de Port-au-Prince, la nuit est beaucoup plus propice aux homosexuels ou aux transgenres pour affirmer leur sexualité suivant ce qu’a rapporté Azor. Depuis 2011, le photographe se balade la nuit pour photographier des hommes respirant l’air de la liberté d’exprimer ce qu’ils ressentent. Azor dévoile toute la féminité de Gabrielle qui fait un drag show dans une photo prise dans une soirée de 5 éléments à Vivy Mitchel en 2020. Le jour, Gabrielle est un homme. L’une de ses plus belles prises est la photographie des silhouettes de deux hommes s'attouchant sous une lumière sombre.



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