Au gré des jours

Publié le 2021-12-03 | lenouvelliste.com

Pour le rire, la belle blague. Un bavard qui dénonçait tout. Aujourd’hui au pouvoir, interrogé sur son silence, réponse : on ne parle pas la bouche pleine. On a beaucoup, presque tout enlevé à ce peuple, jusqu’au droit au pain et à une vie paisible. Mais il garde son humour.

Pour l’horreur, dans les quartiers sud de Port-au-Prince, la mort bat des records d’horreur. Bouger, c’est mourir.

Pour le pouvoir de facto, rentrer de l’argent à tout prix. Ajouter s’il le faut à la pauvreté.

Parce qu’il faut parler, à « Interêt public » des politiques expliquent pourquoi ils ont fait alliance avec Ariel Henry. Hélas, ils ne parlent qu’à leurs oreilles. Un brave médecin confie qu’il voulait le poste de ministre de la Santé. Mais Ariel Henry a choisi quelqu’un d’autre. On suppose que la formation politique représentée par ce médecin devra se contenter d’autre chose. Ah, lorsque l’on oublie ce que parler veut dire.

Pour l’histoire : la détestation de la Constitution de 1987 par les avides de pouvoir. Quels crimes n’a-t-elle pas commis cette malheureuse constitution ! De quoi n’est-elle pas responsable ? Elle est coupable même de s’être fait violer encore et encore par les gouvernements successifs. On sait bien, sexisme et vice politique ici se confondent, que la première responsable du viol est la victime… qui l’aura bien cherché. On a besoin d’aller vite et la Constitution de 87, c’est trop de social et de démocratie.

Pour l’odeur, un air de mise en place. Les premiers déplacements dans l’administration publique. Il faut opérer les changements qui assureront le contrôle des zones d’influence et des mécanismes du pouvoir. On se prépare déjà à gagner à l’avance si jamais viennent des élections…

Pour les loisirs, la queue devant les stations d’essence. On pouvait aller à la plage, au théâtre, au bal, chez un ami. C’étaient les loisirs ordinaires de vies très ordinaires. Les temps changent et l’on a les loisirs qu’on peut. Aujourd’hui, l’une des principales sorties c’est de faire la queue devant les stations d'essence. Cheri kote ou prale ? M pral fè gaz.

Pour protester. Des institutions culturelles qui décident de ne plus convier le public à des activités artistiques et culturelles. La chose passe inaperçue. Pourtant le geste est fort. Peut-on inviter les gens à un spectacle et apprendre le lendemain qu’un tel et une telle ont été kidnappés à leur sortie du spectacle ? Ce semblant de normalité, chacun continuant de se livrer à ses activités, alors que vivre est devenu impossible, est honteux. Il faut exiger du pouvoir des mesures de sécurité. Les interpeller. Leur interdire le repos, la gloriole, le quant-à-moi pendant que dehors on kidnappe, on tue.

Pour revenir au rire, nous n’aurons dans ce travail d’interpellation les voix hier audibles de ceux qui ont aujourd’hui la bouche trop pleine pour parler. Tant pis pour eux. Le silence aussi est parlant.



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